Michel Bissonnette, vice-président principal de Radio-Canada, croit que l’écosystème actuel de compétition entre les médias doit être revu, afin de laisser place à davantage de collaboration.

Radio-Canada prêt à collaborer avec les médias régionaux

Partager du contenu, financer des enquêtes journalistiques, collaborer dans la vente de publicité numérique : la société Radio-Canada tend la main à tous les médias privés du Québec, afin que la culture actuelle de compétition se transforme en culture de collaboration.

«Nous sommes convaincus que c’est en mettant nos forces en commun que nous réussirons à nous imposer face aux géants du numérique», a souligné Michel Bissonnette, vice-président principal de Radio-Canada, lors de son passage jeudi devant la commission parlementaire sur l’avenir des médias.

La société Radio-Canada, qui est financée par le gouvernement fédéral, ne réclame pas de fonds publics au gouvernement du Québec pour elle-même, mais croit que les médias privés en ont besoin. 

M. Bissonnette est d’avis que Radio-Canada peut «faire partie de la solution» pour sortir ces médias de la crise. Par exemple, en se servant de ses plate-formes (télévision, radio et Web) pour faire la promotion des médias locaux ou en ajoutant des liens vers leurs articles, afin de «permettre une plus grande fluidité entre le trafic de nouvelles québécoises» sur le Web. 

Des alliances avec certains médias pourraient avoir lieu pour assurer une meilleure couverture d’un territoire. «Notre proposition va être à géométrie variable, parce qu’on doit s’ajuster. Les problèmes ne sont pas les mêmes dans chacune des régions», indique M. Bissonnette. 

Radio-Canada est d’accord avec l’idée que l’industrie des médias québécois se dote d’une régie publicitaire provinciale, qui permettrait de mieux cibler les publics pour les annonceurs et de concurrencer les géants du Web, comme Google et Facebook. 

M. Bissonnette a rappelé que la société Radio-Canada a été créée en 1936 pour protéger la culture canadienne des ondes radio américaines qui pouvaient être entendues sur le territoire. Aujourd’hui, cet environnement contrôlé n’existe plus. «Maintenant que les géants du Web sont arrivés, l’envahissement américain est à nouveau présent et on doit s’assurer, encore plus comme francophones, qu’on puisse encadrer et soutenir les médias», dit-il. 

Agence Télé-Québec

Marc-François Bernier, professeur de journalisme à l’Université d’Ottawa, a plutôt proposé aux députés membres de la commission parlementaire que Télé-Québec joue un rôle plus important pour couvrir le large territoire du Québec. Il suggère la création d’une agence Télé-Québec, qui offrirait gratuitement des nouvelles sur toutes les régions à tous les médias du Québec. Ces nouvelles seraient accessibles en ligne seulement et traiteraient d’enjeux publics. 

M. Bernier ne croit pas que la création d’une telle agence nuirait à La Presse canadienne, parce que sa mission est de produire des nouvelles davantage nationales que régionales. 

Le professeur est d’avis que le gouvernement devrait exiger des médias une reddition de compte s’il leur offre une aide financière, afin que cette aide ne serve pas à financer des chroniques d’opinion, de la météo, des chroniques de voitures, de mode et de voyage. M. Bernier croit que cette aide devrait plutôt encourager les médias à couvrir des enjeux publics importants pour la démocratie, comme la santé, l’éducation ou l’actualité municipale. 

La grande majorité des intervenants qui ont défilé devant les parlementaires jeudi, comme le Montréal Gazette, TC Transcontinental et Urbania, ont plaidé, comme d’autres médias l’ont fait en début de semaine, en faveur d’une aide financière gouvernementale rapide à cette industrie.