Le premier ministre Francois Legault lors de son passage à Saint-Raymond le 3 septembre.
Le premier ministre Francois Legault lors de son passage à Saint-Raymond le 3 septembre.

Qu’attend François Legault pour répondre «Je suis présent»?

Stéphane Lapointe
Stéphane Lapointe
Président de la Fédération du personnel de l’enseignement privé (FPEP-CSQ)
POINT DE VUE / Le gouvernement Legault a trouvé, en temps de pandémie, une bien triste façon de démontrer que le Québec est une société distincte. En effet, alors qu’Ottawa a dépensé sans compter depuis des mois pour soutenir les travailleuses et les travailleurs durant cette période difficile, Québec, pour sa part, préfère placer les personnes les plus vulnérables devant un choix cruel: conserver leur santé ou leur salaire. 

C’est exactement la situation dans laquelle se trouvent, ces jours-ci, plusieurs enseignantes et enseignants, ainsi que des membres du personnel professionnel et du personnel de soutien, travaillant dans des établissements d’enseignement privés. C’est complètement aberrant.

Un choix immoral et déchirant

Comment le premier ministre François Legault et son ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, peuvent-ils continuer de dormir tranquilles, sur leurs deux oreilles, pendant que leur gouvernement oblige un certain nombre de ses concitoyennes et de ses concitoyens à devoir renoncer à leur salaire ou bien à leur santé? Un gouvernement a-t-il le droit d’être aussi insensible et irresponsable?

La situation de ces travailleuses et de ces travailleurs plus à risque face au virus, dont plusieurs femmes enceintes, est problématique dans les établissements d’enseignement privés. En effet, ces écoles n’ont tout simplement pas les moyens financiers de continuer à payer à la fois le salaire de ces employés, s’ils sont retirés de leur milieu de travail, et celui de leurs remplaçantes et remplaçants.

Le poids de la santé publique sur les épaules

Pour le personnel qui n’est pas retiré du travail, dès le moment où il ressent des symptômes apparentés à la COVID-19 ou qu’il vit avec quelqu’un qui en a, il doit obligatoirement quitter l’école, se faire tester et attendre le résultat en demeurant à la maison. Les travailleuses et les travailleurs concernés doivent recourir à leur banque de congés.

Quand on sait à quelle vitesse se propagent, dans les écoles, les rhumes et les grippes, il y a fort à parier que ce ne sera pas long avant que plusieurs de nos collègues se retrouvent chez eux sans salaire. Qu’ont-ils fait pour mériter un sort aussi injuste? Absolument rien. Pourtant, au nom de la protection de la santé publique, on leur demande de demeurer à la maison sans leur assurer de salaire en retour. Est-ce acceptable?

En vertu de quel principe les travailleuses et les travailleurs vulnérables des écoles privées devraient porter sur leurs épaules le poids de la santé publique?

Un silence qui parle fort

La FPEP-CSQ interpelle le ministère sur ces questions depuis quelques semaines déjà et n’a reçu aucune réponse satisfaisante. Le gouvernement Legault n’a pas le droit de les abandonner ainsi. Il doit soutenir le personnel des écoles privées et injecter des fonds pour la protection de la santé de tous. C’est bien beau de demander aux travailleuses et aux travailleurs de l’éducation «de répondre présent», mais que répondent eux-mêmes François Legault et Jean-François Roberge aux appels à l’aide du personnel? Leur propre silence parle malheureusement plus fort que les échos de leur campagne publicitaire.

Monsieur Legault, il n’est pas trop tard pour rectifier le tir. Mes collègues de l’éducation, particulièrement celles et ceux des établissements privés, ont hâte de vous entendre. Serez-vous, tout comme nous, présent?