La salle d'audience 4.01 du palais de justice de Québec peut accueillir plus de 200 personnes.

Procès Bissonnette: écouter l’horreur

BILLET / La salle d’audience 4.01 est la plus vaste du palais de justice de Québec. Plus de 200 personnes peuvent s’y asseoir. Mais cette semaine, elle semble trop petite pour abriter toute la douleur des victimes de la tuerie à la Grande Mosquée.

Chaque matin, une file se forme tôt pour attendre l’ouverture du point de fouille. Après avoir remis bijoux et ceinture — détecteur de métal oblige —, les survivants, les veuves et les proches entrent par petits groupes dans la salle et s’installent dans les premières rangées. 

Les procureurs de la Couronne Me Thomas Jacques et Me François Godin leur sourient chaleureusement dès qu’ils arrivent en salle d’audience, les bras plein de dossiers. 

Le père d’Alexandre Bissonnette est là chaque jour, assis à l’extrémité de la salle. Parfois, Raymond Bissonnette et son fils échangent un regard.

Les journalistes judiciaires, une vingtaine, s’assoient aux tables. Ils seront bientôt un peu gênés de troubler le silence tendu avec le cliquètement de leur clavier d’ordinateur.

Certains membres du public, qu’on ne voit pas d’ordinaire au palais, suivent assidûment cette cause douloureusement unique.

Les avocats d’Alexandre Bissonnette, Me Charles-Olivier Gosselin et Me Jean-Claude Gingras, noircissent des pages de notes et répondent aux questions — peu nombreuses — de leur client. Leur tour de présenter une preuve sur la peine viendra dans la semaine du 23 avril.

Le juge François Huot de la Cour supérieure aura éventuellement à décider de la peine d’Alexandre Bissonnette. Pour l’instant, il écoute attentivement, interrompt occasionnellement pour demander une précision.

Le juge salue systématiquement accusé et familles des victimes. Il prononce avec application — et un succès certain — les noms arabes des victimes de la tuerie.

Les rares moments de légèreté viennent du juge Huot, qui ne bride pas totalement son humour habituel et se permet d’agacer les avocats.

Après avoir terminé la fouille, les constables spéciaux entrent en salle d’audience pour surveiller le respect du décorum. Et soutenir les familles endeuillées, la boîte de papiers-mouchoirs à portée de main.

Malgré la dureté des images et des paroles, les veuves, les proches et les survivants ont le chagrin courageux et les larmes silencieuses. 

Un petit groupe d’entre eux a perdu contenance une seule fois lorsque, après une pénible journée de cour, ils se sont retrouvés coincés une demi-heure dans un des ascenseurs, chroniquement défectueux, du palais de justice.

Sous haute sécurité

Rarement les journalistes judiciaires n’ont vu leur travail encadré de manière aussi serrée. 

Alors qu’il n’avait pas encore tranché la question de la diffusion publique des enregistrements vidéo à la Grande Mosquée, le juge Huot a prononcé, vendredi dernier, à la demande des avocats, une ordonnance interdisant aux journalistes présents de prendre des notes, même s’ils étaient déjà sous le coup d’une ordonnance de non-publication.

Une demi-douzaine de constables spéciaux ont alors fait leur entrée en salle d’audience et se sont postés derrière chaque journaliste, pour s’assurer qu’il ne touchait pas au clavier ou au crayon.

Mercredi, lors de la diffusion autorisée des vidéos de surveillance devant les membres des familles, les constables spéciaux ont eu l’ordre de contrer tout enregistrement clandestin. Ils ont donc saisi les téléphones cellulaires de tous les membres du public — mais non ceux des journalistes — et les ont posés sur une table, près du juge Huot, après avoir identifié leurs propriétaires avec un post-it.

La semaine prochaine, des survivants du massacre et des proches des victimes témoigneront de leurs souffrances.