L’extrait utilisé dans la publicité du Parti libéral du Québec provenait d’une entrevue que Christine Beaulieu avait accordée à Télé-Québec pour présenter sa pièce J’aime Hydro.

Pub avec la voix de Christine Beaulieu: le PLQ se rétracte

Une publicité du Parti libéral du Québec (PLQ) mise en ligne lundi matin a semé la controverse, puisque la voix de la comédienne et auteure de la pièce «J’aime Hydro», Christine Beaulieu, avait été utilisée sans son consentement. Le PLQ a finalement modifié sa publicité plus tard dans la journée, et publié une version dans laquelle la voix de l’artiste ainsi que l’image de la pièce ont été retirées.

Dans la première mouture de la publicité qui critique la Coalition avenir Québec (CAQ), on entendait la voix hors-champ de l’actrice: «Quelqu’un qui défend un projet en n’utilisant pas les bons chiffres, est-ce qu’il est complètement ignorant du dossier?» dit Christine Beaulieu. L’extrait provient d’une entrevue qu’elle avait accordée à Télé-Québec pour présenter sa pièce J’aime Hydro

En réaction à la publication de la publicité, l’agence de l’artiste avait écrit dans une déclaration lundi en matinée que «les Productions Porte Parole, Champ gauche et Christine Beaulieu, producteurs et auteure de la pièce J’aime Hydro, n’ont jamais, en aucune circonstance, autorisé l’utilisation d’un extrait audio de Christine Beaulieu et de l’image de J’aime Hydro dans une publicité du Parti libéral du Québec. Porte Parole ne se prononce jamais en faveur d’un parti politique».

Le groupe envisageait donc d’étudier les recours légaux à leur disposition pour cesser la diffusion de la publicité.

Le Parti libéral s’est défendu en faisant valoir que la citation n’avait pas été prise hors contexte. «Ça arrive souvent que les élus vont chercher des experts, des artistes, dont les partis politiques reprennent» les propos, a justifié Maxime Roy, le directeur des communications du PLQ.

Sur l’heure du midi lundi, le Parti libéral avait acquiescé à la demande des Productions Porte Parole et retiré les paroles de l’auteure ainsi que la référence à la pièce. La compagnie de production a alors décidé de ne pas aller de l’avant dans son intention d’entamer de potentiels recours judiciaires. 

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PREMIÈRE VERSION DE LA PUBLICITÉ DU PARTI LIBÉRAL DU QUÉBEC

Attaque contre la CAQ

La nouvelle version de la publicité vise également la CAQ, particulièrement son chef François Legault, accusé de ne pas avoir dévoilé de détails sur le projet de «Baie-James du XXIe siècle» dont le chef caquiste a présenté les grandes lignes en 2016. 

Lors d’un congrès du parti cette année-là, M. Legault avait dit vouloir «que le Québec devienne le centre, l’opérateur, le producteur d’énergie le plus important dans le nord-est de l’Amérique du Nord». «C’est un projet très important avec des milliers d’emplois, des investissements importants, mais je ne vous donnerai pas de chiffre aujourd’hui», avait-il poursuivi au terme de cette rencontre, invitant les Québécois à connaître les détails de son plan en 2017.  

Qualifiée «d’idée improvisée» dans la courte vidéo, le PLQ critique l’imprécision du chef caquiste, qui «doit arrêter de se cacher et expliquer ses projets» aux Québécois.

Pour François Legault, qui participait lundi à une activité du Conseil des relations internationales de Montréal, ces «fake news», juge-t-il, témoignent du sentiment de «panique» qui envahirait le Parti libéral, alors que des sondages montre la CAQ en bonne position pour former le prochain gouvernement. 

«Ils sont désespérés. Ça sent un peu la panique libérale. J’ai senti que les gens d’affaires qui étaient là aujourd’hui sont d’accord pour qu’on développe davantage Hydro-Québec. Je ne comprends pas pourquoi Philippe Couillard dit que l’hydroélectricité, c’est le passé, moi je pense que c’est l’avenir», a commenté François Legault en point de presse. 

Aujourd’hui encore, la CAQ ne donne pas de détails sur ses intentions. «Nous ferons connaître le tout en temps et lieu», a dit l’attaché de presse du parti, Samuel Poulin. «Je suis convaincu qu’on doit exporter plus d’électricité en Ontario, dans les provinces maritimes et dans le Nord-Est américain. Ça va nous amener éventuellement à bâtir des lignes de transmission et peut-être à bâtir de nouveaux barrages», a pour sa part répondu François Legault, questionné à ce sujet.

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UNE ATTEINTE AU DROIT D'AUTEUR, CROIT UN EXPERT

Ce n’est pas la première fois que le Parti libéral du Québec (PLQ) se trouve dans l’eau chaude pour avoir repris du contenu d’artistes sans obtenir au préalable leur autorisation. 

En 2012, l’ex première-ministre Pauline Marois avait été filmée par un vidéaste amateur en train de frapper deux casseroles ensemble, dans la foulée des revendications étudiantes.

Le Parti libéral avait alors repris les images du vidéaste et les avait retravaillées pour créer une publicité qui ciblait directement Mme Marois. L’auteur des images avait alors menacé de poursuivre le parti. 

L’année suivante, le PLQ avait fait jouer la chanson de Pierre Lapointe lors du congrès à la direction du parti qui avait mené à la victoire de Philippe Couillard. L’artiste n’avait pas digéré de voir son œuvre être utilisée par le PLQ. 

Cette fois, avec le cas de Christine Beaulieu, le PLQ a de nouveau commis une faute au droit moral de l’artiste, croit l’expert en droit d’auteur Georges Azzaria. 

Droit moral

D’abord sur l’usage d’une image de la pièce, telle qu’on la voyait dans la première version de la publicité du PLQ mise en ligne lundi matin, le parti contrevenait au droit moral de l’auteur et de la production, estime l’expert. 

«On est en train de dénaturaliser l’œuvre», dit-il en entrevue au Soleil, jugeant «assez clair» que le Parti libéral avait commis une faute. Quant à la question de l’utilisation non consentie de la voix de la comédienne, M. Azzaria poursuit: «À mon avis, même si les propos ont été prononcés dans un contexte public, d’utiliser la voix de la comédienne à toute fin autre que celle de l’information du public», constituerait une atteinte au droit à la vie privée de l’artiste. La réaction juridique de l’agence d’artiste était donc «bien fondée», estime-t-il. 

«Parfois, on dirait que les agences de communications oublient» que des cas semblables sont déjà survenus, ajoute M. Azzaria. «C’est comme s’il y avait une leçon qui ne s’apprenait pas», conclut-il.