Camil Renaud prendra le chemin de la détention le 20 janvier, alors qu’il recevra sa sentence.
Camil Renaud prendra le chemin de la détention le 20 janvier, alors qu’il recevra sa sentence.

Procès d'un ex-raëlien coupable d’exploitation sexuelle: la victime témoigne

« J’étais dans une prison. Et les barreaux étaient la honte, la culpabilité et le dégoût de moi-même. » La victime de Camil Renaud, cet ex-raëlien qui a plaidé coupable à des chefs d’accusation de contacts sexuels, d’initiation à des contacts et d’exploitation sexuelle d’une adolescente de son entourage, a témoigné des graves conséquences qu’ont eues ses crimes sur sa vie, lundi matin, au Palais de justice de Chicoutimi. La victime, aujourd’hui âgée de 41 ans, mais qui avait 11 ans lorsque les premiers gestes ont été perpétrés, a déclaré que ce n’était plus à elle de porter le fardeau de la honte et qu’il était maintenant temps de s’en libérer.

« Je ne me trouvais pas belle et toi, tu me caressais pour me faire sentir belle », a raconté la dame, lorsqu’elle a accepté de témoigner sur les conséquences du crime en marge des observations sur la peine de Camil Renaud.

L’homme de 66 ans, qui vit aujourd’hui à Repentigny, a reconnu sa culpabilité en septembre dernier. Il a admis avoir abusé sexuellement d’une jeune fille, entre les années 1988 et 1996, à La Baie, alors qu’il faisait partie du Mouvement raëlien.

Les premiers gestes ont commencé lorsque Renaud a rencontré la mère de la victime, dans le contexte de son appartenance au Mouvement raëlien.

Alors que la victime n’avait que 11 ans, l’accusé en avait environ 35. Camil Renaud a reconnu avoir posé entre 10 et 15 gestes à caractère sexuel sur la jeune fille. On parle de gestes de masturbation et de frottement des parties génitales, de même que des fellations forcées. L’homme était alors dans une relation de confiance avec la victime.

La Couronne et la défense ont soumis une suggestion commune au magistrat. Ici, le procureur, Me Jean-Sébastien Lebel.

« Les fantasmes que monsieur Renaud m’a demandé de réaliser n’avaient rien de sain pour une enfant et une adolescente. Il m’a demandé de lui uriner dessus. Il a frotté son pénis à l’entrée de mon vagin. Il a voulu me filmer pendant que je lui faisais une fellation. La fin de mon secondaire a été horrible. J’ai fait des crises d’angoisse, de l’insomnie, je vivais dans la honte et le dégoût de moi-même. J’ai été dans une prison durant des années, pendant que lui, il pratiquait son métier et vivait sa vie. Encore aujourd’hui, je dois prendre une médication et avoir un suivi psychologique pour calmer cette angoisse », a témoigné la dame, qui s’adressait au juge Michel Boudreault, de la Cour du Québec. Les gestes ont pris fin lorsqu’elle avait 16 ans, mais l’ont suivie jusqu’à aujourd’hui.

Anxiété, dépression, faible estime d’elle-même, crises de panique, peur, désordre émotif ; la victime a témoigné que les gestes subis avaient eu des répercussions autant à l’adolescence que durant sa vie d’adulte. Elle a notamment dû arrêter de travailler durant un moment, puisqu’elle n’était plus capable d’exercer sa profession d’infirmière auprès des hommes, en raison des souvenirs qui remontaient à la surface. « J’avais des flashbacks de ce qui était arrivé », a-t-elle témoigné.

Mais c’est surtout en voyant ses enfants grandir qu’elle a senti qu’elle devait dénoncer. « J’ai dû déterrer mon passé pour m’en libérer », a-t-elle dit, avouant que le processus judiciaire n’a rien de simple pour les victimes.

« Ce n’est pas lui la victime, comme il tente de se faire passer. La victime, c’est moi », a ajouté la dame, ajoutant que ses proches ont également été des victimes collatérales de Camil Renaud.

Le juge salue le courage de la victime

Le juge Boudreault a attentivement écouté le témoignage de la victime.

Me Sylvain Morissette représente les intérêts de Camil Renaud.

« Je félicite votre courage. Quand je vais sentencier monsieur Renaud, j’aurai une pensée pour vous. Ne croyez pas que la justice oublie les victimes », a affirmé le magistrat.

Camil Renaud a aussi tenu à s’exprimer. « Je ne veux en rien minimiser ce que j’ai fait ni nier ma responsabilité. Ça m’attriste d’apprendre les conséquences qu’ont eues mes actes. Je tiens à demander pardon », a dit l’accusé.

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L'ACCUSÉ ÉCOPERAIT DE DEUX ANS DE PRISON

La Couronne et la défense demandent deux ans de prison pour l’abuseur sexuel Camil Renaud. Les deux parties ont soumis cette suggestion commune au juge Michel Boudreault, lundi, en s’appuyant sur la jurisprudence et sur les facteurs atténuants de la cause. Le juge a toutefois décidé de prendre la question en délibéré et l’ex-raëlien ne prendra pas le chemin de la détention avant le 20 janvier. 

Initialement, la Couronne, représentée par Me Jean-Sébastien Lebel, avait déclaré vouloir demander une peine de pénitencier variant entre quatre et six ans. La multiplicité des gestes et le fait que Renaud était dans une relation de confiance avec sa victime figuraient sur la liste des facteurs aggravants. Mais son absence d’antécédents judiciaires, son rapport présentenciel favorable, son parcours sans tache (outre les faits reprochés), ses plaidoyers de culpabilité (évitant ainsi la tenue d’un procès), son risque de récidive jugé minime et son acceptation d’une peine de deux ans de prison ont penché dans la balance. 

« S’il y avait eu une objection de la défense, j’aurais plaidé pour trois ans », a déclaré Me Lebel.

Camil Renaud devrait donc éviter le pénitencier. La suggestion commune fait état de 26 mois de détention, mais en soustrayant le temps préventif de trois mois, l’homme pourra purger sa peine au provincial. 

Mais le juge Michel Boudreault a tenu à prendre la question en délibéré, bien qu’une suggestion commune ait été déposée. « Je veux vraiment prendre le temps de réfléchir et regarder attentivement le dossier », a affirmé le magistrat. 

D’ailleurs, le juge pourra lire de la jurisprudence concernant des crimes sexuels commis en situation religieuse, que la Couronne lui a remise. Parce que l’accusé a expliqué avoir commis ses crimes alors qu’il était sous le joug du Mouvement raëlien.

« Ce n’est toutefois pas tous les raëliens qui avaient des relations sexuelles avec des enfants », a précisé le procureur de la Couronne. 

Camil Renaud, en liberté jusqu’au prononcé de la peine, devra revenir au Palais de justice de Chicoutimi le 20 janvier, date à laquelle le juge Boudreault rendra sa décision. 

Le nom de l’ex-raëlien figurera aussi au registre des délinquants sexuels jusqu’à la fin de sa vie et il devra fournir un échantillon d’ADN.