La ministre de l’Environnement Isabelle Melançon a annoncé le resserrement des règles d’approvisionnement de cinq pesticides pour le 1er avril 2019.

Moins de pesticides dans les champs d’ici 2019

Québec encadre l’utilisation de cinq pesticides parmi les plus nocifs pour la santé humaine et pour la santé des abeilles, afin de forcer un changement des pratiques en agriculture.

«On a décidé de prendre le taureau par les cornes, parce qu’il fallait que ça bouge à un moment donné», a soutenu Isabelle Melançon, ministre de l’Environnement, lors de l’annonce lundi aux Ruchers Promiel, à Château-Richer.

Les substances visées ne seront pas bannies des champs du Québec, mais les agriculteurs qui voudront les utiliser devront obtenir une prescription de la part d’un agronome. Pour faire ce travail, l’Ordre des agronomes s’engage à assurer l’indépendance de ses membres face aux compagnies de pesticides. 

«L’agriculteur qui a un champ malade pourra se procurer les pesticides», assure Mme Melançon, mais seulement après avoir prouvé que leur utilisation était vraiment nécessaire.

D’ici le 1er avril 2019, tous les agriculteurs devront se conformer aux nouvelles règles. Trois pesticides de la famille des néonicotinoïdes, très dommageables pour la santé des abeilles, sont visés. Québec ajoute également deux molécules développées dans les années 1960, l’atrazine et le chlorpyrifos, qui sont pointées du doigt dans le développement de certains cancers, et qui peuvent perturber les hormones des oiseaux et des poissons. 

La ministre Melançon dit vouloir faire cesser l’utilisation «systématique» de ces pesticides au Québec. «C’est pas contre les agriculteurs qu’on le fait, c’est avec les agriculteurs». 

Les pesticides visés sont épandus dans les champs, mais ils enrobent également la majorité des semences de soya ou de maïs. Ces semences enrobées, produites en grandes quantité aux États-Unis, sont souvent moins dispendieuses que les semences régulières, ce qui en fait un choix naturel pour les producteurs de grains. 

Le ministère de l’Environnement évalue toutefois que 93% des terres agricoles du Québec n’ont pas besoin d’utiliser des semences enrobées de pesticides. 

Bannis en milieu urbain

En milieu urbain, les cinq types de pesticides seront bannis, si bien que ceux qui voudraient une pelouse bien verte ne pourront plus en trouver dans les centres jardins en 2019 et devront se tourner vers d’autres alternatives. 

Le ministère de l’Environnement ne s’est pas donné d’objectif chiffré de réduction de la quantité de pesticides au Québec, notamment parce qu’il ne connaît pas l’ampleur exacte de leur utilisation à l’heure actuelle.

La Fondation David Suzuki et Équiterre ont salué les nouvelles règles environnementales. Selon eux, il s’agit d’un «premier pas» du Québec contre l’utilisation de pesticides, nécessaire en raison du «laxisme» du gouvernement fédéral en la matière. 

L’Alliance pour l’interdiction des pesticides systémiques parle plutôt de «demi-mesures», qui sont insuffisantes pour protéger la santé des Québécois. Même déception du côté de Vigilance OGM, qui critique le manque d’ambition du gouvernement.

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DE LA CHICANE DANS LA GRANDE FAMILLE DES AGRICULTEURS

Si elle fait le bonheur des apiculteurs et des producteurs maraîchers, l’annonce de la ministre Melançon fait mal à ceux qui cultivent le maïs et le soya sur de grandes surfaces.

Les Producteurs de grains du Québec qualifient la réforme d’«abusive» et de «contreproductive». Selon eux, le gouvernement libéral actuel a commis plusieurs erreurs qui contrecarrent la production de grains au Québec. «L’accumulation des gestes négatifs a un impact sérieux sur la capacité des producteurs de grains à contribuer à la vitalité économique des régions du Québec», estime Christian Overbeek, président des Producteurs de grains du Québec. 

Il appelle maintenant tous les partis politiques à s’engager lors des prochaines élections à «réparer les pots cassés» du gouvernement libéral, qui ne les aiderait pas assez, par des mesures d’aide financière, à respecter les obligations environnementales.

Stéphane Leclerc, président de la Fédération des apiculteurs, a quant à lui qualifié l’annonce de la ministre de «géniale». Cet encadrement, attendu depuis très longtemps par ses membres, devrait leur permettre de freiner le déclin du nombre d’abeilles au Québec, dont la population totale a baissé de 75 % au cours des 25 dernières années.

«L’abeille, c’est comme une sentinelle pour l’humain, c’est comme le canari pour les miniers. Quand l’abeille tombe, ça veut dire que nous autres aussi, on va tomber», a-t-il lancé. 

M. Leclerc est conscient toutefois que cet enjeu crée des tensions au sein de l’Union des producteurs agricoles (UPA), qui est comme «une grande famille». «C’est sûr qu’il y a des conflits, mais il y a des conflits dans chaque famille. Il faut trouver une manière de travailler ensemble le plus possible [avec les producteurs de grains] et réussir à concilier tout ça.»

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QU'EN EST-IL DU ROUNDUP?

Le glyphosate, ingrédient principal de la marque d’herbicide Roundup, n’est pas visé par le nouveau règlement. La ministre de l’Environnement Isabelle Melançon explique que les preuves scientifiques ne sont pas suffisantes pour que son gouvernement passe à l’action et encadre cette molécule. 

La ministre est consciente que le Roundup a «mauvaise presse», mais veut éviter d’agir en se basant sur un «concours de popularité ou d’impopularité» des pesticides, disant plutôt se référer à la science. 

Une réponse qui a fait sourciller Louise Hénault-Éthier, scientifique à la Fondation David-Suzuki, qui craint que les agriculteurs se tournent encore plus nombreux vers le glyphosate, qui compte déjà pour 44 % des ventes de pesticides au Québec. 

«À cause de son volume d’utilisation, même si la molécule elle-même est moins toxique que celle de l’atrazine, parce qu’on en surutilise un peu partout de façon incontrôlée, on se ramasse avec un impact environnemental et un impact de santé humaine non négligeable.»