La Maison-Blanche s'est plainte que le Canada avait ouvert une porte dérobée sur le marché américain, permettant ainsi une invasion de l'acier bon marché en provenance de pays comme la Chine.

Ottawa consulte l'industrie de l'acier en vue de contrer le dumping

OTTAWA — Le gouvernement fédéral a tendu une branche d'olivier à la Maison-Blanche de Donald Trump, mardi, au moment d'entreprendre l'exploration de meilleurs moyens de répondre aux inquiétudes de l'industrie, qui craint que les tarifs douaniers américains ne provoquent un afflux d'acier étranger sur le marché canadien.

Au cours des 15 prochains jours, Ottawa va solliciter l'avis des producteurs et des utilisateurs d'acier, ainsi que du public, en vue de mettre en place des «mesures de sauvegarde» sur l'importation de plusieurs produits d'acier, a annoncé le ministre Morneau.

Ces mesures, si elles sont appliquées, pourraient inclure des quotas, des surtaxes ou une combinaison des deux.

Si la période de consultation identifie un risque de préjudice potentiel pour l'industrie canadienne, Ottawa est prêt à imposer «rapidement» des mesures de protection, a prévenu Bill Morneau en conférence de presse dans les locaux d'ArcelorMittal Dofasco, à Hamilton, en Ontario.

L'objectif principal est de protéger l'industrie sidérurgique canadienne, insiste le gouvernement, mais prendre position contre les importations d'acier bon marché aura un effet secondaire vital : apaiser l'administration Trump.

La Maison-Blanche s'est plainte que le Canada avait ouvert une porte dérobée sur le marché américain, permettant ainsi une invasion de l'acier bon marché en provenance de pays comme la Chine.

Le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, a déclaré en juin que les tarifs imposés par Washington au Canada et à d'autres alliés visaient à les forcer à s'attaquer à la surproduction d'acier dans le monde.

Étant donné que les relations commerciales entre le Canada et les États-Unis sont cruciales, il est dans l'intérêt d'Ottawa de montrer à Donald Trump qu'il passe à l'action pour contrer le dumping d'acier.

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, insisté toutefois sur le fait que le Canada a déjà imposé des restrictions sur l'acier bien avant que les États-Unis n'imposent leurs tarifs en juin. Ottawa avait quand même reconnu qu'il devait en faire davantage et avait promis de consulter l'industrie.

Une hausse des importations

Les consultations publiques visent directement les tôles d'acier, les barres d'armature pour béton, les produits tubulaires pour le secteur de l'énergie, les tôles laminées à chaud, l'acier prépeint, les fils en acier inoxydable et le fil machine.

Joe Galimberti, président de l'Association canadienne des producteurs d'acier, se réjouit de ces consultations, soulignant que l'industrie constate une augmentation des importations.

«Il s'agit d'un défi très sérieux pour l'industrie et une inondation du marché serait dévastatrice pour beaucoup de producteurs», a-t-il prévenu.

Certains secteurs industriels qui utilisent de l'acier ont cependant déjà commencé à demander à Ottawa de ne pas intervenir.

La Coalition canadienne de l'acier de construction, qui représente les fournisseurs, les fabricants, les centres de service et les importateurs d'acier de construction, estime que des mesures de protection mettraient en péril plus de 60 000 emplois.

«Le gouvernement doit être très prudent à ce sujet», a déclaré Jesse Goldman, un avocat qui représente la coalition.

Selon lui, les tarifs douaniers imposés en représailles à ceux des États-Unis offrent déjà une bonne protection au marché. Il craint que l'imposition d'autres mesures de protection provoque une pénurie d'approvisionnement en acier au Canada.