Procès Normandeau-Côté: «l’ambiance est pourrite» à l’UPAC

Le climat de travail malsain qui règne à l’Unité permanente anticorruption (UPAC) explique les fuites de renseignements policiers aux médias, ont fait valoir jeudi un policier et un enquêteur civil qui nient être à l’origine de ces fuites même s’ils sont considérés comme les principaux suspects.

Les employés de l’UPAC Stéphane Bonhomme et Richard Despaties — suspendu dans le premier cas, congédié dans l’autre — ont été visés par des perquisitions le 25 octobre, en même temps que le député libéral Guy Ouellette. Ils sont dans la boîte des témoins à la demande des avocats de Nathalie Normandeau, Marc-Yvan Côté et quatre coaccusés, qui réclament un arrêt des procédures en raison de fuites de preuves qui les priveraient d’un procès juste et équitable.

«L’ambiance est pourrite (sic).» Richard Despaties avait un message à lancer au juge André Perreault en ce jeudi matin. Il a dénoncé des «concours pipés», des postes comblés par les amis du commissaire Robert Lafrenière. Il a rapporté le dépôt de nombreuses plaintes de harcèlement psychologique, des partys de Noël de moins en moins populaires au fil des ans, des départs massifs de secrétaires et d’enquêteurs dès lors qu’ils peuvent réintégrer le poste qu’ils occupaient dans un autre corps de police.

M. Despaties n’a pas hésité à dire que Robert Lafrenière «ment» quand il assure que ça va bien à l’interne. Lui-même considère être victime d’une vendetta du nouveau numéro deux de l’UPAC, Michel Pelletier.  

Avant lui, Stéphane Bonhomme a aussi assimilé à la «frustration au niveau du plancher» les fuites dans les enquêtes Fiche, Joug, Lierre et Mâchurer. Talonné par la Couronne, il a dû reconnaître qu’il avait des griefs contre un de ses supérieurs pour manque d’assiduité. Il a également fait circuler une caricature de YGreck représentant le commissaire Lafrenière en tortue disant «Ça… s’en… vient!». Il a avoué trouver «rigolo» de voir le grand patron ainsi représenté.

Les deux hommes ont convenu que les renseignements policiers n’étaient pas faits pour être partagés. Ils ont toutefois constaté «comme tout le monde» qu’il y avait des fuites et que ça ne pouvait venir que de l’intérieur.

M. Bonhomme a donné comme exemple le fait que des journalistes se trouvaient sur les lieux des perquisitions en même temps que les policiers. M. Despatie a constaté cela lui-même le 25 octobre quand les journalistes ont filmé sa maison en cours de perquisition. «Ça fuite de partout», a-t-il conclu ce jour-là.

L’ex-policier devenu enquêteur civil se base également sur la publication de fiches signalétiques et de déclarations pour arriver à cette conclusion. «Ça peut pas venir de Monsieur Tout le monde», a-t-il indiqué.

Les deux employés de l’UPAC ont assuré qu’ils n’avaient pas mis la main sur de la preuve informatique ou papier pour la redistribuer et qu’ils n’étaient pas le fameux «Pierre» qui a offert la preuve de la cause Normandeau-Côté au journaliste Louis Lacroix, pigiste pour L’actualité.

M. Bonhomme a aussi nié que des documents et un disque dur de l’UPAC avaient été retrouvés à sa demeure, même si tant la défense que la Couronne avaient des questions très précises à ce sujet.

Le député Ouellette doit témoigner à son tour en après-midi au palais de justice de Québec.