Mardi, le ministre de l’Éducation a demandé à toutes les écoles du Québec de faire tester l’eau des fontaines où s’abreuvent les élèves et de condamner sans délai celles qui propagent du plomb.

Plomb dans l’eau: Québec exige un test dans toutes les garderies

Comme pour les écoles, le gouvernement de la Coalition avenir Québec demandera à toutes les garderies du Québec de tester l’eau bue par les enfants notamment pour y déceler du plomb, un contaminant pouvant freiner le développement intellectuel.

Québec avait écrit aux gestionnaires des garderies durant l’été pour les «sensibiliser» à ce dossier de santé publique, écrit au Soleil Antoine de la Durantaye, attaché de presse du ministre de la Famille Mathieu Lacombe.

«Une deuxième communication est présentement en préparation et sera envoyée dans les prochains jours à tous les services de garde éducatifs. Dans cette lettre, le ministère leur exigera d’effectuer un test d’eau afin de s’assurer de la conformité.» 

Le gouvernement juge cependant que le risque est «limité», les centres de la petite enfance étant «pour la plupart de création récente», ajoute M. de la Durantaye. «La problématique affecte principalement les bâtiments qui ont été construits avant les années 1980 puisque l’utilisation des entrées de service en plomb a été interdite par le Code de la plomberie en 1980 et l’utilisation de soudure contenant plus de 0,2 % de plomb a été interdite de ce même Code en 1989», ajoute-t-il. «Les bâtiments récents sont donc très peu susceptibles d’en être affectés.» 

Selon M. de la Durantaye, cela vaut autant pour les centres de la petite enfance (CPE) que pour les garderies «subventionnées» ou «non subventionnées» et les services de garde en milieu familial.

Malgré cela, si du plomb est débusqué, les travaux de tuyauterie seront admissibles à un programme de subvention gouvernemental.

Directive aux écoles

Mardi, le ministre de l’Éducation a demandé à toutes les écoles du Québec de faire tester l’eau des fontaines où s’abreuvent les élèves et de condamner sans délai celles qui propagent du plomb. Une «directive» devait être transmise le jour même, autant aux établissements privés que publics, a annoncé Jean-François Roberge en mêlée de presse.

Cela faisait suite à la publication d’une enquête du Soleil, suivie le lendemain d’un article sur le même sujet dans La Presse. Lundi donc, nous révélions notamment que la Ville de Québec a découvert des «concentrations significatives en plomb» dans l’eau de certaines écoles de la capitale, «parfois supérieures à la valeur ciblée par la norme» 

Dans les pires dossiers, la contamination était de 4 à 72 fois au-dessus de la nouvelle limite fixée à 5 microgrammes par litre (µg/l) : 43,4 µg/l à l’école Saint-Malo (quartier Saint-Sauveur); 21 µg/l à l’école Sans-Frontière (Vanier); 19,8 µg/l à l’école Saint-Fidèle (Limoilou); même 360 µg/l à l’école internationale Saint-Sacrement. Une expertise commandée à un laboratoire privé avait, par la suite, offert des résultats moins spectaculaires.

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Il ne faut pas paniquer, nous disait Patrick Levallois, médecin spécialiste en santé publique et médecine préventive, responsable du Groupe scientifique sur l’eau de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Mais il faut être en mesure de détecter les «pics» de plomb et éliminer les sources du poison.

Les petits les plus vulnérables

D’autant plus qu’il n’y a pas de seuil de plomb acceptable pour l’humain. Et que les enfants, depuis le fœtus jusque vers 8 ans, sont les plus vulnérables au plomb, ce métal réputé pouvoir diminuer le quotient intellectuel de quelques points. En plus, le plomb accumulé dans le corps n’est jamais expulsé; il y reste la vie durant.

«Il n’y a pas de niveau reconnu sans effet. […] Le plomb est reconnu comme un neurotoxique et, particulièrement, est capable d’affecter le développement de l’enfant, tout ce qui est capacité d’apprentissage, etc.» 

Aussi, puisque le taux de plomb dans l’eau peut varier d’une saison à l’autre, d’une année à l’autre, d’un robinet à l’autre, il faut tester régulièrement l’eau dans les établissements scolaires et garderies, recommandent Santé Canada.

Justement, dans un rapport qu’il a dirigé et déposé le printemps dernier au gouvernement, M. Levallois soulignait avec insistance que l’eau des écoles et garderies du Québec est peu analysée. Les données fiables sont rares.