Le 10 septembre 2015, dans une zone de travaux, Jessy Drolet, qui roulait en moto sur l’autoroute Laurentienne en direction sud, a frappé de plein fouet l’autopatrouille de la policière Isabelle Morin, qui faisait un virage à gauche en direction de la bretelle de la rue Georges-Muir.

Procès d'Isabelle Morin: manœuvre téméraire par manque de visibilité, dit l'expert

La policière Isabelle Morin a fait une manœuvre téméraire, estime le chef reconstitutionniste de la Sûreté du Québec, car elle ne pouvait voir le motocycliste. La défense croit au contraire que Jessy Drolet était visible de loin.

Pas d’alcool, de vitesse ou de texto au volant en jeu dans le procès de la policière de la Ville de Québec Isabelle Morin, 46 ans, accusée de conduite dangereuse ayant causé la mort d’un motocycliste.

Le débat repose principalement sur la visibilité qu’avait la policière lors de sa manœuvre vers 23h, le 10 septembre 2015, dans une zone de travaux. La policière a mis ses gyrophares, a passé entre deux balises de signalisation — les gros cônes orange et blanc — et a amorcé un virage à gauche en direction de la bretelle pour la rue Georges-Muir. L’auto-patrouille a été percutée par Jessy Drolet, 38 ans, qui roulait sur sa moto Suzuki en direction sud.

Selon le sergent Carl Allard, chef reconstitutionniste à la Sûreté du Québec et expert de la Couronne, la policière pouvait voir les phares de la moto seulement une seconde avant l’impact. Selon l’expert, elle ne voyait rien deux secondes et trois secondes avant l’impact, au moment où elle a amorcé sa manœuvre. 

En contre-interrogatoire, l’avocat d’Isabelle Morin, Me Jean-François Bertrand, a fait admettre au reconstitutionniste qu’à 200 mètres du lieu de l’impact, la policière pouvait apercevoir des phares. «Oui, on le voit, mais on le perd ensuite et c’est dans la partie où on le perd qu’elle s’est engagée», rétorque le sergent Allard. 

Le reconstitutionniste a évoqué la «témérité» de la policière. «Moi je ne tournerais pas là, a-t-il martelé. Avant d’être un expert, je suis une police et un humain et c’est ce que mon expérience me dit.»

Aux yeux de l’expert, les gyrophares ne changent rien au caractère dangereux de la manœuvre. «Ça ne veut pas dire que parce qu’on allume les gyrophares, on devient un véhicule blindé et qu’on peut faire ce qu’on veut», a dit le sergent Allard.

Vitesse du motocycliste pas en cause

Même si le motocycliste Jessy Drolet avait circulé à la vitesse prescrite de 90 km/h sur le chemin de déviation de l’autoroute Laurentienne, il serait quand même entré en collision avec l’auto-patrouille d’Isabelle Morin, selon l’expert reconstitutionniste. 

Après avoir analysé les traces de freinage et calculé les coefficients de frottement, le sergent Allard en vient à la conclusion que Jessy Drolet roulait à 114 km/h lorsqu’il a commencé à freiner, après avoir vu l’auto-patrouille surgir entre deux balises de signalisation.

Il a freiné, chuté et glissé sur 42 mètres avant de percuter la portière de l’auto-patrouille, du côté passager.

L’expert a refait les calculs en imaginant que le motocycliste roulait à la vitesse de 90 km/h, édictée par le ministère des Transports dans cette portion du chemin de déviation de Laurentienne.

L’impact se serait produit, mais pas au même endroit, assure l’expert. «La moto va quand même percuter l’arrière de l’auto-patrouille, juste derrière la roue», affirme-t-il.

La défense arrive à des calculs de vitesse différents et estime que Jessy Drolet roulait plus vite que l’évaluation de la Couronne. L’ingénieur Jean Grandbois livrera son expertise plus tard durant le procès.