La SAQ met en circulation quelque 200 millions de bouteilles de vin chaque année.
La SAQ met en circulation quelque 200 millions de bouteilles de vin chaque année.

Première mondiale : des bouteilles de vin dans la construction de ponts

Alain Goupil
Alain Goupil
La Tribune
Quelque 70 000 bouteilles de vin seront récupérées et serviront, une fois broyées, à la construction de deux ponts en béton qui relieront l’île de Montréal à l’Île-des-Sœurs. Une première mondiale dans laquelle l’Université de Sherbrooke apportera son expertise en matière de valorisation du verre.

Le projet annoncé mardi est issu d’un partenariat entre la Ville de Montréal, la Société des alcools du Québec et la Chaire SAQ de valorisation du verre dans les matériaux de l’Université de Sherbrooke.

Le projet consiste à intégrer de la poudre de verre dans le béton qui servira à la construction des deux ponts Darwin situés sur le boulevard de l’Île-des-Sœurs. En tout, 10% des agrégats contenus dans le béton seront constitués de bouteilles de vin récupérées par la SAQ et finement broyées.

Cette approche permettra de donner une seconde vie à quelque 70 000 bouteilles de vin, en plus d’engendrer une économie de 40 000 kg de ciment, indiquent les trois partenaires dans un communiqué émis mardi. 

Rappelons que la SAQ met en circulation quelque 200 millions de bouteilles de vin chaque année.

L’utilisation de la poudre de verre en remplacement du ciment dans le béton permet d’accroître la durabilité et la résistance du béton, en plus de réduire son empreinte environnementale. Une fois érigés, les ponts seront instrumentés et suivis de près par l’Université de Sherbrooke et la Ville de Montréal afin d’évaluer la performance du béton dans les années à venir.

Bien qu’il s’agisse d’une première mondiale en ce qui concerne la construction de ponts, l’intégration de la poudre de verre dans les infrastructures n’en est pas à ses débuts. Depuis 2011, Montréal a recours à cette matière dans la fabrication de certains trottoirs, avec des résultats probants, indique Sylvain Ouellet, responsable des infrastructures à la Ville de Montréal.

La SAQ indique que cette avancée technologique lui permettra d’offrir de nouveaux débouchés au verre récupéré. « Dans quelques mois, alors que la consigne sera implantée au Québec, nous pourrons compter sur une grande quantité de verre récupéré de qualité. Il est impératif de trouver des débouchés à cette matière que nous voulons détourner des lieux d’enfouissement. L’utilisation de la poudre de verre s’inscrit parfaitement dans cette volonté de valorisation que nous avons », a déclaré Marie-Hélène Lagacé, vice-présidente, Affaires publiques, Communications et Responsabilité sociétale à la SAQ.

Du côté de l’UdeS, on indique que le remplacement du ciment par de la poudre de verre est un procédé reconnu par la norme américaine ASTM C1866. Celle-ci vient officialiser et encadrer l’utilisation du verre récupéré dans le béton. « Le fait d’être appuyée par une norme démocratise l’utilisation de la poudre de verre par les entreprises, explique le professeur Arezki Tagnit-Hamou, titulaire de la Chaire SAQ de valorisation du verre dans les matériaux. Au Canada, la poudre de verre a aussi été normalisée depuis décembre 2018 dans la norme CSA A3000. La Chaire a joué un rôle important dans l’élaboration de ces deux normes », a-t-il ajouté.