Jean Simard a été hébergé au Mont d’Youville alors qu’il avait entre 12 et 14 ans.

Sévices: les Soeurs de la charité auraient fermé les yeux

Un résident de Québec, Jean Simard, a déposé mercredi une demande afin d’obtenir la permission d’intenter un recours collectif contre les Sœurs de la charité de Québec en son nom et au nom de plusieurs personnes qui ont subi des abus physiques et sexuels durant leur enfance et leur adolescence alors qu’ils étaient pensionnaire au centre jeunesse du Mont d’Youville, entre 1965 et 1996.

Maintenant âgé de 56 ans, M. Simard a été hébergé au Mont d’Youville alors qu’il avait entre 12 et 14 ans. Il aurait alors subi régulièrement des sévices physiques et sexuels de la part de l’ex-éducateur John Anthony O’Reilly, condamné en 2010 à deux ans de pénitencier pour des agressions sexuelles et des voies de fait avec lésions sur cinq jeunes garçons pensionnaires du Mont D’Youville, qui a été dirigé par les Sœurs de la charité jusqu’en 1996.

Coups de ceinture

Selon le libellé de la demande déposée par Me Simon Saint-Gelais, l’adolescent serait vite devenu le souffre-douleur d’O’Reilly, qui le battait régulièrement en le frappant de 10 à 15 fois à l’aide d’une grosse ceinture. L’éducateur aurait frappé l’adolescent sur les fesses avec la ceinture, et parfois sur le dos, lorsqu’il refusait de baisser son pantalon. Immédiatement après ces agressions, O’Reilly aurait exigé que le jeune homme lui fasse un baiser. L’éducateur ou le personnel infirmier du Mont d’Youville appliquait ensuite de l’onguent sur la partie du corps blessée.

Le demandeur calcule que ces séances de correction avaient lieu deux fois par semaine et qu’il y aurait donc été assujetti des centaines de fois, recevant des milliers de coups de ceinture. Il avance aussi qu’O’Reilly l’aurait également frappé avec ses mains devant les autres pensionnaires et que, malgré la violence de ces abus et l’importance de ses lésions, en aucun temps le personnel infirmier n’a signalé aux autorités les abus dont il a été victime.

2 millions $ réclamés

Résultat de ces abus, M. Simard estime avoir développé de multiples problèmes, étant devenu violent, ayant commis de nombreux crimes et ayant été incarcéré durant près de la moitié de sa vie. Il a subi et subit toujours de la douleur, de la souffrance, de l’angoisse, une perte d’estime de soi, de la honte, de l’humiliation et de nombreux inconvénients et réclame donc 2 millions $ aux Sœurs de la charité, soit 500 000 $ à titre de pertes non pécuniaires, 1 million $ à titre de pertes pécuniaires pour compenser sa perte de capacité de gains, de productivité et ses frais de thérapie passés et futurs, et 500 000 $ à titre de dommages-intérêts punitifs.

En entrevue avec Le Soleil, Me Saint-Gelais a estimé que plusieurs milliers d’enfants et d’adolescents avaient fréquenté le Mont d’Youville durant cette période de 30 ans et que John Anthony O’Reilly ne serait pas le seul membre du personnel à avoir commis des agressions. Un haut fonctionnaire a en effet démissionné de ses fonctions il y a un mois après des révélations voulant qu’il ait commis des agressions sexuelles sur un mineur dans les années 80 alors qu’il était coordonnateur clinique au Mont d’Youville.

«Ce sont des sévices sérieux dont il est question dans le cas de mon client, et on sait que d’autres personnes ont vécu cela. Présentement, nous sommes en contact avec quelques-uns des plaignants dans le dossier criminel [d’O’Reilly]. C’est difficile d’évaluer le nombre total de victimes, mais c’est certain qu’il doit y en avoir quelques centaines. Nous sommes en train de mettre en place un site Web afin de pouvoir entrer en contact avec elles. Les personnes qui ont été pensionnaires au Mont d’Youville de 1965 à 1996 peuvent donc s’inscrire à victimesmontdyouville.com», explique l’avocat.