Avec des baisses consécutives depuis quatre ans des quotas de crevettes, la rentabilité des entreprises de pêche et de transformation devient de plus en plus critique.

Ouverture de la pêche à la crevette: l'industrie inquiète

MATANE – Les crevettiers prennent le large au petit matin lundi, alors que s'ouvre la pêche du petit crustacé rose dans l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent. En ce «jour du poisson d'avril», les acteurs de l'industrie n'entendent pas à rire. Ils sont même découragés de devoir composer, encore cette année, avec une baisse de leur quota qui va jusqu'à 38 % selon les zones de pêche.

Les prélèvements pour la saison sont en diminution de 38 % dans la zone Sept-Îles. Pour Anticosti et Esquiman, la baisse est de 15 % pour chacune des zones. Les stocks de crevettes ne se sont pas améliorés au cours de la dernière année dans ces trois zones et tout porte à croire que cette tendance se poursuivra. Cela fait dire à Hugo Bourdages, biologiste en sciences halieutiques à l'Institut Maurice-Lamontagne de Mont-Joli, que «les perspectives sont peu encourageantes».

Une seule zone échappe à la tendance : Estuaire, dont la hausse est de 153 %. «Le quota dans la zone Estuaire avait été diminué de 74 % en 2018, rappelle le scientifique de Pêches et Océans Canada. Ce qu'il restait comme quota était petit. Donc, la pêche s'est déroulée rapidement [...]. Les pêcheurs commerciaux [...] ont quand même réussi à avoir des meilleurs rendements que ce qu'ils avaient eu en 2017. Est-ce que la situation du stock s'est améliorée ou est-ce parce que les pêcheurs ont réussi, avec la quantité de crevettes qu'ils avaient, à être plus performants?»

Consternation

Tant du côté des pêcheurs que du côté des transformateurs, la poursuite à la baisse sème la consternation. «Les pêcheurs sont découragés parce qu'on nous dit que les baisses de quotas sont dues au réchauffement de l'eau et à la venue du sébaste en grande quantité dans le golfe, réagit le président de la Coopérative des capitaines-propriétaires de la Gaspésie, Vincent Dupuis. C'est décourageant parce que c'est une tendance qui sera dure à inverser!» Notons que le sébaste est un prédateur important de la crevette.

Même son de cloche du côté de l'usine des Fruits de mer de l'Est du Québec, qui produit la fameuse «crevette de Matane». «On n'est jamais contents de ça, fait savoir le président du conseil d'administration de l'entreprise, Jean-Pierre Chamberland. À toutes les années, c'est coupé. On ne peut rien faire. C'est malheureux!»

La Coopérative des capitaines-propriétaires de la Gaspésie, qui compte 55 membres, demande une rencontre avec le ministre des Pêches et des Océans du Canada, Jonathan Wilkinson. «Ça nous permettrait […] d'essayer de trouver des solutions pour garder nos entreprises rentables», indique Vincent Dupuis. Parmi les solutions envisagées, les pêcheurs souhaitent que les quotas demeurent les mêmes que l'an dernier. Ils estiment aussi que l'accès à la pêche au sébaste pourrait représenter une porte de sortie pour certains crevettiers.

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LES CAUSES

De l'avis du scientifique Hugo Bourdages, trois causes peuvent expliquer la diminution des stocks de crevettes. La première pointe vers la faible survie des crevettes juvéniles. Le deuxième facteur est le réchauffement de l'eau et le troisième repose sur l'augmentation de la prédation de la crevette par le sébaste.

«L'environnement a un impact plus important sur la trajectoire de diminution de la crevette que la pêche peut avoir, admet le chercheur. Ce n'est pas la pêche qui explique la diminution des stocks de crevettes dans le golfe [...]. Ce sont vraiment les conditions défavorables.» Devant ce constat, M. Bourdages est forcé de constater que la trajectoire risque de perdurer.