Un homme accusé de violence conjugale veut obtenir sa liberté en attendant la suite des procédures entamées contre lui.
Un homme accusé de violence conjugale veut obtenir sa liberté en attendant la suite des procédures entamées contre lui.

Pressions marocaines sur une victime gatinoise

Louis-Denis Ebacher
Louis-Denis Ebacher
Le Droit
Un mariage arrangé au Maroc est passé au peigne fin au palais de justice de Gatineau, alors qu’un mari accusé de violence conjugale veut obtenir sa liberté en attendant la suite des procédures entamées contre lui. L’affaire est délicate, puisque même le père de la présumée victime, qui serait une personne haut placée dans le système judiciaire marocain, ferait partie des membres des deux belles-familles qui tenteraient de décourager la femme de maintenir sa plainte.

L’accusé a tout nié en bloc, affirmant qu’il était plutôt la victime dans cette affaire. C’est elle, selon lui, qui l’a frappé.

Selon l’enquête du Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG), la femme aurait subi la pression de sa propre famille et aurait été intimidée par des proches, dans le cadre du processus judiciaire.

L’enquête sur cautionnement a eu lieu mardi malgré tout. Elle doit se poursuivre cette semaine, avec des témoins de la défense représentée par Me Jacques Belley.

Le sergent-détective Jean-Marc Gagnon, du SPVG, a résumé les faits, dont certains ne peuvent être dévoilés en raison d’une ordonnance de non-publication visant à protéger l’identité de la victime alléguée.

«Pour se faire pardonner»

La conjointe a récemment appelé la police après plus de trois ans de violence. Née d’une famille bien nantie, elle aurait été forcée de lui donner le contrôle de ses comptes de crédit pour lui permettre de jouer au casino, et de financer ses commerces déficitaires. «Il lui disait de donner l’argent sous la menace, la violence et parfois [à la pointe] d’un couteau», a dit le sergent-détective Gagnon à la juge Alexandra Marcil.


« Madame est inquiète. Elle a peur de se faire tuer. »
Jean-Marc Gagnon, sergent-détective au SPVG

Les menaces de morts et les coups ont été suivis d’agressions sexuelles, dont trois auraient eu lieu devant leurs propres enfants en bas âge.

«Il voulait l’agresser sexuellement ‘pour se faire pardonner’, a raconté le policier. Madame affirme que l’accusé continuait même si les enfants étaient là.»

Selon le sergent-détective, le père de la victime éprouve lui aussi un malaise à voir sa fille se plaindre pour violence conjugale et agression sexuelle. «Sa réputation serait entachée si elle faisait une plainte comme celle-ci au Maroc, a tenté d’expliquer le policier au tribunal. Une certaine honte. Il y a une pression provenant des deux familles pour que cette plainte soit retirée. Madame est inquiète. Elle a peur de se faire tuer.»

Une autre affaire, mêlée à celle-ci, est sous la loupe du SPVG. La même victime allègue que son conjoint a exploité les failles de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) en obtenant de l’argent du fédéral dans le cadre de la pandémie de COVID-19.

En plus d’utiliser le nom de sa conjointe pour obtenir du crédit, ce dernier aurait, toujours avec le nom de la plaignante, réussi à toucher une importante somme provenant de la PCU pour ensuite en dépenser une partie dans les jeux de hasard.

«C’est elle qui me disait d’aller gagner de l’argent au casino», a-t-il soutenu, mardi. Ce dernier affirme que lui et sa conjointe dépensaient plutôt leur argent dans des vêtements griffés.

«Je n’aurais jamais fait cela», a dit l’accusé à propos des allégations.

Ce dernier affirme que le mariage était consentant, et que cette dernière l’avait accepté fin d’être parrainée pour déménager, et enfin obtenir sa citoyenneté canadienne.

«L’argent et les portefeuilles, c’est elle qui contrôlait tout», a soutenu le prévenu.