Le propriétaire et le PDG de Groupe Capitales Médias, Martin Cauchon et Claude Gagnon, accompagnaient la ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation, Dominique Anglade, lors de l’annonce tenue dans les locaux du Quotidien et du Progrès.

Prêt de 10 M$ au Groupe Capitales Médias

Investissement Québec prête 10 millions de dollars au Groupe Capitales Médias (GCM) pour l’aider à négocier son virage vers le numérique, a annoncé jeudi après-midi la ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation et ministre responsable de la Stratégie numérique, Dominique Anglade. Cet argent s’inscrit à l’intérieur d’un plan d’investissements de 26 M$ échelonné jusqu’en 2020 que lui a soumis GCM.

«Cela ne signifie pas que le papier va disparaître, a mis en garde le propriétaire du groupe Martin Cauchon, après la rencontre de presse qui s’est tenue dans l’imprimerie du Progrès du Saguenay. Notre plan d’affaires est de diffuser l’information sur plusieurs plateformes numériques, mais nous allons conserver nos éditions papier aussi longtemps que ce sera possible...mais personne ne sait jusqu’à quand.»

La ministre Anglade, qui a déjà eu vent des protestations de Pierre Karl Pladeau dont les journaux sont supportés par les profits de Vidéotron, a mentionné que le gouvernement québécois a analysé la demande d’aide du groupe comme il l’aurait fait pour toute entreprise génératrice d’emplois.

«Le Groupe Capitales Médias, ce sont 400 emplois dans les régions du Québec et sans notre aide, ils étaient menacés. Avant tout, nous prêtons à une entreprise», a précisé la ministre.

En deuxième analyse, admet Mme Anglade, Québec a pris en considération la mission particulière de GCM. «Nous nous sommes demandé si les citoyens du Saguenay-Lac-Saint-Jean étaient mieux servis d’avoir Le Quotidien que de ne pas l’avoir, et nous avons conclu que c’était préférable. Nous nous sommes posé la même question pour les gens de la Mauricie (Le Nouvelliste) et la réponse fut oui aussi, et ainsi de suite pour les six quotidiens du groupe.»

GCM inclut également Le Soleil de Québec, Le Droit d’Ottawa, La Tribune de Sherbrooke et La Voix de l’Est de Granby.

Pour le gouvernement du Québec, il ne fait aucun doute qu’une information régionale de qualité fournie par six quotidiens est essentielle à la démocratie. Et s’il a décidé d’apporter son aide, c’est qu’il y avait urgence, compte tenu de l’importance, pour les médias, de développer un modèle d’affaires qui leur permettra de durer en dépit de l’attrait qu’exercent les Google et Facebook de ce monde sur les annonceurs publicitaires.

Indépendance

Qui dit démocratie, dit aussi indépendance. Là dessus, tant la ministre Anglade que Martin Cauchon et Claude Gagnon, PDG de GCM, ont été clair: «L’aide aux médias, ça se fait dans d’autres pays. Et ici, personne ne remettrait en question l’indépendance de Radio-Canada. Les gouvernements changent, et avoir de l’aide ne veut pas dire qu’on s’attache. Pour nous, l’indépendance n’a jamais été soulevée lors de nos discussions; et s’il en avait été le moindrement question, on se serait retirés de la table, tout simplement», a dit M. Gagnon.

Martin Cauchon est bien conscient qu’il traîne sa réputation d’ancien ministre libéral fédéral. «Pour moi, c’est davantage un handicap, car dans ce cas-là, l’appareil gouvernemental se questionne et ça veut dire quoi? Que le dossier a été analysé avec extrêmement de rigueur.»

M. Cauchon a ajouté que de croire que ses salles de rédaction sont sous influence du propriétaire, comme l’ont murmuré certains quand il a pris possession du groupe il y aura bientôt trois ans, est «faire insulte au professionnalisme des journalistes de GCM qui, jour après jour, produisent une information de qualité dans les régions du Québec».

Porte ouverte

Aux journalistes qui lui ont demandé pourquoi elle n’annonçait pas une aide pour Le Devoir ou les publications de Québecor, Mme Anglade a tout simplement répondu: «Pourquoi pas? S’ils nous présentent des projets pour passer au numérique, nous allons les analyser selon leur mérite», a promis la ministre.

Réactions

Le président régional de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, Michel Gaudreau, a mentionné sur les ondes de Radio-Canada qu’il était heureux de l’aide apportée par Québec aux quotidiens régionaux, comme le demandait la FPJQ.

M. Gaudreau, journaliste à Radio-Canada, interpelle maintenant Ottawa, disant que c’est à son tour de supporter la presse régionale, comme le demande une coalition de propriétaires, journalistes, et citoyens de diverse provenance.

Le syndicat Unifor, qui représente les travailleurs de la Tribune de Sherbrooke, qui fait partie du groupe, ainsi que les employés de l’imprimerie du Progrès du Saguenay, ont salué l’annonce, tout comme le président du Syndicat des communications du Progrès du Saguenay affilié à la FNC-CSN, Louis Tremblay.

La ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation, Dominique Anglade, et le PDG de Groupe Capitales Médias, Claude Gagnon, lors de l’annonce tenue dans les locaux du Quotidien et du Progrès.