Le président et chef de la direction de l’aéroport international Jean-Lesage, Gaëtan Gagné

Prédédouanement: Ottawa refuse la facture

Aussitôt demandé, aussitôt repoussé. L’aéroport de Québec a proposé jeudi d’absorber les frais d’opération du futur centre de prédédouanement américain... à condition que les gouvernements déboursent 75 millions $ pour la construction de l’édifice et l’équipement de sécurité. Ottawa a servi un double non alors que le premier ministre du Québec a émis de sérieuses réserves.

Si les gouvernements paient «les infrastructures de 75 millions $, je pense que pour les cinq années d’après, on pourrait supporter les opérations», a lancé le président et chef de la direction de l’aéroport international Jean-Lesage, après avoir présidé l’assemblée générale annuelle.

Gaëtan Gagné révélait du coup que la facture combinée du bâtiment sécurisé et de la technologie requise pour les douanes américaines — que l’aéroport a toujours promis d’assumer —  a été rehaussée de 60 à 75 millions $ en raison de l’inflation et d’une provision pour contingences. 

Les frais d’opération sont composés essentiellement des salaires des douaniers américains qui seront postés à Québec. Leur nombre avait d’abord été estimé à 25. Il a été revu à la baisse autour de 16. M. Gagné pense qu’il pourrait en coûter autour de 5 à 6 millions $ par année. La précédente estimation variait entre 3 et 4 millions $. 

Assumés par le gouvernement américain dans les centres de prédédouanement bâtis précédemment au Canada, les frais d’opération sont désormais à la charge des aéroports hôtes. Québec et Billy-Bishop à Toronto sont les premiers jongler avec ces nouvelles règles, dont ils avaient été mis au courant avant la signature de l’entente avec le gouvernement des États-Unis. 

Invoquant l’équité avec le reste du Canada et l’appui à 95 % des citoyens de Québec révélé dans un sondage commandé par son organisation, Gaëtan Gagné cherche toutefois à refiler la facture aux gouvernements. Il met de la pression depuis des mois sur le fédéral et interpelle maintenant le premier ministre québécois Philippe Couillard, qui a appuyé ses revendications. La réponse du ministre fédéral des Transports n’a pas tardé. «C’est à l’aéroport de faire les démarches nécessaires auprès de l’USCBP (United States Customs and Border Protection) et de défrayer les coûts, autant pour les douaniers américains que pour les installations, etc.  Cette consigne est claire depuis le début auprès de l’aéroport Jean-Lesage à Québec et celui de Billy-Bishop à Toronto», a commenté par écrit Delphine Denis, la porte-parole de Marc Garneau. 

«Depuis le début des discussions dans ce dossier, le gouvernement a toujours été transparent à l’effet que ni les Américains, ni le gouvernement canadien ne couvriraient les frais liés au fonctionnement de nouveaux centres de prédouanement. Cette condition était claire et publique», a renchéri le bureau du ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale. L’attaché de presse Scott Bardsley a souligné tout de même que le gouvernement canadien est «enthousiaste» face au projet et confiant qu’il se réalisera. 

En visite dans une usine de L’Ange-Gardien, le premier ministre du Québec a aussi réagi défensivement. «Au moment où la demande de prédédouanement a été faite, il était entendu que les infrastructures étaient payées par l’aéroport. Je comprends que ça a l’air difficile pour l’aéroport. On va bien vouloir regarder ça. Ceci dit, je n’ai aucun projet devant moi. On ne sort pas de notre chapeau des dizaines de millions de dollars dans un budget du jour au lendemain parce que quelqu’un en a parlé. Je respecte beaucoup l’aéroport de [Québec] mais ça prend un véritable projet, une véritable analyse et l’exploration de toutes les sources de financement, y compris l’aéroport lui-même», a expliqué Philippe Couillard. 

Selon lui, c’est un «principe fondamental» que «les frais sont pris en charge, immobilisations et opérations, par l’aéroport». 

La publication jeudi des états financiers d’Aéroport de Québec inc., la société privée qui gère les installations aéroportuaires, révèle un bénéfice avant intérêts, impôts et amortissement de 25,2 millions $ et un profit de 8,6 millions $ à réinvestir. Près de 60 millions $ de liquidités sont en réserve, mais le président du conseil d’administration, André Fortin, considère que ce coussin est un signe de bonne gestion et une façon de rassurer les investisseurs quand vient le temps d’emprunter. 

Il est déjà acquis que les passagers utilisateurs du centre de prédédouanement contribueront à son financement par des frais imposés sur les billets à destination des États-Unis. M. Fortin n’est pas en mesure de prédire le montant de ces frais ni s’ils s’ajouteront aux frais d’amélioration aéroportuaires de 35 $ déjà imposés pour tous les départs de Québec. 

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Taxes municipales: tous les yeux tournés vers le gouvernement Couillard

Gaëtan Gagné ne s’est pas montré inquiété par les déclarations du maire de Québec, qui refuse catégoriquement d’abaisser la facture de taxes municipales de l’aéroport de Québec. Comme Régis Labeaume, le président de l’aéroport s’en remet au gouvernement du Québec, lequel s’est engagé à revoir la formule de calcul dans la loi sur le statut de capitale nationale adoptée en 2016. 

«Le gouvernement du Québec, M. [Philippe] Couillard va régler le dossier, c’est lui qui a ça en mains», a déclaré M. Gagné, confiant que le dossier se règle «au cours des prochaines semaines, des prochains mois». «On s’est engagé à l’uniformiser, à la rendre compétitive et non pas à l’abolir. Je pense qu’il faut quand même rappeler ça», a précisé le premier ministre Couillard interpellé sur la question. Il a renvoyé la balle au ministre Sébastien Proulx, responsable de la région, et au Bureau de la Capitale-Nationale. Son collègue aux Affaires municipales, Martin Coiteux, serait aussi impliqué dans les discussions. 

Jeudi, il n’a pas été possible d’obtenir d’échéancier de règlement. L’an dernier, l’aéroport a payé 3,8 millions $ en guise de taxes foncières.