Les promoteurs du projet porcin à Canton de Valcourt Patrick Burns et Stewart Friesen
Les promoteurs du projet porcin à Canton de Valcourt Patrick Burns et Stewart Friesen

Porcherie à Canton de Valcourt : le promoteur en mode écoute

Jacynthe Nadeau
Jacynthe Nadeau
La Tribune
Le promoteur Stewart Friesen a trouvé «très intéressantes» les interventions faites par une dizaine de citoyens, mercredi après-midi, à la première de deux rencontres publiques de consultation sur son projet de porcherie de 3996 porcs d’engraissement sur la route 222 dans le Canton de Valcourt, aux limites de la municipalité de Maricourt.

«Je suis à l’écoute de tout le monde, je veux savoir ce que les gens pensent de ce projet-là, je veux comprendre mes voisins», a-t-il confié à La Tribune à l’issue de l’exercice. 

Est-ce que ça change quelque chose au projet qui est sur la table? «Je ne peux pas répondre pour le moment parce qu’on n’a pas complété le processus. Pour moi, c’est encore une demande. On verra par après. Mais j’ai l’impression qu’il y a plus de gens qui souhaitent que le projet marche que de gens qui disent non. C’est juste qu’il y a plus d’attention pour les opposants que pour les ‘’pour’’», dit Stewart Friesen.

Cette rencontre publique de consultation, rappelons-le, avait été réclamée par un groupe de citoyens du secteur offusqués d’apprendre que la MRC du Val-Saint-François, COVID oblige, menait par écrit une consultation populaire préalable à l’octroi du permis de construction par la Municipalité du Canton de Valcourt.

Puisque le projet a franchi l’étape du certificat d’autorisation du ministère de l’Environnement, cette étape légale n’a toutefois pas pour objectif de débattre de la pertinence du projet, a-t-on répété, mais bien de déterminer si des mesures d’atténuation doivent être exigées du promoteur pour faciliter l’intégration du projet dans le milieu.

D’entrée de jeu M. Friesen, accompagné de son gendre Patrick Burns, s’est présenté à la trentaine de personnes réunies, à deux mètres de distance, au centre communautaire de Valcourt. Une deuxième séance avait lieu en soirée et a attiré une autre trentaine de citoyens. 

Comme il l’avait fait dans La Tribune du 22 août dernier, l’agriculteur a expliqué vouloir construire cette porcherie, que plusieurs qualifient de mégaporcherie, pour assurer un avenir sur la ferme à sa fille et à son gendre.

Pendant une bonne heure, l’agronome et l’ingénieur qui ont monté le projet, l’inspecteur de la Municipalité du Canton de Valcourt, ainsi que des représentants des ministères de l’Environnement, de l’Agriculture et de la Santé publique ont détaillé les normes et les mesures de contrôle qui encadreront l’exploitation porcine.

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Il a été entre autres question de gestion et d’épandage du lisier, de bilan de phosphore, de périmètre d’urbanisation, d’eau potable et de mesures de mitigation déjà prévues par le promoteur.

Le ministère de l’Environnement a été plusieurs fois interpellé par les opposants qui craignent que l’encadrement et le contrôle soient insuffisants.

«Est-ce que c’est normal, a soulevé la citoyenne Louise La Branche, que le bilan de phosphore qui est demandé chaque année soit réalisé par l’agronome qui travaille pour le producteur?»

«L’agronome est un professionnel et c’est le rôle du Ministère de vérifier le travail de l’agronome», a tenté de la rassurer Mohamed Derouich.

Qui surveillera que les ententes d’épandages de lisier seront respectées, a demandé le militant Pierre Avignon, en pointant le fait que la problématique des algues bleues dans les lacs et cours d’eau du Québec est liée à l’excédent de phosphore et que le ministère de l’Environnement manque d’inspecteurs pour sévir.

«Même si on n’est pas beaucoup au Ministère, on fait nos inspections», a répondu Sylvain Perreault en parlant de 450 interventions par année pour le secteur agricole en Estrie et dans trois sous-régions de la Montérégie. «Tout se passe en arrière du tracteur», répétera-t-il à quelques occasions en soulignant que les amendes pouvaient atteindre 10 000 $ pour les producteurs fautifs.

Répartis en deux séances pour permettre la distanciation physique, une soixantaine de citoyens ont pris part, mercredi, à la rencontre publique de consultation sur le projet de porcherie à Canton de Valcourt.

Des contre et des pour

Plusieurs opposants ont aussi questionné la place du simple citoyen dans le processus d’implantation du projet et la pertinence d’un élevage de 4000 porcs à l’heure de l’autonomie alimentaire.

«Je suis pour une agriculture à échelle humaine et je tente par plusieurs moyens de diminuer mon empreinte carbone, alors un projet de 4000 porcs, c’est à l’antipode de mes valeurs. Ce projet génère du stress chez vos voisins (…). De quelle façon allez-vous compenser votre empreinte carbone?» a demandé le citoyen et conseiller municipal à Maricourt Alexandre Tessier, dans une intervention applaudie.

«Je suis producteur laitier depuis 1979 à Valcourt. Dans ce temps-là il y avait un producteur dans chaque bâtisse mais aujourd’hui, je suis rendu le seul dans la ville. Si ça continue, tantôt on ne sera plus qu’une gang de personnes âgées qui va travailler pour payer ses taxes. Si on veut que les jeunes viennent vivre dans nos campagnes, il va falloir se montrer plus accueillants», a pour sa part lancé Paul Beauregard, lui aussi sous les applaudissements.

Producteur laitier à Racine, le vice-président de l’UPA-Estrie Michel Brien a parlé de la difficile réalité des petites fermes et de l’importante réglementation qui encadre cette industrie. «C’est vrai que l’achat local, ça commence, et qu’il faut continuer à aller dans ce sens-là, mais il faut aussi travailler pour que les producteurs puissent vivre de leur production. C’est rendu qu’en agriculture, il n’y a pas de place à l’erreur. Les marges de profit sont tellement minces que si tu te ramasses avec deux ou trois amendes, tu viens de faire faillite.»

Interpeller le gouvernement

Le préfet de la MRC du Val-Saint-François et président de la commission mise sur pied pour mener la consultation publique, Luc Cayer, a pris beaucoup de notes mercredi. 

«Les opposants ne veulent pas d’une mégaporcherie c’est clair, a-t-il commenté. Mais ce qu’il faut retenir d’un événement comme celui-là, c’est qu’il faut s’adresser aux bonnes personnes. Si vous ne voulez plus qu’il y ait de mégaporcherie, qu’on change les règlements provinciaux et qu’on renforce les analyses, la MRC n’est pas le bon interlocuteur. Il faut parler au gouvernement. Il faut agir au niveau des députés. Eux autres ont le pouvoir de changer les règlements. Ici, le certificat d’autorisation a été donné par le gouvernement et le seul pouvoir que la MRC a, ce sont les mesures d’atténuation.»

La commission déposera le compte-rendu de sa consultation (écrite et publique) à la réunion du conseil des maires la semaine prochaine puis il sera remis à la Municipalité du Canton de Valcourt, qui devrait «en principe» émettre le permis de construction, annonce M. Cayer.

Le préfet se montre néanmoins ouvert à porter certaines des préoccupations entendues mercredi auprès du gouvernement provincial, entre autres sur la nécessité d’une mise à jour plus fréquente du Règlement sur les exploitations agricoles. 

«Je suis aussi très sensible à l’économie circulaire, énonce M. Cayer. Est-ce qu’on peut améliorer le lisier, le transformer, l’utiliser autrement? Il devrait y avoir de la recherche et de l’implication au niveau des gouvernements pour leur trouver une autre utilité? Il faut essayer des choses.»