La présidente de l’Université du Québec, Johanne Jean, pense qu’il faut se retrousser les manches maintenant pour éviter que la pénurie de main-d’œuvre n’atteigne un autre niveau.

Recrutement à l’étranger: l’UQ veut avoir les moyens

L’Université du Québec (UQ) veut faire sa part pour régionaliser l’immigration. Sa présidente Johanne Jean demande au gouvernement de lui donner «les moyens financiers» pour recruter des étudiants à l’international.

«La compétition pour avoir des étudiants, elle est pas nécessairement entre les établissements ici, elle est avec les établissements à l’international», juge Mme Jean.

En entrevue au Soleil, la présidente de l’UQ raconte que les universités francophones du Québec doivent selon elle se coordonner pour aller en France, en Belgique et en Afrique du Nord parler des programmes qu’elles offrent. Parce que les étudiants aujourd’hui «magasinent» leur université. 

Alors que les universités anglophones ont accès à un «marché lucratif» d’étudiants prêts à venir étudier chez elles, la partie est loin d’être aussi facile pour les universités francophones. «Lorsqu’on parle des jeunes du Maghreb, par exemple, si on ne leur donne pas des conditions intéressantes pour venir étudier chez nous, ils ne viendront pas.»

Et s’ils viennent au Québec, il faudra en prendre soin. «Si on souhaite que ces jeunes-là diplôment et s’intègrent dans la société, il faut s’en occuper. Il faut pas juste les rentrer, dire : “Bienvenue et arrangez-vous.”»

Mme Jean croit que les étudiants étrangers sont l’une des clés de la pénurie de main-d’œuvre, qui ira en s’accentuant. 

«La pénurie de main-d’œuvre, ça commence dans les restaurants, dans les magasins, mais après ça, ça monte dans l’échelle», avertit Mme Jean. Alors que la pénurie d’enseignants est déjà concrète, Mme Jean voit aussi poindre un manque d’ingénieurs à moyen terme. «Je pense qu’il faut se relever les manches.»

Surtout que la Coalition avenir Québec a promis d’investir massivement en éducation et de développer des classes de maternelle 4 ans partout au Québec d’ici cinq ans. Des classes pour lesquelles il faudra trouver de nouveaux enseignants. «On observe des baisses d’effectif étudiant en enseignement qui sont suffisamment inquiétantes pour qu’on doive s’en occuper rapidement.»

Former plus de profs

Mme Jean dit ne pas avoir «la recette» pour attirer les jeunes vers cette profession, mais que son réseau travaillera à la trouver. «Chose sûre, ça va prendre des gars en enseignement, ça prend des modèles masculins.»

Le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur Jean-François Roberge a d’ailleurs rappelé il y a quelques semaines aux recteurs, dans un discours prononcé pour souligner les 50 ans du réseau, que l’Université du Québec avait été créée pour deux raisons fondamentales : rendre l’université accessible dans les régions et former des enseignants, alors que le Québec ouvrait des polyvalentes et prenait un virage éducatif. 

Aujourd’hui, Mme Jean se dit prête à renouer avec cette mission. «On a juste 50 ans. On est encore jeunes et on est capables d’être agiles et d’être audacieux.»

Pour l’heure, la présidente de l’UQ voit en M. Roberge un ministre «très à l’écoute» du réseau universitaire, même si les promesses de son parti visent davantage le réseau d’éducation préscolaire, primaire et secondaire. «La solution pour le préscolaire et primaire passe par l’universitaire. On ne peut pas déconnecter ça.»

Pour ce qui est de l’accessibilité aux études universitaires, Mme Jean juge qu’après 50 ans, le Québec «a encore du chemin à faire». Les 10 universités membres de l’UQ sont présentes physiquement dans 60 villes du Québec, parce que les jeunes qui vivent à moins de 40 kilomètres d’une université sont beaucoup plus enclins à la fréquenter. 

Malgré cela, le Québec accuse toujours du retard sur les autres provinces canadiennes quant au nombre de diplômes décernés. «Au Québec, on est passé de 5 % à 22 % des 15 à 64 ans qui ont un diplôme d’études supérieures. En 50 ans, c’est un bond important. Mais on peut aller plus loin.»

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DE L'AIR POUR LES CINQ UNIVERSITÉS DES RÉGIONS

Cinq universités devraient voir leur enveloppe consacrée au développement régional être rétablie. 

Le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur Jean-François Roberge fera une annonce à l’Assemblée nationale mardi après-midi, portant sur un «financement supplémentaire» pour les universités en région membres du réseau de l’Université du Québec (UQ). Les Universités du Québec à Rimouski, à Trois-Rivières, à Chicoutimi, en Outaouais et en Abitibi-Témiscamingue réclament publiquement depuis quelques semaines que l’on rétablisse le financement qui leur permet de contribuer à leur communauté qui couvre un très large territoire.

Leur demande globale se chiffre à 13,3 millions $. Au printemps dernier, le gouvernement libéral a révisé la formule de financement des universités, mais n’a pas reconduit pour l’année 2018-2019 cette mesure qui s’adresse spécifiquement aux universités en région. 

«C’est important, parce qu’on n’a pas idée à quel point plusieurs projets en région émanent de ces universités ou sont faits en collaboration avec ces universités. On parle de vitalité régionale», commente Johanne Jean, présidente de l’UQ, qui souhaite que le gouvernement restitue l’enveloppe en entier.