Harvey Weinstein

Sept mois après, Weinstein prêt à se livrer à la justice

NEW YORK — Sept mois après les premières accusations d’abus sexuels contre lui, le producteur de cinéma Harvey Weinstein va se livrer à la justice vendredi à New York, ont annoncé jeudi plusieurs médias américains.

Ni la police, ni le procureur de Manhattan n’ont dans l’immédiat confirmé ces informations. L’avocat de M. Weinstein, le célèbre Ben Brafman, qui avait obtenu l’abandon des poursuites contre Dominique Strauss-Kahn dans l’affaire du Sofitel en 2011, a, lui, décliné tout commentaire.

Depuis les premières révélations contre M. Weinstein à l’automne dernier, plus d’une centaine de femmes, dont des actrices comme Angelina Jolie, Gwyneth Paltrow et Rose McGowan, ont affirmé qu’il avait abusé d’elles sexuellement, des accusations qui vont du harcèlement au viol.

Au fil des révélations publiées par le New York Times et le New Yorker — récompensés par le prix Pulitzer pour leurs enquêtes —, il est apparu que le producteur, longtemps vénéré pour avoir promu un cinéma original incarné par des réalisateurs comme Quentin Tarantino, avait usé de son pouvoir pour contraindre de jeunes actrices, ou aspirantes actrices, à céder à ses fantasmes sexuels, se faisant parfois aider par ses employés et achetant le silence de ses victimes via des accords de confidentialité.

En l’absence de confirmation officielle, on ignore pour l’instant pour quelle(s) accusation(s) M. Weinstein pourrait être inculpé vendredi.

Selon certains médias américains, M. Weinstein — qui a disparu dès les premières révélations le concernant et était censé suivre un traitement contre les dépendances sexuelles dans l’Arizona — risque d’être inculpé d’au moins une agression sexuelle, correspondant à une plainte portée par l’actrice en herbe Lucia Evans. Elle affirme que le producteur l’a obligée à lui faire une fellation en 2004.

La police new-yorkaise avait dans le passé indiqué enquêter également sur une accusation émanant de l’actrice Paz de la Huerta, qui accuse Weinstein de l’avoir violée chez elle en 2010.

Depuis novembre, la police new-yorkaise affirmait tenir au moins «un vrai dossier» contre Harvey Weinstein, 66 ans, qui fait également l’objet d’enquêtes sur des agressions présumées qui se seraient déroulées à Los Angeles et Londres.

Mais si de nombreuses plaintes contre M. Weinstein ont été déposées au civil ces derniers mois, à New York et Los Angeles, son inculpation probable vendredi serait la première contre le producteur multioscarisé, exclu de l’Académie des oscars suite à ces accusations.

Coup de tonnerre

Depuis mars, la pression sur le procureur de Manhattan, Cyrus Vance, ne cessait de monter. Cet élu, qui avait été très critiqué après avoir jeté l’éponge face à Strauss-Kahn, était accusé de reculer devant une bataille judiciaire difficile, tant ce genre d’accusations est souvent délicat à prouver.

Il était notamment reproché au procureur de ne pas avoir poursuivi Weinstein dès 2015, lorsqu’une mannequin italienne, Ambra Battilana Gutierrez, s’était rendue à la police avec un enregistrement incriminant pour le producteur.

Les procureurs hésitent souvent à inculper faute de preuves matérielles du non-consentement de la victime présumée. Ils craignent que la défense ne détruise la crédibilité de l’accusatrice, comme l’a encore montré la saga judiciaire contre l’ex-légende de la télévision américaine Bill Cosby, jugé coupable d’agression sexuelle à l’issue d’un deuxième procès fin avril.

Pressé par le mouvement Time’s Up, fondé pour aider les victimes de harcèlement ou d’agressions sexuelles au travail, le procureur de l’État de New York, Eric Schneiderman, avait en mars annoncé lancer «un examen complet, juste et indépendant» des raisons pour lesquelles Vance n’avait jusqu’ici pas inculpé le producteur oscarisé.

M. Schneiderman a lui-même démissionné depuis, visé par des allégations de violences sur des femmes.

L’affaire Weinstein a eu l’effet d’un coup de tonnerre et déclenché le puissant mouvement #MeToo, qui a fait chuter des dizaines d’hommes de pouvoir américains dans de nombreux secteurs, à commencer par le cinéma, les médias, mais aussi la mode, la musique ou la gastronomie.

L’affaire a encore éclaboussé la semaine dernière le Festival de Cannes, où l’actrice Asia Argento a prononcé un discours incendiaire le jour de la clôture en disant qu’elle avait été violée en 1997, à Cannes même.

Le studio The Weinstein Company, cofondé par Harvey Weinstein et son frère Bob, a été attaqué en justice pour avoir toléré et parfois facilité le comportement de prédateur sexuel du producteur. Il a été mis en liquidation judiciaire.

La femme de M. Weinstein, Georgina Chapman, une Britannique qui a cofondé la maison de mode Marchesa et avec laquelle il a eu deux enfants, l’a quitté dès les premières révélations. Leur divorce est censé être imminent.

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BRAD PITT AURAIT MENACÉ HARVEY WEINSTEIN

Gwyneth Paltrow affirme que son ex-petit ami Brad Pitt a menacé le producteur Harvey Weinstein après un incident présumé d’inconduite sexuelle.

L’actrice de 45 ans a raconté au Howard Stern Show, mercredi, qu’elle avait été «prise de court» par le producteur. Elle a déclaré qu’elle avait 22 ans lorsque Harvey Weinstein l’a touchée, alors qu’ils se trouvaient dans un hôtel, et lui a suggéré d’aller dans une chambre pour des massages.

Gwyneth Paltrow dit avoir raconté à Brad Pitt ce qui s’était passé et l’acteur a alors confronté Harvey Weinstein lors d’une première, sur Broadway. Selon l’actrice, «c’était l’équivalent de le jeter contre le mur».

L’actrice a ajouté que Brad Pitt avait utilisé sa renommée et son pouvoir pour la protéger à un moment où elle n’avait ni gloire ni pouvoir.

Les deux vedettes, qui ont été brièvement fiancées, se sont séparées en 1997.

Les représentants de Harvey Weinstein et de Brad Pitt n’ont pas immédiatement répondu à des courriels leur demandant des commentaires.  Avec AP

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L'AFFAIRE WEINSTEIN EN CINQ DATES-CLÉS

L’affaire Harvey Weinstein commence le 5 octobre avec la publication par le New York Times d’une première série de témoignages d’actrices affirmant avoir été harcelées par le producteur hollywoodien.

Plus d’une centaine d’actrices, dont Angelina Jolie, Gwyneth Paltrow ou Rose McGowan, et d’anciennes collaboratrices l’ont depuis accusé de harcèlement, d’agression sexuelle, voire de viol. Des faits qui remontent souvent à 10 ou 20 ans, donc pour la plupart prescrits et difficiles à étayer.

5 octobre 2017: l’affaire éclate

Le New York Times publie une enquête avec de nombreux témoignages de harcèlement sexuel commis par Harvey Weinstein pendant près de trois décennies.

Le journal révèle aussi qu’il a passé des accords à l’amiable prévoyant des dédommagements avec au moins huit femmes pour qu’elles gardent le silence sur leurs allégations.

Le producteur réagit à ces révélations en «s’excusant sincèrement» et annonce se mettre en congé de sa société. Son avocat précise qu’il «nie beaucoup de ces accusations.»

Le conseil d’administration de la société qu’il détient avec son frère Bob Weinstein l’écarte trois jours plus tard.

10 octobre 2017: premières accusations de viol

L’actrice italienne Asia Argento assure au magazine The New Yorker qu’il l’a violée en 1997, et deux autres femmes l’accusent d’agressions sexuelles.

Gwyneth Paltrow, Angelina Jolie, Rosanna Arquette et la Française Emma de Caunes disent à leur tour avoir subi un harcèlement sexuel de sa part.

«Toutes les accusations de relations sexuelles non consenties sont réfutées par M. Weinstein», affirme Sallie Hofmeister, sa porte-parole.

14 octobre 2017: exclu de l’Académie des Oscars

L’Académie des arts et du cinéma, qui remet les Oscars, se réunit en urgence et exclut Harvey Weinstein, dont les oeuvres produites au fil des ans ont accumulé 75 de ces prestigieuses statuettes. C’est la seconde fois, en 90 ans d’existence, que ce cénacle vote une telle sanction.

Au fil des jours, les témoignages de harcèlement ou d’agressions sexuelles se multiplient sur les réseaux sociaux ou devant les caméras de télévision, contre le producteur mais aussi contre d’autres célébrités d’Hollywood, de la télévision ou de la mode, notamment sous les mots-clic #MeToo, #moiaussi ou #balancetonporc en France.

3 novembre 2017: «vrai dossier» à New York

Des enquêtes criminelles sont évoquées par les polices de Londres, New York et Los Angeles dès le 12 octobre. Le 20, la police de Los Angeles confirme enquêter sur le viol présumé d’une actrice dans un hôtel de la capitale du cinéma datant de février 2013, suffisamment récent pour ne pas risquer la prescription.

Le 3 novembre, alors que les victimes présumées atteignent la centaine, la police new-yorkaise annonce tenir un «vrai dossier» grâce à l’actrice Paz de la Huerta, qui affirme avoir été violée deux fois en 2010 par le producteur.

Quelques jours plus tard, le New Yorker révèle qu’Harvey Weinstein payait des gens, y compris d’anciens espions du service de renseignement israélien (Mossad), pour faire taire ou compromettre ses accusatrices. M. Weinstein recrute l’un des meilleurs avocats de New York, Benjamin Brafman.

24 mai 2018: première inculpation attendue

Plusieurs médias américains annoncent que le producteur va se rendre le lendemain aux autorités new-yorkaises pour y être semble-t-il inculpé. Selon le Daily News, «au moins» une inculpation portera sur l’agression sexuelle en 2004 de Lucia Evans, aspirante actrice à l’époque, qui aurait été obligée par Harvey Weinstein à lui faire une fellation.