Protéines végétales: Vegeat, l’option québécoise

Vegeat vient de réaliser une percée majeure sur le marché. La jeune pousse montréalaise lance une première alternative québécoise aux boulettes végétariennes, et américaines, Beyond Meat et Lightlife. Ses deux produits de protéines végétales seront offerts en exclusivité sur les tablettes du groupe Sobeys.

Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politiques agroalimentaires de l’Université Dalhousie, se désolait que Beyond Meat ne soit pas Canadien. Le pays est pourtant l’un des plus grands producteurs de pois au monde, dont la protéine est l’un des ingrédients phares des produits de protéines végétales. Mais Beyond Meat est devenu l’éclaireur, croit-il. 

IGA et Rachelle-Béry seront les tout premiers points de vente. L’entreprise en démarrage de cinq employés vise les mêmes marchés que ses concurrentes américaines, en ajoutant les industriels à sa liste de futurs clients. Son haché végétal pourrait ainsi être utilisé pour la fabrication d’une sauce à spaghetti commerciale, par exemple. Plus d’une entreprise aurait approché la compagnie, indique son président, François Cardinal. 

Le prix pour deux boulettes Beyond Meat : 8 $. Les produits Vegeat, eux, seront offerts à 5,99 $, pour deux galettes, et 9,99 $, pour le haché végétal. L’idée, selon M. Cardinal, est de démocratiser la protéine végétale. «Il faut la rendre accessible partout, à moindre coût, dans une efficacité et une qualité de production.»

Vegeat fait d’ailleurs partie des innovations lauréates des Grands Prix Dux, qui récompense les initiatives en matière de saine alimentation, tenus à Montréal, en janvier 2019.

Pois jaunes, huile de noix de coco, betteraves, fibres d’agrumes, carottes, tapioca : les produits Vegeat sont sans OGM, ni soya, ni allergène, selon l’entreprise. Contrairement aux noix, la protéine de pois n’est pas étiquetée comme allergène alimentaire sur les produits canadiens. Elle peut cependant aussi provoquer des allergies.

Ouvrir le marché

En se retrouvant sur les tablettes de tout le groupe Sobeys, avec «un effort marketing plus soutenu dans les IGA et Rachelle-Béry du Québec et du Nouveau-Brunswick», Vegeat ouvre une porte sur un réseau pancanadien. Et déjà, l’entreprise est sollicitée par les États-Unis, le Brésil et le Japon. 

La compagnie est présentement en discussion avec «certaines chaines de restauration rapide d’envergure présentes au Québec», qui n’offrent toujours pas de boulettes à base de protéines végétales, évoque M. Cardinal. Ces ententes devraient se conclure en septembre. 

Les produits Vegeat afficheront le logo «Aliment fabriqué au Québec», n’ont obtenu aucune subvention ou d’aide financière par la voie d’un programme.

L’entreprise travaille déjà sur de nouveaux produits, toujours 100 % végétaux et sans allergène. Des saucisses seront entre autres commercialisées.

La protéine végétale, une tendance lourde

«Le marché de la protéine végétale n’est pas passager, comme le sans gluten, estime François Cardinal. Il s’agit d’une tendance lourde qui va s’imbriquer dans les habitudes alimentaires des consommateurs.»

Maple Leaf concluait l’acquisition de Lightlife, en 2017. Tyson Foods, premier exportateur de bœuf américain, avait investi dans Beyond Meat, en 2016. Elle s’était débarrassée de ses parts pour 79 millions de dollars américains, une semaine avant l’introduction en bourse de Beyond Meat, en mai dernier. Puis, en juin, Tyson Foods annonçait se lancer dans l’industrie de la «fausse viande», en commercialisant des croquettes de poulet à base de pois. 

«Les entreprises de viande se lanceront très certainement dans la protéine végétale», selon M. Cardinal. Elles devront combler les parts de marché gagnées par cette nouvelle industrie.