Victor Robitaille-Drouin, 35 ans, ne travaille plus comme portier. Il a fondé son entreprise de vêtements pour hommes et femmes.

Procès de l’ex-portier du Folichon: l’accusé craignait d’être attaqué [VIDÉO]

L’ex-portier du Folichon Victor Robitaille-Drouin, participant à des compétitions d’homme fort, craignait pour sa sécurité. C’est pour cette raison, dit-il, qu’il a repoussé et frappé un client hostile le 12 février 2014.

Robitaille-Drouin, 35 ans, ne travaille plus comme portier. Il a fondé son entreprise de vêtements pour hommes et femmes.

Sans formation officielle — non requise à l’époque —, il a œuvré plusieurs années à la sécurité du cabaret Le Carol, au Beaugarte puis au bar Le Folichon.

Les soirées d’un portier sont très chargées, témoigne-t-il à la reprise lundi de son procès pour voies de fait graves.

Il faut accueillir les clients, les diriger vers le vestiaire — obligatoire — puis à leurs tables. Le portier a intérêt à être gentil et souriant, signale Robitaille-Drouin; son pourboire dépend de son air affable.

Durant la soirée, les motifs d’intervention sont multiples, décrit le volubile témoin. Il y a les clients éméchés qui refusent de payer le montant réclamé par la danseuse. Aussi, les militaires de retour de mission qui ont la bagarre facile, dit Robitaille-Drouin.

Les batailles entre danseuses ne sont pas rares, témoigne le portier. «Les fins de mois sont difficiles pour certaines.»

Sans compter les chicanes de couple. «Parfois, monsieur zyeute un peu trop une danseuse, parfois, madame va faire un aveu qu’elle aime les femmes.»

Client arrogant

La soirée du 12 février 2014 n’avait rien de particulier, dit Victor Robitaille-Drouin. Il était le seul portier dans l’établissement, comme chaque mercredi.

Il n’a jamais remarqué l’arrivée en début de soirée de l’avocat Frédéric Bélanger et de sa collègue.

Il n’a revu le couple que vers 23h30, lorsqu’une serveuse est venue l’informer que la dame ne tenait plus debout et avait besoin d’aide.

Selon le portier, Frédéric Bélanger s’est opposé à son intervention, lui ordonnant de «décrisser».

Victor Robitaille-Drouin dit voir la dame tomber à pleine face sur la table. Il veut à nouveau intervenir.

Selon lui, l’avocat, arrogant, le regarde de haut et lui dit à nouveau de s’en aller. Le portier décide d’expulser le couple dérangeant.

Bélanger et sa compagne se dirigent vers la sortie. La jeune femme titube, accroche des tables. Le portier doit retourner chercher une sacoche oubliée. Près du vestiaire, Victor Robitaille-Drouin la rattrape pour ne pas qu’elle tombe sur le guichet automatique.

À ce moment, Frédéric Bélanger lui aurait offert une «volée».

«Je décide de me protéger, car je suis certain qu’il va me frapper, dit le portier. J’ai décidé de le pousser, de l’éjecter pour ne pas que ça devienne un danger pour moi, la fille du vestiaire ou la demoiselle ivre.»

L’avocat tombe au sol. En se relevant, il sourit toujours, dit le témoin, et menace de tuer Victor Robitaille-Drouin.

C’en est trop pour le portier, qui saisit le client par le collet du veston et le traîne vers la sortie. Selon Robitaille-Drouin, l’avocat réplique en le prenant par le col de la chemise. «Il commence à m’étrangler un peu.»

Rendu à l’extérieur, un client donne deux coups sur la tête de Bélanger pour aider le portier. 

Frédéric Bélanger n’accepte pas son expulsion. Il entre à nouveau dans le cabaret et trouve Robitaille-Drouin près de son amie, inerte au sol. Le portier affirme qu’il vérifiait les signes vitaux de la dame.

«Il doit penser que c’est moi qui l’ai frappée», estime le portier. Le client lui serre à nouveau la gorge. Robitaille-Drouin le sort de l’établissement et lui donne ce qu’il a appelé «une claque sur le menton». «Je l’ai pogné sur la mâchoire, j’ai vu la tête cogner sur l’asphalte et je me suis dit que c’est sûr qu’il est blessé.»

Le portier fait appeler deux ambulances. Il reste au chevet de Frédéric Bélanger durant quelques minutes.

Le client expulsé a été transporté d’abord au CHUL puis à L’Enfant-Jésus. Victime d’un traumatisme crânien sévère, Bélanger a été plongé dans le coma durant un mois et a ensuite fait environ cinq mois de réadaptation.

Lorsque, quelques semaines plus tard, Victor Robitaille-Drouin apprend l’état comateux du client, «ça m’a pincé au cœur».

Le portier dit avoir pensé au client tous les jours et «avoir prié pour lui», ajoute-t-il, d’une voix enrouée par les sanglots. 

Le manteau dans les mains

Les caméras de surveillance du Folichon ont filmé en partie l’altercation entre le portier et le client. Les images sont saccadées et il est impossible de voir chaque geste et chaque coup en temps réel.

En contre-interrogatoire, le procureur de la Couronne Me Thomas Jacques insiste sur le moment où Frédéric Bélanger et son amie sont au vestiaire, prêts à quitter, avec Robitaille-Drouin à proximité. L’avocat tient le manteau de sa compagne avec ses deux mains.

L’individu n’a clairement pas l’air sur le point d’attaquer, pourquoi réagir par une poussée? demande Me Jacques. 

Vrai que l’avocat pèse 170 livres, soit une centaine de moins que le portier à cette époque. Mais, soumet le portier, a-t-il consommé quelque chose, comment va-t-il réagir? «Ma réaction, ça a été de pousser l’individu hors de mon périmètre pour ma sécurité», répète Victor Robitaille-Drouin.