Le questionnaire du CIUSSS de Trois-Rivières, à propos des habitudes sexuelles des couples qui se tournent vers l’adoption, a entraîné beaucoup de réactions.

Questionnaire controversé: Carmant n'approuve pas la conservation des données

Trois-Rivières — Si le CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec choisit de conserver les données déjà recueillies par le biais du questionnaire explicite sur les habitudes sexuelles des couples en processus d’adoption par la banque mixte, ce ne sera certainement pas avec l’accord du ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux Lionel Carmant, ni celui du ministère de la Santé. Le ministre a en effet fait savoir, vendredi soir, qu’il n’endossait absolument pas cette décision, qui est également décriée par certains postulants.

Rappelons que la semaine dernière, Le Nouvelliste mettait en lumière l’existence d’un questionnaire explicite sur les habitudes sexuelles des postulants pour l’adoption par le biais de la banque mixte, un questionnaire déployé uniquement dans la région. Les questions portaient sur certaines habitudes sexuelles, mais également sur les habitudes de masturbation, la pénétration, la lubrification vaginale, et la capacité des partenaires d’atteindre l’orgasme par différents moyens, pour ne nommer que ceux-là. Un questionnaire qui s’inscrivait dans une démarche globale d’évaluation des différents aspects de la personnalité des postulants et élaboré par des chercheurs de l’UQTR.

Devant le tollé populaire et l’intervention du ministre Lionel Carmant, cette partie du questionnaire a été retirée du processus d’évaluation. Toutefois, la soixantaine de couples ayant déjà répondu à ces questions au cours des six derniers mois verront leurs réponses être conservées par le CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec et considérées comme valides, explique Guillaume Cliche, porte-parole de l’établissement.

«L’évaluation et l’acceptation des postulants se font dans le cadre d’un processus global, qui dure plus de 35 heures. Le questionnaire s’inscrivait à l’intérieur de cette évaluation globale et permettait aussi des corrélations avec d’autres aspects de la personnalité qui indiquaient à nos évaluateurs certains facteurs de risques ou non. Ne pas conserver ces données viendrait invalider l’ensemble de l’évaluation», indique Guillaume Cliche.

Ce dernier rapporte toutefois que le CIUSSS s’est assuré qu’aucun postulant ayant rempli le questionnaire et ayant été refusé au processus de la banque mixte ne l’avait été en raison uniquement des questions portant sur les habitudes sexuelles.

«Il n’y a eu aucun refus basé uniquement sur ça. On a bien regardé, et dans aucun cas, si on retire ces données, ça vient remettre en question la décision finale rendue», assure-t-il.

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux Lionel Carmant est en désaccord avec le fait que le CIUSSS-MCQ conserve les données amassées sur les habitudes sexuelles des couples qui désirent adopter un enfant.

Le ministre Carmant n’endosse cependant pas que l’établissement conserve les résultats. «On n’appuie pas cette décision», a confirmé vendredi soir son attachée de presse Camille Lambert-Chan, lorsque mise au courant de la décision du CIUSSS-MCQ.

Cette dernière n’était toutefois pas en mesure de confirmer quelle serait la suite des choses cette semaine concernant ces données archivées, mais expliquait qu’à partir du moment où le ministère avait fait connaître jeudi qu’il n’endossait pas la pratique et demandait le retrait du questionnaire, il devenait difficile de reconnaître la légitimité des résultats déjà amassés.

«Une erreur»

Appelée à commenter la décision du CIUSSS, Marie-Claude (nom fictif), cette postulante qui avait dénoncé dans nos pages l’existence de ce questionnaire, juge inconcevable que les données soient conservées. Un point de vue partagé par d’autres couples postulants qui ont communiqué avec Le Nouvelliste par courriel pour faire part de leur malaise, mais qui ont préféré ne pas accorder d’entrevue. Marie-Claude, elle, n’entend pas en rester là.

«Il n’y a aucune légitimité, aucune pertinence, à conserver ces données. L’État n’a pas à garder dans ses cartons des données qui révèlent la longueur des érections de mon chum. C’était une erreur que d’avoir produit ce questionnaire et il faut réparer l’erreur jusqu’au bout», croit celle qui se demande aujourd’hui pourquoi les normes d’évaluation sont établies localement, plutôt que d’être normées par le ministère de la Santé et des Services sociaux, et appliquées à la grandeur de la province.

Marie-Claude se questionne aujourd’hui sur le processus éthique derrière cet exercice. «On dit que ça a été produit par des chercheurs de l’UQTR, mais est-ce que le comité d’éthique s’est penché sur le questionnaire? Je suis persuadée qu’un comité d’éthique aurait balayé en quelques minutes un tel questionnaire dans un processus d’adoption», relate-t-elle,

Marie-Claude conçoit qu’on veuille évaluer les facteurs de risques d’abus de toutes sortes auprès des familles postulantes, mais estime qu’il faut aussi que ça se fasse dans le respect des couples qui veulent adopter.

«On nous a dit: vous remplissez ça ou alors le processus s’arrête là. C’est du chantage! Le but est d’éviter les abus, mais l’abus psychologique, il se fait envers les familles qui veulent adopter. Nous sommes en position hyper vulnérable, et ils appliquent sur nous ce qu’ils ne veulent pas qu’on applique aux enfants qu’ils vont nous confier», dénonce-t-elle.

La postulante s’est toutefois dite rassurée de voir que la réaction du public, et surtout l’intervention du ministre Carmant à la suite de sa sortie publique, a permis l’abolition de cette mesure. «Ça me rassure et je me sens moins toute seule. Au moins, il y a du bon sens chez nos politiciens», a-t-elle déclaré.