Procès d'un père pour violence et abus sexuels: cinq à six signalements ont été faits à la DPJ par l’école

Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — La Direction de la protection de la jeunesse aurait reçu cinq à six signalements en provenance de l’école fréquentée par les deux enfants de ce père de famille, accusé de violence et d’abus sexuels, avant finalement de les placer dans une famille d’accueil deux ans plus tard.

C’est du moins ce qui ressort du témoignage de l’agente de réadaptation en milieu scolaire dans le cadre du procès de cet homme de Trois-Rivières. Entre 2016 et 2018, celle-ci a en effet fait appel à la DPJ à au moins cinq occasions après avoir reçu des verbalisations des deux enfants à l’effet qu’ils auraient été victimes de violence ou après avoir aperçu des marques sur leur corps. Le premier signalement a été porté en mars 2016 alors que le garçon affichait une marque sur la joue qui aurait été causée par un coup de poing asséné par son père alors que les derniers signalements ont été faits en avril 2018, toujours en lien avec des gestes de violence contre les enfants.

Toujours selon elle, les parents auraient été rencontrés et invités par la DPJ à s’engager dans une mesure volontaire d’accompagnement avec le CLSC portant sur les capacités parentales mais leur manque de collaboration aurait ensuite entraîné la fermeture du dossier.

L’agente a été informée de la situation par le CLSC et a affirmé qu’elle ne pouvait rien faire d’autre, hormis refaire un autre signalement à la DPJ lorsqu’un nouvel événement surviendrait. Entre-temps, elle s’est efforcée d’offrir un filet de sécurité aux enfants à l’école.

Elle a d’ailleurs constaté à quel point le petit garçon avait peur de son père et peur de retourner à la maison le soir, ce qui devenait problématique avec le transport scolaire. L’intervenante a même dû aller le reconduire chez lui à quelques reprises.

En avril 2018, elle a fait d’autres signalements à la DPJ après avoir constaté que les deux enfants auraient de nouveau été malmenés par leur père. Elle a par la suite appris que les enfants avaient été retirés de leur milieu familial.

Les abus sexuels ont pour leur part été signalés le 10 mai 2018 par la jeune fille à une enseignante de l’école. Cette dernière a raconté, mercredi, toujours dans le cadre du procès, que la jeune fille alors âgée de 12 ans lui avait avoué être abusée depuis qu’elle avait sept ans par son père.

Deux intervenantes de la DPJ ont également témoigné au procès. L’une d’elles, chargée de l’évaluation des signalements, a indiqué être intervenue une première fois en octobre 2017 à la suite d’un signalement pour mauvais traitements psychologiques et pour négligence éducative. Elle a expliqué que les parents des enfants avaient ensuite accepté en janvier 2018 de prendre part à des mesures volontaires d’une durée de huit mois. L’application de ces mesures a été transférée à une autre intervenante de la DPJ.

Puis, le 24 avril 2018, elle a reçu un nouveau signalement pour des abus physiques et du dénigrement. Cette fois-ci, la situation a été jugée urgente et les enfants ont immédiatement été rencontrés et retirés de leur famille. Ils ont été confiés à une tante puis à leur nouvelle famille d’accueil. L’entente multisectorielle a été déployée et les policiers de Trois-Rivières ont été contactés. Les enfants ont été rencontrés une première fois afin de parler des sévices physiques.

Quelques jours plus tard, à la mi-mai, cette intervenante de la DPJ a appris qu’il y aurait aussi eu des abus sexuels. C’est la jeune fille qui, spontanément, lui a parlé de son «secret», ce qui a nécessité une seconde déclaration vidéo aux policiers à ce sujet.

L’autre intervenante de la DPJ soutient par ailleurs être intervenue dans ce dossier en janvier 2018 dans le cadre de l’application des mesures volontaires. Des services ont alors été apportés aux parents. Selon elle, la mère souffrait d’une grave maladie et le père avait aussi des problèmes de santé, sans compter le fait qu’il était épuisé. La jeune fille avait une surcharge de responsabilités et le garçon souffrait d’un trouble de comportement et il était très turbulent.

À la mi-avril 2018, alors qu’un autre signalement était en évaluation pour de la violence physique et que la petite fille lui avait montré des marques sur son corps, elle a indiqué avoir tâté le terrain auprès du père pour savoir s’il allait s’ouvrir à ce sujet mais sans succès. La discussion n’avait pas été plus loin. Elle a par la suite mentionné que les enfants n’avaient probablement pas osé dire ce qu’ils vivaient par peur que leur père le sache et qu’il soit encore plus fâché contre eux.

Le père et la sœur du suspect ont également témoigné mercredi. Ils ont décrit la maison familiale comme un endroit chaotique où la musique était forte. Le grand-père paternel se rappelle que ses craintes étaient surtout reliées au fait que sa petite-fille de 12 ans se voyait souvent confier la responsabilité de son jeune frère alors que leur père avait lui-même de la difficulté à le contrôler.

En février 2018, celle-ci lui aurait confié avoir peur de son père et de son frère, vouloir quitter la maison et en avoir parlé avec des gens de son école et la DPJ sans toutefois entrer dans les détails. «Nous ne savions pas les vraies raisons de ses peurs. Avoir su, je l’aurai gardée avec moi», a-t-il raconté avec beaucoup d’émotions.

Ce n’est qu’une fois les enfants placés en famille d’accueil qu’il a appris l’existence des délits reprochés à son fils. Depuis, il ne l’a plus revu.

La sœur du suspect a pour sa part entendu son frère crier et insulter souvent ses enfants lors de leurs conversations téléphoniques. Et lorsque la DPJ l’a contactée pour garder d’urgence les enfants le 24 avril 2018, elle a alors constaté qu’ils avaient des marques sur leur corps, qu’ils n’étaient pas très propres, qu’ils étaient nerveux et agités. Avec une certaine réticence, ils lui auraient avoué que leur père leur faisait du mal presque quotidiennement.