Alors que les CHSLD sont en pénurie de médecins, ceux qui choisissent d’y œuvrer peuvent être punis financièrement, explique Suzanne Lebel, l’une des cinq médecins à l’origine de la pétition.

Patients en CHSLD: pétition pour que la prise en charge soit comptabilisée

Une pétition ratifiée par plus de 1600 personnes, principalement des médecins, a été envoyée au ministre Gaétan Barrette, jeudi soir, afin que la prise en charge de patients en CHSLD soit comptabilisée par le ministère de la Santé.

Alors que les CHSLD sont en pénurie de médecins, ceux qui choisissent d’y œuvrer peuvent être punis financièrement, explique Suzanne Lebel, l’une des cinq médecins à l’origine de la pétition. 

C’est qu’un jeune médecin de famille doit prendre en charge chaque année un certain nombre de patients au bureau, généralement 500, sans quoi il s’expose à une pénalité financière. Des catégories de patients demandant plus de temps valent pour un plus haut ratio. Une femme enceinte équivaut à trois patients réguliers et une personne âgée en perte d’autonomie nécessitant des soins à domicile en vaut 12.

Il n’existe aucune pondération pour les patients en CHSLD. Ces derniers ne comptent pour rien dans l’objectif à atteindre des médecins. «C’est quand même tout un symbole que ces personnes qui ont payé des taxes et des impôts toute leur vie et qui sont parmi les plus vulnérables de notre société ne soient pas comptabilisées. Un jour, ce sera vous et moi. Peut-être que le ministre Barrette est millionnaire et il ne passera pas par un CHSLD, mais ce n’est pas vrai pour la plupart des gens», se désole Dr Lebel. 

Elle affirme que les médecins de famille ont tenté à plusieurs reprises d’engager un dialogue avec le ministre sur la question, ces dernières années, mais sans succès. «On nous dit que ce n’est pas comptabilisé en raison de la loi, mais une loi peut être changée», pointe celle qui dit avoir invité à plusieurs reprises Gaétan Barrette à venir visiter des médecins pratiquant en CHSLD. «Il n’a jamais voulu venir. Pourtant il l’a fait dans le passé en suivant un médecin qui faisait des soins à domicile et cela lui a fait comprendre beaucoup de choses.»

«Point critique»

Par ailleurs, le ministère mise sur l’augmentation des infirmières praticiennes spécialisées pour combler le manque de soins en CHSLD, mais ces «super infirmières» ne seront en nombre suffisant que dans «cinq à dix ans», souligne Suzanne Lebel, qui assure que quelque chose doit être fait rapidement. Le nombre de médecins oeuvrant en CHSLD est «à un point critique». 

La pétition de 1655 noms somme donc le ministère de la Santé et des Services sociaux de reconnaître les soins de longue durée pour les patients vivant en hébergement en faisant en sorte qu’ils soient comptabilisés. «Il avait déjà été question au ministère d’une pondération d’un patient en CHSLD pour neuf patients en cabinet. Là, on propose au moins un pour six.»

Cette pondération, estime-t-on, compenserait pour la lourdeur de la tâche et la nécessité d’assurer un service de garde 24h sur 24.

Si la valeur de ces soins est reconnue, il y aura de jeunes médecins intéressés à travailler en CHSLD, assure Suzanne Lebel.