Aecon participe depuis longtemps à des projets de construction et d'ingénierie au Canada, comme la tour du CN.

Ottawa bloque le rachat du Groupe Aecon

OTTAWA — Le gouvernement fédéral a bloqué la prise de contrôle du Groupe Aecon par une société d'État chinoise pour des raisons de sécurité nationale.

Un porte-parole du ministre du Développement économique Navdeep Bains a confirmé après la fermeture des marchés, mercredi, la décision du gouvernement d'empêcher CCCC International Holding (CCCI) d'acquérir l'entreprise de construction Aecon, une transaction estimée à 1,5 milliard $.

Le gouvernement Trudeau avait été averti par des experts de procéder prudemment en évaluant les offres d'investissement des entreprises d'État chinoises et d'être aussi transparent que possible dans son examen de la transaction proposée.

Ottawa a également été soumis à de fortes pressions à travers le pays pour rejeter l'offre d'achat.

En février, le gouvernement avait annoncé un examen complet sous l'angle de la sécurité nationale de la prise de contrôle d'Aecon. À l'époque, le bureau du ministre Bains avait déclaré que, selon les conseils des agences de sécurité, le gouvernement croyait qu'il y avait «un risque de préjudice à la sécurité nationale».

«Comme toujours, nous avons écouté les conseils de nos agences de sécurité nationale à travers les multiples étapes du processus d'examen de la sécurité nationale prévu par la Loi sur Investissement Canada», a affirmé Navdeep Bains dans une déclaration.

«En nous basant sur leurs découvertes et pour protéger la sécurité nationale, nous avons ordonné à CCCI de ne pas aller de l'avant avec l'investissement proposé.»

M. Bains a ajouté que le gouvernement Trudeau était ouvert aux investissements étrangers qui créent des emplois et accroît la prospérité, mais pas aux dépens de la sécurité nationale.

Aecon participe depuis longtemps à des projets de construction et d'ingénierie au Canada, comme la tour du CN, le SkyTrain de Vancouver, la Voie maritime du Saint-Laurent et le chantier naval de Halifax. L'entreprise fait aussi partie du consortium qui construit le Réseau express métropolitain dans la région de Montréal.

Il n'a pas été possible de parler à un représentant de la firme établie à Toronto mercredi.

Appui du gouvernement chinois

Le gouvernement chinois avait appuyé fortement la prise de contrôle. On ne sait pas encore comment cette décision pourrait affecter les relations entre le Canada et la Chine.

Le mois dernier, l'ambassadeur chinois au Canada avait défendu l'entente proposée. Lu Shaye avait déclaré qu'il n'y avait aucune raison de s'inquiéter, puisque la décision de l'entreprise était strictement liée aux affaires.

«Ma première impression, pour être franc, c'est que je crois que les médias canadiens ou le public canadien est trop sensible par rapport à l'affaire Aecon, car Aecon est juste une entreprise de construction», avait-il dit en conférence de presse à l'ambassade chinoise à Ottawa.

«De votre côté, vous avez des règles et des règlements sur les entreprises étrangères qui cherchent à prendre le contrôle d'entreprises canadiennes. Je crois que pour l'enjeu de la sécurité nationale, ce sont vos affaires internes. Les Chinois ne veulent pas s'ingérer là-dedans.»

M. Lu, qui s'exprimait par l'entremise d'un interprète, a ajouté que la Chine voulait s'assurer que le Canada traite les entreprises chinoises de la même manière que toutes les autres sociétés étrangères qui cherchent à prendre le contrôle de firmes canadiennes.

CCCI est la division du financement et des investissements à l'étranger de China Communications Construction Company (CCCC), un des plus grands groupes d'ingénierie et de construction au monde.

Un représentant de CCCI a dit mercredi ne pas avoir de commentaire sur la décision d'Ottawa de bloquer la prise de contrôle.

Selon un document d'Infrastructures Canada rédigé l'automne dernier, CCCC avait généré des revenus de 62 milliards $US en 2016. Parmi ses secteurs d'activité, on retrouve les ports, les routes, les terminaux, les ponts, les chemins de fer, ainsi que les tunnels.

Aecon avait quant à elle enregistré des revenus de 3,2 milliards $ en 2016.

La note interne avait été obtenue par La Presse canadienne en vertu de la Loi sur l'accès à l'information.