Christopher Moreau fait tourner les têtes avec sa gyroroue.
Christopher Moreau fait tourner les têtes avec sa gyroroue.

Micromobilité électrique: le futur est arrivé [PHOTOS ET VIDÉO]

Marc Allard
Marc Allard
Le Soleil
Christopher Moreau ne peut pas rouler sans faire tourner les têtes. Qu’il se rende au travail, au dépanneur ou à la poste, c’est toujours pareil. Les passants sont ébahis par sa gyroroue.

Mais M. Moreau ne s’en fait pas avec la stupéfaction des promeneurs. Il leur dit à quel point il raffole de sa monoroue électrique à moteur gyroscopique. 

«Le sentiment de liberté, on a vraiment l’impression de voler, de flotter, et l’engin donne l’impression d’être dans une œuvre de science-fiction tout droit sortie du futur, donc pour un geek comme moi c’est le moyen de transport par excellence», s’enthousiasme-t-il. 

À l’image de Christopher Moreau, de plus en plus de Québécois adoptent des petits véhicules électriques. Leurs trottinettes électriques, leurs gyroroues, leurs OneWheel, leurs skateboards électriques et leurs hoverboards sont de plus en plus visibles dans les villes et donnent un avant-goût du futur aux automobilistes, aux cyclistes et aux piétons qui devront apprendre à cohabiter avec eux. 

Bien qu’un vide légal plane sur ces nouveaux modes de transport, le boom de la micromobilité électrique ne se dément pas depuis l’an dernier. 

«Les gens, ils veulent aller vers là, dit Patrick Émond, propriétaire de Beauport Mobile Électrique, à Québec. Ils sauvent du gaz, pas de bruit, pas de pollution. Il y a pas mal d’engouement». 

Copropriétaire de la boutique en ligne Noaio, Fabien Gigi ne voyait presque pas de trottinettes électriques ou de gyroroues dans les rues de la métropole il y a deux ans. L’ingénieur en informatique avait déjà constaté la percée de ces petits véhicules en France, d’où il vient. Et il a décidé de se lancer en affaires en espérant que les Québécois craquent eux aussi. 

Il ne regrette pas. Ses ventes de gyroroue et de trottinettes électriques se multiplient depuis l’ouverture de la boutique et elles seraient encore plus importantes sans les problèmes d’approvisionnement liés à la COVID-19. «Il me manque plus de stock que de clients!» dit-il. 

Le bon vieux vélo a de en plus en plus de concurrence, à la fois comme loisir et comme moyen de transport utilitaire. 

«Un rêve»

Quand le gyrorouleur Christopher Moreau, de Sherbrooke, se rend chez son ami dans le secteur de Terrebonne, ils vont rouler. Et quand son ami vient chez lui, ils vont rouler aussi. Même «qu’on se donne des rendez-vous uniquement pour aller en faire ensemble», dit-il. 

Dominic Gendreau, un résident de l’arrondissement Saint-Romuald, à Lévis, montait chaque jour cet été sur son longboard électrique pour se rendre au boulot dans le quartier Vanier, à Québec. Il ne s’ennuyait jamais en faisant l’aller-retour entre les deux villes. 

Un adepte de skateboard électrique dans les rues de New York.

«Ça ressemble vraiment à faire de la planche à neige et quand l’asphalte n’est pas trop maganée, je dirais même que c’est faire de la planche à neige dans de la poudreuse fraîchement tombée, décrit-il. Et tout ça en allant travailler. Un rêve quoi». 

L’engouement pour les petits véhicules électriques se transpose aussi sur les réseaux sociaux. Sur Facebook, des centaines d’amateurs échangent sur des groupes comme Quebec Wheelers : EUC riders/Pilotes de gyroroue, Trottinettes électriques Québec, Onewheel & EUC Québec ou Micro-Mobilité électrique au Québec. 

Le 30 août, un des membres de Quebec Wheeler a même organisé une sortie de groupes «pour tous les véhicules électriques personnels». C’était un dimanche, dans le Vieux-Port de Montréal. Ils étaient une vingtaine, avec notamment des gyroroues, des trottinettes électriques et des skateboards électriques. 

Pour une fois, les représentants du futur étaient réunis. Sur Facebook, un des participants a remercié l’organisateur de la sortie, avant d’ajouter : «On refait ça le mois prochain!»

Un hoverboard

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DES VÉHICULES JOUETS?

Frédéric Thibault et son ami roulaient en gyroroue sur le boulevard Rigaud, à Trois-Rivières, lorsqu’ils ont été interceptés par un policier l’automne dernier. 

Les deux gyrorouleurs ont reçu des contraventions de 170 $ pour avoir utilisé un véhicule routier exempté de l’immatriculation. 

M. Thibault était irrité de recevoir une amende pour s’être déplacé avec un véhicule avec lequel il avait déjà parcouru plus de 3000 km. Mais il n’était pas surpris. «Je savais que ça ne faisait partie d’aucune loi», dit-il. 

Sauf pour la trottinette électrique, qui fait l’objet d’un projet pilote de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) permettant la circulation de certains modèles sur certains chemins publics, la plupart des autres petits véhicules électriques comme la gyroroue, le OneWheel, les skateboards électriques et les hoverboards ne sont pas définis au Code de la sécurité routière. 

Un OneWheel

«Pour le moment, ils sont assimilés à des véhicules jouets», explique Gino Desrosiers, porte-parole de la SAAQ. En vertu de l’article 499, la plupart des adeptes de micromobilité électrique n’ont pas le droit de circuler sur les chemins publics et sont passibles d’une amende minimale de 80 $ (plus les frais).

L’article 499 mentionne que nul «ne peut faire usage sur la chaussée de patins, de skis, d’une planche à roulettes ou d’un véhicule-jouet». Mais comme pour les patins et les planches à roulettes dans la rue, il existe dans les faits une certaine tolérance des policiers envers ces modes de transports. 

Au bon jugement des policiers

Plusieurs utilisateurs de petits véhicules électriques ont confié au Soleil qu’ils ont croisé souvent des policiers sans se faire intercepter. Reste que la possibilité de recevoir une amende plane sur eux. 

«C’est laissé au bon jugement des policiers, et il y a certains policiers qui sont un peu plus plus zélés», dit Alexandre Gagné, qui est membre du Mouvement Micro Mobilité Québec, qui milite pour que les engins de micro mobilité électrique soient autorisés à circuler au Québec.

Le flou légal qui entoure la micromobilité électrique freine le développement d’un mode de transport écologique qui pourtant allège le trafic et les stationnements, déplore M. Gagné, qui est adepte de la trottinette électrique. 

Une personne sur une trottinette électrique

Il note que les petits véhicules électriques n’émettent pas de gaz à effet de serre et peuvent souvent se plier et se ranger dans une case au travail. Or, selon le Code de la sécurité routière, «on peut juste les utiliser sur un terrain privé ou dans le stationnement d’un centre commercial..., souligne Alexandre Gagné. On est en retard.» 

Pour l’instant, la SAAQ et le ministère des Transports mènent des projets pilotes pour recueillir de l’information sur l’utilisation des trottinettes électriques sur les chemins publics afin d’évaluer leur intégration à la circulation routière, d’élaborer des règles de circulation et d’établir des normes en matière de caractéristiques et d’équipement pour ces véhicules, indique M. Desrosiers, de la SAAQ. 

En attendant la réflexion du gouvernement, le gyrorouleur Frédéric Thibault, lui, a la ferme intention de contester sa contravention à la cour municipale de Trois-Rivières. Il compte plaider l’article 6 de la Charte canadienne des droits et libertés, qui protège la liberté de circulation des citoyens.