Roger Blackburn
Le Quotidien
Roger Blackburn
Michel Gagnon a vécu une histoire qui s’est bien terminée, après qu’il eut marché six heures en forêt pour retrouver son chemin.
Michel Gagnon a vécu une histoire qui s’est bien terminée, après qu’il eut marché six heures en forêt pour retrouver son chemin.

Six heures pour sortir du bois

CHRONIQUE / L’homme qui s’est perdu en forêt, dimanche, sur les monts Valin, s’appelle Michel Gagnon, de Chicoutimi. C’est un policier retraité de la Sûreté du Québec, âgé de 67 ans, bon père de famille et bien connu dans le milieu. Il a marché pendant six heures en forêt pour se sortir du bois. Il était d’ailleurs très content de tomber sur une route forestière et un bon Samaritain, après tous ses efforts pour retrouver son chemin. Je l’ai rencontré, mardi soir, alors qu’il assistait au match de baseball moustique de son petit-fils, au parc Sainte-Claire, à Chicoutimi-Nord.

«J’étais parti avec un ARGO (un véhicule tout-terrain) afin de déplacer deux échelles de bois pour notre mirador, sur notre site de chasse à l’orignal, pas loin du Valinouët, vers 11h30 du matin. Le chemin était mal dégagé et j’avais un petit bout à faire à pied pour me rendre à la cache. Mais là, en marchant à travers les branches, j’ai perdu mes lunettes. Je n’avais pas de lunettes pour trouver mes lunettes. Ça fait que je cherchais à l’aveugle sur le sol, dans le bois, en tournant en rond», raconte l’amateur de chasse et pêche.

Par chance, il a réussi, à tâtons, à retrouver ses lunettes, mais en se relevant, il est parti dans la mauvaise direction. «J’ai aussi perdu un appareil auditif en marchant dans les branchages. Mon ouïe a diminué de la moitié de ses capacités depuis quelques années. En continuant à marcher, je suis tombé sur une rivière, alors je me suis dit: ‘‘Pas de problème! Je vais suivre la rivière et ça va me mener au lac où nous sommes installés pour notre spot de chasse.’’», détaille celui qui a longé le cours d’eau pendant plus de cinq heures.

Recherches immédiates

Ses compagnons de chasse se sont inquiétés après une absence de seulement dix minutes. «D’où on était, c’est une affaire de deux à trois minutes pour aller chercher deux petites échelles en bois. Après dix minutes, on s’est dit: ‘‘Coudonc, c’est bien long!’’», explique son gendre François Lajoie, qui l’accompagnait.

«On a commencé à crier pour savoir où il était, mais on n’avait pas de réponse. On a appris plus tard qu’il avait perdu son appareil auditif», raconte François Lajoie, à qui j’ai parlé au téléphone.

Ses compagnons ont même fait exploser une fusée qu’ils avaient dans leur trousse d’urgence.

Les chasseurs ont ensuite ratissé le territoire pendant au moins deux heures pour tenter de le retrouver, avant d’appeler la Sûreté du Québec. «Je savais qu’il avait perdu des capacités auditives et que ses genoux étaient un peu mal en point ces derniers temps. Alors, soit il a marché dans un trou et il ne peut pas se relever, soit il a fait un ACV (accident vasculaire cérébral) et il est inconscient, soit il est mort. On a passé par toutes les gammes des émotions», avoue-t-il.

Michel Gagnon n’a pas paniqué. Il a continué à marcher en forêt en se disant qu’il allait finir par retrouver son chemin. «J’étais prêt à marcher quelques heures. Je savais que je finirais par trouver un chemin. Ce qui m’inquiétait, c’était que je ne pouvais pas rejoindre mon gendre et que je savais qu’il devait se faire du mauvais sang», témoigne le grand-père.

«Mes petits-enfants m’ont dit qu’ils savaient que leur papy allait s’en sortir», rapporte fièrement l’homme, qui a un grand esprit de famille.

En observant ses jambes, alors qu’il me raconte son récit, on se doute que la balade en forêt n’a pas été une partie de plaisir. «Au bout de deux heures de marche en suivant la rivière, j’ai fini par abandonner les deux échelles de bois que je traînais depuis le début. Que le diable les emporte: j’étais tanné! J’étais toujours accroché dans les branches. À ce moment, je savais que j’étais loin de notre territoire de chasse, mais je savais que je finirais par déboucher quelque part», dit-il, en me désignant ses jambes marquées par des écorchures.

«Il y a des bouts où ce n’était pas évident. Je marchais dans le bois et il n’y a pas de sentier le long de la rivière. Mes genoux ont tenu le coup. Je suis plus en forme que je le croyais», confie-t-il.

Enfin sorti du bois

L’aventurier a terminé sa promenade forcée dans le chemin Lévesque, la route qui mène au village alpin, à Saint-David-de-Falardeau. «Juste avant de sortir du bois, j’ai croisé un chasseur qui préparait son spot de chasse. C’est Marc Trudeau qui m’a récupéré. Il m’a permis de téléphoner à mon gendre et c’est à ce moment qu’il m’a appris que la SQ était dans le secteur à ma recherche. Il est venu me reconduire au chalet du Valinouët et je lui en suis très reconnaissant.»

«Ça nous donne une leçon, confie humblement François Lajoie. Même si nous sommes sur un territoire que nous connaissons, on ne devrait pas entrer en forêt sans notre cellulaire avec l’application Avenza Maps. Cette application nous guide en forêt comme un GPS, même si nous n’avons pas de signal pour le téléphone.»

L’aventure s’est bien terminée, mais voilà une belle occasion de rappeler aux amants de la nature qu’il faut toujours prévoir l’imprévisible en forêt.

L’histoire de Michel Gagnon est arrivée à de nombreuses personnes. Plusieurs d’entre nous se sont déjà perdus pendant une, deux, trois ou quatre heures en forêt, sans qu’on appelle la SQ ou même sans que nos compagnons s’en aperçoivent. On se rappelle tous du soupir de soulagement que l’on pousse quand on finit par sortir du bois.

Plusieurs chasseurs au petit gibier vous raconteront la fois où ils sont entrés dans le bois pour chasser une perdrix à une vingtaine de pieds du chemin principal et qui ont dû marcher quelques heures pour retrouver leur route.

Votre cellulaire pourrait vous sauver la vie cet automne. Ne l’oubliez pas!