La Fed a laissé les taux d'intérêt inchangés mercredi.

Pour la Fed, le temps de la «patience» est venu

WASHINGTON — La Banque centrale américaine (Fed) a laissé les taux d'intérêt inchangés mercredi et promis explicitement qu'elle serait «patiente» pour de futures hausses de taux en raison du ralentissement de l'économie mondiale et en l'absence d'une accélération de l'inflation.

Dans son communiqué, le Comité monétaire qui décrit l'activité économique américaine comme «solide» et non plus «forte», affirme qu'«au vu des développements économiques et financiers et des faibles tensions inflationnistes», il sera désormais «patient dans la détermination de ses futurs ajustements monétaires».

Jerome Powell, le président de la Fed, a insisté sur les trajectoires actuellement opposées entre l'économie américaine encore solide et l'économie mondiale qui ralentit, évoquant des «courants extérieurs».

Les taux au jour le jour se situent actuellement entre 2,25 % et 2,50 % et sont proches du taux neutre, a affirmé M. Powell.

Le ralentissement de la croissance mondiale et le durcissement des conditions financières sur les marchés ont donc poussé le Comité monétaire (FOMC) à inscrire explicitement la promesse d'être patient, ce qui implique une pause dans les hausses de taux qui devrait rassurer les investisseurs.

Pour autant, en conférence de presse, le patron de la Fed n'a pas voulu quantifier ce «temps de la patience». «La longueur de la période où nous serons patients dépend entièrement des données économiques», a-t-il affirmé.

Risque d'un second «shutdown»

Le communiqué ne fait pas mention des tensions commerciales alors que des négociations à haut risque se tiennent mercredi et jeudi avec une délégation chinoise pour tenter de débloquer une impasse qui a mené à une surenchère de tarifs douaniers et qui commence à inquiéter les milieux industriels.

Mais le numéro 1 de la Fed a reconnu que si elles persistaient au-delà des négociations, les tensions commerciales aboutiraient à une perte de confiance. Or «l'incertitude est l'ennemie des affaires», a-t-il relevé, laissant entendre que cela serait mauvais pour l'économie.

La Maison-Blanche a déjà infligé des taxes douanières supplémentaires sur 250 milliards de dollars d'importations chinoises et menace de porter de 10 à 25 % le niveau de taxes sur 200 milliards de dollars de biens importés si les négociations en cours n'aboutissent pas d'ici début mars.

La Fed n'a pas formellement évoqué le shutdown du gouvernement alors que le pays se remet lentement cette semaine de 35 jours de paralysie partielle des administrations fédérales, qui ont miné le moral des consommateurs et obscurci la visibilité économique.

M. Powell n'a en revanche pas caché qu'une seconde fermeture de l'administration, comme le président Donald Trump en fait la menace après le 15 février, pourrait miner la confiance et avoir un effet négatif plus durable sur l'activité économique.

«Brexit dur»

Au rang des inquiétudes sur le front international, M. Powell a mentionné le risque d'un «Brexit dur», qui «perturberait très certainement l'économie du continent et certainement celle du Royaume-Uni. Et nous en sentirions les effets», a-t-il déclaré.

Autre point sensible, la Banque centrale se dit «prête à ajuster» le rythme de normalisation de son bilan. Ces actifs (plus de 4000 milliards de dollars en bons du Trésor et obligations hypothécaires) sont jusqu'ici réduits — en cessant les réinvestissements dans les titres arrivant à maturité—, au rythme de 50 milliards de dollars par mois.

Aucune décision n'a été prise sur l'évolution du rythme de dégonflement du bilan, mais cela sera discuté au cours des prochaines réunions du Comité, a indiqué M. Powell, alors que la démarche qui semble avoir un impact à la hausse sur les taux a rendu les marchés nerveux.

L'année dernière, la Banque centrale avait relevé les taux quatre fois d'un quart de point de pourcentage.

«Colombe»

Jerome Powell et son Comité ont donc adopté une posture de «colombe», c'est-à-dire plus accommodante alors que l'inflation ne donne guère de signe d'accélération, malgré le dynamisme de l'emploi aux États-Unis.

La volatilité des marchés financiers depuis octobre, les incertitudes liées au bras de fer commercial avec la Chine et la perspective d'un ralentissement de la croissance mondiale ont rendu la Fed prudente.

La Fed continue de mentionner le renforcement du marché du travail alors que les embauches dans le secteur privé ont affiché de nouveau une belle performance en janvier avec 213 000 créations d'emplois, davantage que ce que prévoyaient les analystes. Le gouvernement publie vendredi les chiffres officiels de l'emploi et le taux de chômage devrait rester stable à son bas niveau de 3,9 %.

Pour l'instant, la Fed projette une croissance du PIB américain de 2,3 % en 2019 au lieu de 3 % en 2018. Le FMI est un peu plus optimiste à 2,5 %.

Les membres du Comité monétaire envisageaient mi-décembre encore deux modestes hausses de taux au cours de l'année 2019, mais ces prévisions ne seront pas révisées avant le mois de mars.