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Le site archéologique de Brompton est situé en bordure de la rivière Saint-François.
Le site archéologique de Brompton est situé en bordure de la rivière Saint-François.

Sherbrooke possède un site archéologique d’exception en Amérique du Nord

Jonathan Custeau
Jonathan Custeau
La Tribune
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Le site archéologique Kruger 2, qui faisait l’objet de fouilles entre 2013 et 2019 dans le secteur de Brompton, est aujourd’hui considéré comme un site de grande importance en son genre dans l’est de l’Amérique du Nord. Le professeur émérite au département d’anthropologie de l’Université de Montréal Claude Chapdelaine rapporte que la quantité d’outils et d’os trouvés remontant à la période du paléoindien récent est beaucoup plus importante que dans la moyenne des sites comparables.

Au conseil municipal lundi, M. Chapdelaine a dressé le bilan de sept années de fouilles. Il mentionne que le paléoindien récent se situe entre 11 350 et 9000 ans avant aujourd’hui. Les découvertes effectuées feront notamment l’objet d’une exposition au Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke.

Déjà, M. Chapdelaine lançait sa présentation en précisant que l’Estrie est la région du Québec où il est possible de prouver la plus longue séquence d’occupation à travers le temps. La découverte de pointes de type Sainte-Anne-Varney permet de situer les outils trouvés à période entre 10 000 et 9000 ans avant aujourd’hui.

« Le site Kruger 2 est exceptionnel. Il est riche non seulement du nombre d’objets trouvés, mais aussi en raison de leur diversité. »

La découverte d’un foyer, « excessivement rare » dans la période du paléoindien, aura permis de dater le site. « Pour nous, c’est quand on trouve un foyer qu’on peut imaginer une scène de vie quotidienne. Il nous est utile pour comprendre comment l’espace était organisé. »

Claude Chapdelaine explique que des dépôts sableux ont permis de conserver des objets qui se trouvaient à 40 ou 50 centimètres de profondeur. « Nous avons découvert un dépotoir où se trouvaient beaucoup de déchets de pierre taillée et la présence d’os calcinés. Les os calcinés sur les sites du paléoindien récent sont rares. Nous en avons ramassé plus de 9900. C’est un site exceptionnel et unique à l’est de l’Amérique du Nord. »

Les os en question provenaient de castors, de rats musqués, d’ours, d’oiseaux et même de poissons. 

S’ajoutent 945 outils, un nombre important « presque unique pour un site de cette taille en Amérique du Nord ». 

Avec fierté, Claude Chapdelaine parle d’une pointe Sainte-Anne-Varney complète, trouvée en cinq morceaux à la suite de beaucoup de chance et de persévérance, qui constitue une pièce unique. « Nous avons aussi trouvé des pointes Agate Basin, qui proviennent en général d’une occupation plus ancienne. Mais nous en sommes arrivés à l’hypothèse que les deux pointes pourraient être contemporaines. Il n’y a pas d’indice qui nous permet de l’affirmer de façon nette, mais ce site nous permettra de contribuer pendant de nombreuses années à ce débat entre archéologues. »



« Le site Kruger 2 est exceptionnel. Il est riche non seulement du nombre d’objets trouvés, mais aussi en raison de leur diversité. »
Claude Chapdelaine, professeur émérite au département d’anthropologie de l’Université de Montréal

Parmi les autres outils, notons des forets, qui servaient à percer des trous. « Nous en avons une centaine. Quand on en a dix, on est impressionnés. Ça demeure le site connu le plus riche en forets de l’est de l’Amérique du Nord. » 

Les archéologues se sont par ailleurs intéressés au type de pierre utilisé pour fabriquer les outils. Le plus exceptionnel serait la rhyolite du mont Kinéo, qui vient du Maine.

« Nous avons fouillé 104 mètres carrés. Pour référence, il faut presque une semaine à un fouilleur pour un seul mètre carré. Il a fallu beaucoup de temps et de minutie, parce qu’on n’a pas de deuxième chance. Nous pensons que les Autochtones se sont arrêtés sur ce site entre 10 000 et 9000 ans avant aujourd’hui. Il ne devait pas y avoir plus de 10 à 20 personnes en même temps. Probablement que ce sont les occupants les plus anciens de la vallée du Saint-François. »

Les archéologues se sont aussi intéressés au site Kruger 3, à un jet de pierre de là. En creusant profondément, on y a aussi trouvé des signes d’occupation ancienne.

Vers la fin des travaux, les spécialistes se sont intéressés à la petite île située dans la rivière Saint-François. « Nous y avons trouvé de la poterie et des témoins lithiques à plus de 50 centimètres de profondeur. Ce site n’est pas en danger et il a un potentiel pour que nous y retournions. Nous avons aussi fait la découverte fortuite de pétroglyphes sur une grosse pierre. »

Ces pointes de type Sainte-Anne-Varney ont été trouvées à Brompton, sur le site Kruger 2.

Un potentiel à exploiter

La conseillère Annie Godbout y voit un potentiel unique à exploiter.

Suzanne Bergeron, urbaniste coordonnatrice en patrimoine immobilier, mentionne qu’il est prévu une protection des sites Kruger 2 et 3 avec un statut légal en vertu de la loi sur le patrimoine culturel. 

« On regarde des éléments de mise en valeur. Nous sommes en recherche de financement pour la mise en valeur in situ. On regarde pour aménager une halte archéologique accessible par la piste cyclable. Avec le comité du patrimoine de Brompton, des expositions ponctuelles ou temporaires sont prévues. »

Trésorier du comité du patrimoine de Brompton, Jean-Michel Longpré se dit très satisfait du projet lancé par son comité. « Nous avons toujours pensé qu’il s’agissait d’un site d’importance. Nous savions que c’était un site de portage. J’espère que ça nous inspirera pour explorer d’autres sites. C’est un peu ça le but. Il pourrait notamment y avoir des recherches plus poussées à l’embouchure de la rivière Massawippi, dans Lennoxville. »

Pont des Grandes-Fourches

Si des fouilles archéologiques étaient prévues sur les berges où se trouvera le futur pont des Grandes-Fourches, au centre-ville de Sherbrooke, on ne s’attend pas à des trouvailles majeures.

« C’est un site industriel qui a été bouleversé beaucoup dans les 200 dernières années. Les recherches que nous avons faites étaient négatives en raison de l’ère industrielle très agressive que le secteur a connu », résume Yves Tremblay, directeur du Service de la planification et de la gestion du territoire. 

« Nous avons découvert certains artéfacts de la période historique, mais pas de la période préhistorique. Il y a toutefois d’autres potentiels sur le territoire de la Ville de Sherbrooke, notamment les sites Bishop’s, qu’on va inventorier cet été ou le prochain », ajoute Suzanne Bergeron.

Le maire Steve Lussier, qui s’est dit impressionné par les trouvailles, a assuré de son appui pour la protection du site. 

La conseillère de Brompton, Nicole Bergeron, a qualifié les recherches de « travail de moine ». « J’espère que tout ça sera partagé aux générations futures. Ce sont de grandes découvertes qui nous en apprennent plus sur nos origines. »