Selon la GRC, il n'y a pas de directives pancanadiennes à propos du moment pour utiliser le système canadien d'avertissement public, pour envoyer de l'information aux téléphones cellulaires et aux écrans de télévision.
Selon la GRC, il n'y a pas de directives pancanadiennes à propos du moment pour utiliser le système canadien d'avertissement public, pour envoyer de l'information aux téléphones cellulaires et aux écrans de télévision.

Nouvelle-Écosse: la GRC procède à un examen complet du système des alertes

Adina Bresge
La Presse canadienne
Si le détachement néo-écossais de la GRC fait face à de virulentes critiques pour ne pas avoir lancé d'alerte d'urgence durant la tuerie de masse du mois dernier, le manuel national de la GRC ne dicte pas qu'une telle alerte aurait dû être envoyée.

Selon la GRC, il n'y a pas de directives pancanadiennes à propos du moment pour utiliser le système canadien d'avertissement public, pour envoyer de l'information aux téléphones cellulaires et aux écrans de télévision.

À la suite du meurtre de 22 personnes en Nouvelle-Écosse, les 18 et 19 avril, la force policière songe à mettre en place une politique nationale pour l'utilisation du système d'alerte d'urgence.

Équilibre délicat

àDes experts affirment toutefois que les autorités doivent trouver un équilibre délicat entre informer le public des menaces potentielles et éviter une panique inutile.

Comme le montre la tragédie de la Nouvelle-Écosse, il n'est pas évident de trancher au coeur d'une crise lorsque des vies sont en jeu.

L'étude des fusillades de 2014 à Moncton et sur la Colline du Parlement ont révélé que Twitter a été essentiel pour diffuser des infos en temps réel au public et aux médias.

La GRC de la Nouvelle-Écosse a utilisé Twitter pour envoyer des mises à jour quand une plainte liée aux armes à feu a donné lieu à une série de coups de feu et d'incendies criminels dans le centre et le nord de la province.

Les policiers ont été interrogés sur les raisons pour lesquelles ils ont misé sur les médias sociaux, cependant qu'ils auraient pu envoyer une alerte à tous les téléphones de la province.

Certains proches des victimes ont demandé que la question fasse partie d'une enquête publique sur la tuerie.

Le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Stephen McNeil, a dit que les responsables des urgences étaient prêts à lancer une alerte, mais qu'ils ne pouvaient pas agir tant que la GRC n'avait pas fourni d'informations.

La GRC a expliqué qu'un message était en train d'être composé lorsque le tireur a été abattu par la police à Enfield, après une chasse à l'homme de 13 heures.

«Examen complet»

Le surintendant de la GRC en Nouvelle-Écosse, Darren Campbell, a dit que la force procédait à un «examen complet» de l'utilisation du système d'alerte d'urgence, en consultation avec la province et l'Association canadienne des chefs de police.

La porte-parole nationale de la GRC, Robin Percival, a déclaré qu'on envisageait de créer une politique pancanadienne, mais que les protocoles d'alerte publique sont généralement établis par les autorités provinciales de gestion des urgences.

Le Bureau de gestion des urgences de la Nouvelle-Écosse n'a pas immédiatement répondu à une demande de détails sur ses protocoles.

Pour les autorités, il peut sembler judicieux de pécher par excès de prudence.

Terry Flynn, professeur de communications à l'Université McMaster, y met un bémol : inonder les gens de notifications peut faire qu'ils s'en lassent, ou que certains ignorent les avertissements quand une menace est réelle.

M. Flynn, qui se spécialise dans l'étude de la gestion de crises, a dit que cette stratégie a peut-être contribué à une fausse alerte le mois dernier, en Nouvelle-Écosse.

Quelques jours après le massacre, la province a émis une alerte d'urgence évoquant une possible fusillade, dans la région de Halifax. Ce n'était finalement rien ou, dans un cas, du bruit de construction.

Dans l'affaire Gabriel Wortman, la police composait avec un tueur semant le chaos et le carnage sur 16 scènes de crime, en étant déguisé en agent de la GRC et en conduisant une fausse voiture de patrouille, a rappelé Jack Rozdilsky, professeur de gestion des catastrophes et des urgences à l'Université York.

Une alerte provinciale aurait pu engorger le 911 d'observations erronées quand la police traquait le meurtrier, a dit M. Rozdilsky.

Cela dit, les familles en deuil ont le droit de poser des questions et les autorités leur doivent des réponses, a t-il déclaré.

Tom Stamatakis, président de l'Association canadienne des policiers, soutient l'effort qui vise à instaurer un protocole national d'alerte publique.

Il ajoute par contre qu'aucun manuel ne peut pleinement préparer la police à répondre à une crise en évolution rapide, comme une fusillade de masse.

«On évalue les informations au fur et à mesure qu'elles arrivent, a-t-il dit. Il est beaucoup trop dur de trouver une formule vraiment normative qu'il faudrait suivre.»