Le syndicat des Teamsters s'inquiète pour la sécurité des chauffeurs lors du retour en classe des élèves.
Le syndicat des Teamsters s'inquiète pour la sécurité des chauffeurs lors du retour en classe des élèves.

Retour en classe: un gros casse-tête anticipé pour le transport scolaire

La question du transport scolaire s’annonce pour être tout un casse-tête lorsque les écoles rouvriront graduellement leurs portes, que ce soit dans les prochaines semaines ou en septembre. Et qui sera derrière le volant des autobus scolaires? C’est la question que pose le syndicat Teamsters, qui représente quelque 600 chauffeurs de l’Outaouais, dont bon nombre sont âgés de plus de 60 ans et craignent pour leur santé.

Peu de temps après le point de presse quotidien du premier ministre François Legault mercredi, lors duquel ce dernier a annoncé que le plan de réouverture des écoles serait annoncé au cours de la semaine prochaine, les instances syndicales n’ont pas tardé à exprimer plusieurs réserves sur la suite des choses.

«Une partie non négligeable de ces chauffeurs et chauffeuses sont en préretraite ou à la retraite, donc plus âgés. Ils travaillent dans cette industrie pour arrondir leurs fins de mois. Le risque qu’ils puissent contracter le virus et être gravement malades est une perspective qui ne leur plaît évidemment pas. Par conséquent, plusieurs d’entre eux pourraient être tentés de ne pas reprendre le travail. Plusieurs autres travailleuses dans ce secteur d’activité sont des mères monoparentales qui ne peuvent pas se permettre de tomber malade puisqu’elles sont le seul et unique soutien familial dans bien des cas. De plus, comment les enfants seront-ils gérés à bord des véhicules? Comment le principe de distanciation sociale sera-t-il appliqué?», questionne le directeur des communications des Teamsters, Stéphane Lacroix.

Plusieurs interrogations demeurent en suspens, signale-t-on.

«Selon certains observateurs, une deuxième vague de personnes touchées par la COVID-19 est à prévoir dans les prochaines semaines et les prochains mois. Les transporteurs scolaires, les commissions scolaires et les écoles composeront de quelle manière avec la COVID-19 et la reprise des classes?», renchérit-il.

Le syndicat, qui se demande bien comment il pourra être possible de respecter une certaine distanciation sociale à bord des autobus et jusqu’à quel point ses membres encourront des risques pour leur propre santé, soutient aussi qu’il y a de la frustration chez les chauffeurs depuis le début de la crise.

«On aurait aimé que ces travailleurs-là soient rémunérés jusqu’à la fin de l’année scolaire (ou jusqu’à la réouverture des écoles) pour ne pas perdre des joueurs en cours de route. Plusieurs veulent quitter l’industrie et ont l’impression d’être traités comme des citoyens de deuxième importance. Ça crée une situation explosive et il y a beaucoup d’inquiétude. On ne peut pas garantir que tous ces hommes et femmes vont revenir derrière le volant, qu’importe quand le gouvernement décide que les activités reprennent. Je ne suis pas convaincu qu’on n’aura pas à faire face à 25 ou 30% des chauffeurs qui vont décider d’aller voir ailleurs. C’est un domaine qui a déjà énormément de difficulté à attirer et retenir des gens. Ce problème-là risque d’être encore plus aigu dans les mois à venir», déplore M. Lacroix.

Rappelant que la situation est du jamais vu, ce dernier n’est toutefois pas prêt à lancer la pierre aux transporteurs scolaires, affirmant que ces derniers sont «un peu pris entre l’arbre et l’écorce».

Plus d'un chauffeur sur deux a 60 ans ou plus

Le propriétaire d’Autobus Campeau, Jacques Campeau, affirme qu’il est prêt à redémarrer ses opérations et ses quelque 600 véhicules jaunes dès que le gouvernement annoncera son plan de match et qu’il va s’ajuster aux consignes demandées mais il ne cache pas anticiper que plusieurs employés exercent leur droit de refus de travail. Des craintes qu’on peut difficilement juger, ajoute-t-il.

Près d’un chauffeur sur deux (44%) qui oeuvre pour cette entreprise est âgé de 60 ans et plus, sans compter qu’une proportion non négligeable (14%) ont dépassé le cap des 70 ans, un âge où les risques de décéder des complications de la COVID-19 sont bien plus élevés.

«On va s’ajuster en conséquence de ce qui va arriver. Est-ce que les heures d’école vont être retardées? Est-ce qu’il y aura deux vagues (de transport)? Je suis prêt, car ce qui aide c’est que les garages sont ouverts alors on a pu inspecter et réparer les autobus, qui s’abîment même s’ils ne roulent pas; mais si 25 chauffeurs ne veulent pas rentrer, je vais courir», de dire M. Campeau, qui précise que la question de distanciation sociale et de nombre d’élèves maximal à accueillir dans les véhicules en est une de «mathématique» à laquelle il sera possible de se conformer.

Selon le président-directeur général de la Fédération des transporteurs par autobus, Luc Lafrance, il y aura sans aucun doute «des enjeux importants» lorsque les élèves reprendront le chemin des classes.

«On appréhende beaucoup cette situation-là. Comment les chauffeurs plus âgés vont-ils réagir? On va essayer de mettre différentes mesures en place, mais on ne peut pas les obliger à revenir travailler dans de telles conditions. La question des deux mètres de distance fait constamment partie de nos discussions hebdomadaires avec le ministère de l’Éducation. Normalement, au primaire, il peut y avoir jusqu’à 65 élèves dans un autobus et ils peuvent se retrouver deux ou trois par banquette. Comme industrie, on va devoir s’adapter, mais il est clair que ce ne sera pas simple. L’autobus, on ne peut pas l’agrandir. C’est un casse-tête et il y a plusieurs questions sans réponse», dit-il.

Ce dernier précise que selon le scénario choisi, par exemple si le transport se fait en différentes vagues matin et soir, le tout entraînera nécessairement des coûts additionnels pour les transporteurs, par exemple pour les heures supplémentaires à payer aux chauffeurs.

Il y a des solutions, plaident les commissions scolaires

Les directions des commissions scolaires de la région croient pour leur part que la problématique ne sera pas aussi prononcée qu’anticipée par certains.

«On ne pense pas que ce sont tous les élèves en même temps qui seront de retour. Et je suis certaine que les parents vont être au rendez-vous dans la recherche de solutions. Peut-être qu’on aura plus de parents qui vont venir porter les élèves à l’école, peut-être que l’heure de début va varier d’une école à l’autre pour permettre cette flexibilité-là. Il y a plein, plein de solutions. On peut voir le problème comme étant insurmontable, mais commençons par voir: est-ce qu’on revient, qui revient, combien de fois, à quelle fréquence et qu’est-ce qu’on peut faire pour se donner un coup de main?», lance la directrice générale de la commission scolaire des Draveurs, Manon Dufour.

On affirme également qu’avec le temps plus doux qui revient, certains enfants opteront peut-être pour la marche ou encore le vélo.

Même son de cloche pour la directrice générale de la Commission scolaire des Portages-de-l’Outaouais, Nadine Peterson.

La directrice générale de la Commission scolaire des Portages-de-l’Outaouais, Nadine Peterson

«C’est un problème de société, alors les solutions ne vont pas arriver juste de la commission scolaire, elles vont arriver de la communauté. Les gens vont travailler ensemble à trouver la meilleure option possible, car tout est différent», conclut-elle.