Thomas Harding

Plaidoiries: «Un simple test, une simple question auraient pu éviter ce drame»

« La dure réalité de la tragédie de Lac-Mégantic est qu’un simple test, une simple question auraient pu éviter tout ce drame »

La sécurisation du convoi ferroviaire de pétrole brut à Nantes le 5 juillet 2013 avec le nombre de freins nécessaires et la vérification de cette sécurisation était au cœur de la plaidoirie de la poursuite, mercredi, au procès du conducteur du train Thomas Harding, du directeur de l’exploitation ferroviaire Jean Demaître et du contrôleur de la circulation ferroviaire (CCF) Richard Labrie au palais de justice de Sherbrooke.
Le procureur aux poursuites criminelles Me Sacha Blais a entamé l’étape des plaidoiries au procès des trois anciens employés de la Montréal, Maine & Atlantic (MMA) accusés de négligence criminelle causant la mort de 47 personnes à Lac-Mégantic le 6 juillet 2013.
« La conduite de Thomas Harding n’est pas la seule cause, mais c’est lui qui devait sécuriser le train (...) Il a contribué de manière significative au décès 47 personnes », a souligné Me Blais.
Ce dernier a plaidé que l’omission de Thomas Harding d’appliquer le nombre de freins à main minimum avait mené à la dérive du train puis au déraillement du convoi de 10 287 tonnes.
« Un test d’efficacité doit être fait pour s’assurer que le nombre de freins à main suffisant a été appliqué (...) C’est écrit noir sur blanc que l’on ne peut se fier au système de frein à air pour sécuriser un train », a plaidé Me Blais.
Nombre minimal de freins à main
La poursuite signale que Thomas Harding n’a appliqué que sept freins à main.
« Rappelez-vous de la réaction de Michaël Horan à Richard Labrie : Tabarnak c’est pas assez ça (...) C’était clairement insuffisant », a plaidé le procureur aux poursuites criminelles.

Le procureur aux poursuites criminelles Me Sacha Blais

Me Blais a rappelé que selon le témoignage de l’expert en sécurité ferroviaire Stephen Callaghan : le nombre minimum de freins à main était 14.
Il souligne aussi que Thomas Harding n’a pas fait de test d’efficacité de la sécurisation du train à Nantes.
La poursuite a plaidé que le CCF Richard Labrie avait la responsabilité de prendre les décisions pour éviter que des blessures soient causées à autrui.
«Un feu dans une locomotive d’un train de pétrole brut laissé seul en haut d’une pente à Nantes n’était pas habituel. La situation était assez grave pour demander au conducteur du train le plus proche Thomas Harding de retourner sur place pour vérifier que la situation était sous contrôle (...) Jamais il ne va demander à Thomas Harding si le train est bien sécurisé. Il est pourtant mécanicien de locomotive », indique Me Blais qui rappelle que jamais lors des conversations avec Thomas Harding il n’est jamais question de sécurisation du train.
Me Blais soumet au jury qu’autant Jean Demaître que Richard Labrie y voient une situation d’urgence lors de leur conversation du 5 juillet 2013 qui demande de réagir vite.
« Ne pensez-vous pas qu’un dirigeant doit diriger et non pas seulement recevoir de l’information? En tant que superviseur, Jean Demaître aurait dû prendre les mesures pour s’assurer d’éviter les blessures à autrui. C’est lui qui était le mieux placé pour intervenir et agir. Il avait l’autorité (...) Le superviseur raisonnable et prudent, informé que la seule source d’air était éteinte, devait s’assurer que le train était bien sécurisé pour qu’il ne parte pas à la dérive », plaide Me Sacha Blais.
La poursuite conclut que le dirigeant prudent aurait prévu le danger et serait intervenu. Il signale que Jean Demaitre et Richard Labrie avaient la responsabilité de demander à Thomas Harding si le train avait bien été sécurisé.
«Une vraie intervention de la part de Jean Demaître aurait permis de soulever la question de sécurisation du train et éviter la mort de 47 personnes », plaide Me Sacha Blais.
Noms des 47 victimes
Un à un, le nom des 47 victimes de la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic a été nommé par Me Sacha Blais devant le jury responsable de déterminer du sort de Thomas Harding, Richard Labrie et Jean Demaître.
Me Blais fait le lien entre la conduite de Thomas Harding et le décès des 47 personnes à Lac-Mégantic à partir des admissions faites concernant l’explosion du train et le déversement de pétrole brut qui a causé leur décès.
« Si le train avait été sécurisé adéquatement, le train ne serait pas parti à la dérive (...) Pas de dérive, pas de déraillement », plaide Me Sacha Blais.
Jeudi, ce sera au tour de chacun des accusés de présenter leur plaidoirie au jury.
Une fois instruit en droit par le juge Gaétan Dumas de la Cour supérieure, les jurés devront en venir à un verdict unanime hors de tout doute raisonnable relativement à l’accusation portée pour chacun des accusés.

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