Le sondage a été réalisé dans les jours qui ont suivi la tuerie de Christchurch, où 50 musulmans ont été tués par un suprémaciste blanc islamophobe.

Sondage Mainstreet: le terrorisme et l’extrême droite préoccupent les Canadiens

Les Canadiens croient à 73,8 % que prendre des mesures pour protéger le pays du terrorisme devrait être une priorité dans la politique extérieure du Canada et ils estiment à 44,3 % que les groupes d’extrême droite identitaire (aussi appelés alt-right) sont actuellement la plus grande menace à la sécurité nationale du pays.

C’est ce que révèlent les résultats d’un sondage Mainstreet Research réalisé entre le 19 et le 25 mars, c’est-à-dire dans les jours ayant suivi la tuerie de la Mosquée Al Noor et du Centre islamique Linwood de Christchurch, en Nouvelle-Zélande et dont le principal suspect est le suprémaciste blanc islamophobe Brenton Harrison Tarrant.

«C’est sans surprise que le terrorisme est une préoccupation pour la majorité des Canadiens, et il n’y a pas de grande variation d’une région à l’autre», explique Luc Fortin, président de Mainstreet pour la division du Québec. «Cependant, c’est au niveau de ce qui devrait constituer une priorité pour le gouvernement que les résultats deviennent intéressants. Aux États-Unis, le président Trump semble se préoccuper surtout d’immigration illégale alors que c’est différent au Canada, où seulement 57,3 % de la population considère que ça devrait être une priorité», analyse-t-il. En fait, les résidents de l’Alberta (67,8 %) et des Prairies (60,9 %) font augmenter la moyenne canadienne sur cet aspect alors que dans les autres secteurs, c’est moins de 56,1 % de la population qui se préoccupe d’immigration «illégale».

Extrémisme musulman

Par ailleurs, ce sont seulement 30,2 % des Canadiens qui estiment qu’il y a beaucoup d’extrémisme parmi les musulmans du Canada, un pourcentage qui ne dépasse jamais le 40 % enregistré en Alberta. Les Québécois sont par ailleurs les moins nombreux à entretenir cette peur de l’extrémisme musulman puisque seulement 27,4 % des résidents de la Belle Province estiment qu’il y a beaucoup d’extrémisme chez les musulmans canadiens. 

«Il y a 55,2 % des Canadiens qui ne sont pas d’accord pour dire qu’il y a beaucoup d’extrémisme chez les musulmans au Canada et les Québécois sont ceux qui croient qu’ils sont le moins extrémistes! Il faut donc laisser tomber ce stéréotype qui voudrait que les Québécois soient plus nombreux à craindre l’extrémisme musulman. Et il ne faut pas oublier que le Québec a aussi vécu une tuerie, celle de la Grande Mosquée de Québec, perpétrée par un Québécois “de souche” contre des musulmans, alors ça a probablement eu un impact», poursuit M. Fortin. «Ça déboulonne certains mythes, car, dans une grande proportion, les Québécois et les Canadiens ne considèrent pas les musulmans comme des extrémistes et les Québécois sont les plus ouverts et les plus tolérants envers la communauté musulmane selon les données de ce sondage.»

Par contre, lorsqu’on analyse les réponses à cette question en les comparant avec les intentions de vote, on constate que les partisans du Parti populaire de Maxime Bernier (45,6 %) et du Parti conservateur (45,1 %) sont plus nombreux à craindre l’extrémisme musulman alors que pour les électeurs du Parti libéral du Canada (20,8 %), du Nouveau parti démocratique (14,3 %), du Parti vert (21,1 %) et du Bloc québécois (28,8 %), la proportion est beaucoup moindre.

Même tendance en ce qui a trait aux craintes envers l’extrême droite identitaire alors que les partisans du Parti populaire ne sont que 27,2 % à considérer qu’il s’agit de la plus grande menace à la sécurité nationale, et 33,9 % pour les électeurs du Parti conservateur. 

D’autre part, les Canadiens estiment également dans une proportion de 64,1 % que le gouvernement canadien devrait se distancier de la politique étrangère des États-Unis et, dans une proportion de 60,1 %, qu’il devrait travailler pour limiter le pouvoir et l’influence de la Chine. Pour la Russie, les Canadiens croient à 60,2 % que le gouvernement du Canada devrait travailler pour limiter son pouvoir et son influence. 

Méthodologie

Le sondage a été réalisé entre le 19 et le 25 mars sur un échantillon de 8501 Canadiens de 18 ans joints via leur ligne terrestre ou des téléphones cellulaires. L’échantillon provient d’un annuaire téléphonique compilé par Mainstreet Research à partir de différentes sources disponibles commercialement et de la numérotation automatique. La marge d’erreur est établie à plus ou moins 1,06 % à un niveau de confiance de 95 %. Les marges d’erreur pour les différentes régions canadiennes varient entre 1,89 % et 3,23 %.