Plusieurs personnes ont adopté la marche pendant le confinement.
Plusieurs personnes ont adopté la marche pendant le confinement.

Résolutions en temps de confinement: pas facile de changer ses habitudes

Stéphane Bouchard
Stéphane Bouchard
Le Quotidien
Ils ont marché. Ils ont fait des casse-tête. Ils ont profité de leur temps libre pour jardiner, faire de la broderie ou produire du sirop de bouleau. Pour plusieurs, le confinement qui a débuté à la mi-mars a été l’occasion de commencer de nouveaux passe-temps. Mais qu’en est-il quelques mois plus tard ? Le naturel est-il revenu au galop ?

Le Progrès avait dressé le portrait de personnes qui avaient profité du temps qu’apportait le confinement pour prendre des résolutions, dans un dossier publié le 1er mai. Le déconfinement a signifié un retour à la normale pour plusieurs d’entre eux.

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Christine Boily faisait passer le temps en se lançant le défi de faire des casse-tête. Elle en a terminé quelques-uns. Au moment où le beau temps est revenu, les habitudes ont aussi repris le dessus.

Notre collègue Julien Renaud, lui, avait fait l’acquisition d’un clavier. Il pratique encore le piano, mais à temps perdu. « J’ai cheminé pendant trois ou quatre semaines, le temps de déconfiner. Depuis, je joue à mon niveau sans prendre le temps qu’il faut pour m’améliorer. Mais ce n’est pas un projet auquel je renonce pleinement », explique-t-il.

Comme une exception qui confirme la règle, la nouvelle passion de Pamela Grenon pour les plantes, développée pendant le confinement, a continué de grandir. Celle qui voulait posséder 30 plantes pour son trentième anniversaire a atteint son objectif.

« Ma passion se poursuit, je continue d’apprendre sur le sujet et je fais du bouturage. Je tripe toujours autant ! », raconte-t-elle, avec un enthousiasme qui n’a pas baissé d’une miette.

Un des casse-tête réalisés par Christine Boily au début du confinement
Pamela Grenon a adopté un nouveau passe-temps. Elle se passionne pour les plantes.

« En attendant que la pandémie passe »

Daniel Lalande, professeur en psychologie au Département des sciences de la santé de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), affirme que le contexte de la pandémie pouvait être propice à la pratique d’une nouvelle activité qui n’allait pas perdurer dans le temps.

« Certaines personnes ont commencé à faire quelque chose de nouveau et la motivation ne venait pas d’eux, mais d’un événement. Ils faisaient cette activité pour meubler le temps, en attendant que la pandémie passe. Les raisons n’étaient pas connectées à eux, mais au contexte », affirme M. Lalande.

C’est d’ailleurs ce qui arrive fréquemment avec les résolutions du Nouvel An. Un peu par tradition, bon nombre d’entre nous essaient de créer une meilleure version d’eux-mêmes, quand le premier janvier arrive. Le contexte guide la prise de décisions.

Un processus semblable est arrivé pendant le confinement. Par effet d’entraînement, plusieurs personnes ont saisi cette occasion pour faire des choses qu’ils n’avaient pas le temps de faire en temps normal. Quand la vie quotidienne a repris le dessus, la majorité des gens sont passés à autre chose.

« Il y a plusieurs raisons qui font en sorte que les gens se désengagent. Habituellement, si on se sent obligés de le faire et que ce n’est pas connecté intimement avec un désir, c’est plus difficile de garder cette activité dans sa vie », remarque le chercheur.

Trois types de motivation

La motivation en général peut être propulsée par trois types de facteurs.

Certaines personnes sont amotivées. En d’autres termes, elles ne savent pas pourquoi elles agissent et ne comprennent pas leurs comportements.

La motivation peut aussi venir de facteurs extérieurs. On peut expliquer cette deuxième catégorie par l’image de la carotte et du bâton. « Les personnes agissent pour obtenir une récompense ou pour éviter une punition », cite Daniel Lalande.

Le dernier type, la motivation intrinsèque, est celui qui fait le plus appel à l’autonomie des individus. On fait quelque chose par intérêt personnel ou par curiosité. « Quand un comportement est attaché à des valeurs, à un intérêt profond, à du plaisir, il y a plus de persévérance », ajoute le professeur.

Et le plaisir, quand il croît avec l’usage, peut mener à une passion. On reconnaît cette tendance par l’identification que les gens peuvent avoir avec une simple activité.

« Quand on parle avec les gens passionnés, ils disent : “Je suis un joueur de hockey”, “Je suis un musicien”, plutôt que “Je pratique une activité” », illustre-t-il.