L’objectif est d’envoyer un signal clair que l’entrée irrégulière au Canada n’est plus automatiquement un permis de séjour pour plusieurs années pendant que la Commission traite les demandes précédentes; au contraire, ce sera dorénavant une voie rapide vers l’octroi du statut de réfugié ou l’expulsion dans les cas où les demandeurs ne sont nullement des personnes dont la vie est menacée dans leur pays d’origine.

Migrants irréguliers: «dernier entré, premier sorti»

MONTRÉAL — Ottawa change de tactique dans l’espoir de fermer — ou à tout le moins réduire le débit — du robinet de l’immigration irrégulière au chemin Roxham, en Montérégie.

De passage à Montréal, vendredi, le ministre fédéral de l’Immigration, Ahmed Hussen, a annoncé que la Commission de l’immigration et du statut de réfugié (CISR) traitera en priorité les dossiers des nouveaux demandeurs, sur le principe du «dernier entré, premier sorti».

«L’approche de «dernier entré, premier sorti» nous permettra de finaliser les dossiers beaucoup plus rapidement, ce qui veut dire que les gens pourront être expulsés plus rapidement», a fait valoir le ministre Hussen à l’issue d’une allocution devant quelque 250 convives réunis par le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM).

L’objectif est d’envoyer un signal clair que l’entrée irrégulière au Canada n’est plus automatiquement un permis de séjour pour plusieurs années pendant que la Commission traite les demandes précédentes; au contraire, ce sera dorénavant une voie rapide vers l’octroi du statut de réfugié ou l’expulsion dans les cas où les demandeurs ne sont nullement des personnes dont la vie est menacée dans leur pays d’origine.

«Les gens à qui l’on dit de venir au Canada pour demander l’asile parce que c’est un billet gratuit et un raccourci sont victimes de désinformation», a martelé le ministre.

«C’est la bonne chose à faire et un geste humanitaire que de leur dire la vérité au sujet de notre système.»

Le ministre Hussen va jusqu’à fixer un objectif de 12 mois entre l’arrivée d’un demandeur et une décision finale, une cible qui apparaît ambitieuse si l’on tient compte qu’un demandeur peut en appeler d’un refus.

Le ministre ajoute cependant que la Commission, une agence indépendante qui traite les revendications du statut de réfugié, bénéficiera également de fonds additionnels de 74 millions $ annoncés dans le dernier budget fédéral et d’un ajout de 64 employés consacrés exclusivement aux demandes d’irréguliers.

«La CISR dédiera plus de la moitié de ses ressources pour s’attaquer aux migrants irréguliers qui ont demandé le statut de réfugié», a-t-il précisé.

Ahmed Hussen affirme que les modifications, l’ajout de fonds et de personnel permettront de traiter 17 000 dossiers additionnels d’ici deux ans, soit au 31 mars 2020.

Couper le flot à la source

Ottawa cherche également à endiguer le flot à la source. Le ministre Hussen s’est récemment rendu au Nigéria pour discuter avec des organismes, les médias locaux et le gouvernement afin d’envoyer le message à leur population que l’immigration irrégulière n’est pas une voie d’entrée au Canada, mais bien souvent un tremplin vers l’expulsion.

«Le ministre nigérian des Affaires étrangères est très préoccupé par le dossier», a dit M. Hussen, affirmant que celui-ci s’est engagé à décourager publiquement les tentatives de migration irrégulière et expliquer le système d’immigration régulière, mais aussi à travailler avec le Canada pour accélérer la délivrance de passeports et de documents de voyage aux Nigérians qui ont échoué dans leur tentative de migration irrégulière et qui seront expulsés chez eux.

De plus, des discussions avec les autorités américaines au Nigéria, qui émettent des visas aux Nigérians qui débarquent aux États-Unis pour ensuite traverser de manière illégale au Canada, ont mené à une réduction de 10% du nombre de visas émis, selon le ministre.

Ottawa a également eu des échanges avec Plattsburgh Cares, un organisme d’aide aux réfugiés qui remettait des dépliants expliquant aux aspirants réfugiés où et comment traverser au Canada, mais qui ne mentionnait nulle part qu’une demande de statut de réfugié risquait fort d’être refusée et le demandeur expulsé.

Le ministre Hussen a ajouté que les multiples rencontres avec des communautés de la diaspora aux États-Unis où l’on explique que les demandeurs sont nourris de faux espoirs sont apparemment très appréciées.

Tiers pays sûrs

Le ministre rejette toutefois catégoriquement l’idée de suspendre l’Entente sur les tiers pays sûrs, en vertu de laquelle un demandeur de statut de réfugié sera refoulé à la frontière s’il arrive d’un pays où sa vie n’est pas menacée, en l’occurrence les États-Unis.

C’est justement à cause de ce refus prévisible — qui touche uniquement les postes frontaliers terrestres — que les demandeurs entrent par une voie irrégulière qui leur permet de contourner les postes frontaliers.

Les tenants de la suspension de l’entente — notamment le Parti québécois — estiment que de permettre le passage aux postes frontaliers répartirait les demandeurs à travers le Canada plutôt que d’envoyer la quasi-totalité d’entre eux au Québec via le chemin Roxham.

Ahmed Hussen réplique qu’une suspension de l’entente «serait complètement irresponsable» puisque cela ne ferait qu’augmenter le nombre de demandeurs aux postes frontaliers.

Il reconnaît toutefois que l’entente, dans sa forme actuelle, pose problème.

«L’entente doit être mise à jour parce qu’elle pas appliquée entre les points d’entrée (postes frontaliers). Nous l’avons signalé aux États-Unis et nous devons travailler ensemble pour corriger cela», a-t-il dit.

Il a affirmé que le Canada a «des discussions» avec les États-Unis sur une éventuelle révision, mais précise qu’aucune négociation formelle n’a été entreprise avec l’administration américaine.