Primes pour les infirmières de l’Outaouais: une solution «incomplète»?

L’annonce du premier ministre François Legault concernant l’instauration d’un nouveau système de primes pour les infirmières de l’Outaouais n’est pas passée inaperçue aux yeux des députés libéraux André Fortin et Maryse Gaudreault.

De passage dans la région vendredi, M. Legault a déclaré qu’il songeait notamment à mettre en place un tel système de primes afin d’assurer une meilleure rétention du personnel en sol québécois.

Bien qu’il soit favorable à l’idée, le député libéral de Pontiac André Fortin souligne toutefois que « les primes Outaouais auraient dû faire partie des offres initiales du gouvernement ».

« Tout le monde est d’accord sur le fond de l’enjeu, les infirmières de l’Outaouais doivent recevoir une prime supplémentaire afin de permettre au réseau de la santé de l’Outaouais d’être compétitif avec celui de l’Ontario. À ce sujet, à l’Assemblée nationale, j’ai moi-même demandé à plusieurs reprises au gouvernement de procéder. Les impacts de la différence salariale sont sentis au quotidien dans le réseau, dit-il. [...] Hier, François Legault n’a fait que répéter l’engagement électoral qu’il avait lui-même pris en 2018, soit de donner une prime supplémentaire aux infirmières de l’Outaouais. Malheureusement, depuis l’élection et malgré nos demandes répétées, son gouvernement n’a pris aucune action en ce sens. Pourquoi le premier ministre demande aujourd’hui un état de situation chiffré à la PDG du CISSSO, alors que les négociations avec les infirmières sont amorcées depuis plusieurs mois ? »

Le député libéral de Pontiac André Fortin

De son côté, la députée libérale de Hull Maryse Gaudreault estime que l’idée des primes salariales pour les infirmières ne réglerait pas le problème de rétention de personnel dans la région.

« Plusieurs solutions ont été éprouvées pour améliorer notre réseau de la santé. Il est temps de les mettre en place et je ne suis toujours pas convaincue que seules les primes pourront y arriver », a-t-elle confié au Droit.

« Au moment où l’on se parle, la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec et ses membres souhaitent que les projets-ratio qui fixent le nombre maximum de patients qu’une infirmière peut prendre en charge soient mis en place partout au Québec », ajoutant que le projet qui a été mené à l’urgence de l’hôpital de Hull aurait été « des plus concluants ».

La députée libérale de Hull Maryse Gaudreault

Des organismes réagissent

Plusieurs organismes œuvrant dans le domaine de la santé en Outaouais ont par ailleurs accueilli favorablement l’annonce du premier ministre québécois.

« Dans l’après-coup de la COVID-19, nous nous réjouissons des déclarations de monsieur Legault quant aux primes aux infirmières, le respect du PREM [...], les maisons des aînés et le nouvel hôpital. C’est une évolution dans la bonne direction, bien alignée avec la motion adoptée par l’Assemblée nationale à l’automne dernier. Nous continuerons notre travail d’information de nos députés et de pression citoyenne afin de s’assurer que ces projets soient réalisés », a indiqué au Droit l’organisme SOS 07.

Le premier ministre François Legault et le ministre responsable de l'Outaouais Mathieu Lacombe étaient de passage dans la région vendredi.

« L’idée en soi n’est pas nécessairement mauvaise. En principe, les fonds supplémentaires sont toujours les bienvenus », a pour sa part déclaré Denis Marcheterre, président du conseil d’administration d’Action santé Outaouais.

Mais ce dernier croit tout de même que l’offre proposée par le gouvernement Legault est « incomplète ».

« Le réseau de santé en Outaouais a grandement besoin, et ce depuis longtemps, de plus d’infirmières. Or, une prime additionnelle ne va pas automatiquement attirer le personnel soignant manquant pour remplir les besoins grandissants de la région en matière de soins de santé et de services sociaux », déplore-t-il.

Selon M. Marcheterre, trois conditions devraient être remplies pour s’assurer d’attirer et de garder du personnel infirmier dans la région : des salaires compétitifs avec l’Ontario, des heures de travail décentes et que les infirmières soient consultées.

« Il faut d’abord avoir des salaires compétitifs, dit-il. En Outaouais, nous ne sommes pas compétitifs par rapport à l’Ontario. Il faut aussi offrir aux infirmiers et aux infirmières des heures de travail décentes, sans leur imposer un nombre déraisonnable d’heures supplémentaires. Et finalement, on doit s’assurer que les infirmiers et les infirmières se sentent au sein d’une équipe de soins, qu’ils soient consultés et que leurs opinions comptent plutôt que de les traiter comme de simples pions dans un engrenage. »