ocelyne Lizotte, une Montréalaise atteinte de la maladie d'Alzheimer à un stade avancé qui aurait été tuée par son mari au CHSLD, avait prévenu sa famille qu'elle ne voulait pas finir comme sa mère.

Meurtre par compassion: Jocelyne Lizotte ne voulait pas finir comme sa mère

MONTRÉAL — Jocelyne Lizotte, une Montréalaise atteinte de la maladie d'Alzheimer à un stade avancé qui aurait été tuée par son mari au CHSLD, avait prévenu sa famille qu'elle ne voulait pas finir comme sa mère, qui souffrait elle aussi de la même maladie, a-t-on appris jeudi au procès.

La soeur de la victime, Johanne Lizotte, a témoigné jeudi pour la défense au procès de Michel Cadotte, 57 ans, accusé de meurtre au deuxième degré.

Lorsqu'on l'a trouvée morte dans sa chambre le 20 février 2017, Jocelyne Lizotte, âgée de 60 ans, était au stade avancé de la maladie neurodégénérative et totalement incapable de s'occuper d'elle-même, a-t-on appris plus tôt au procès. Mme Lizotte avait reçu un diagnostic de démence précoce à l'âge de 49 ans et au moment de sa mort, elle vivait au centre d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) Émilie-Gamelin, à Montréal. Elle était mariée à Michel Cadotte depuis 19 ans.

On avait aussi déjà appris au procès qu'un an avant sa mort, M. Cadotte avait demandé l'aide médicale à mourir pour son épouse. Mais le personnel du CHSLD lui avait répondu que Mme Lizotte n'était pas admissible à ce traitement offert «en fin de vie». Une infirmière-chef du CHSLD a aussi témoigné que M. Cadotte lui avait avoué avoir étouffé sa femme.

La soeur de la victime, Johanne Lizotte, a révélé jeudi aux jurés que leur mère, décédée en 2005, était elle aussi atteinte de la maladie d'Alzheimer. Mme Lizotte a soutenu que sa s?ur lui avait confié à plusieurs reprises qu'elle ne voulait pas finir comme leur mère - qu'elle préférait mourir plutôt que de perdre ainsi sa dignité humaine. Johanne Lizotte a déclaré ne pas savoir si sa s?ur avait signé un mandat de protection en cas d'inaptitude.

Mme Lizotte est l'un des rares témoins qui seront appelés à la barre par la défense, qui compte par ailleurs faire témoigner l'accusé.

L'état d'esprit de l'accusé

Me Nicolas Welt a indiqué aux jurés dans sa déclaration liminaire que la défense ne contesterait pas l'essentiel de la preuve présentée par la Couronne jusqu'ici au procès. La défense plaidera plutôt que M. Cadotte ne peut être tenu criminellement responsable du meurtre en raison de son état d'esprit au moment des faits.

L'avocat a promis aux jurés que M. Cadotte expliquera lui-même comment il a vécu ces événements, de l'intérieur. Me Welt a aussi indiqué que des experts psychiatre et psychologue seraient appelés à la barre, de même que les s?urs de M. Cadotte et de Mme Lizotte - celle-ci a témoigné jeudi.

La défense entend démontrer que la Couronne ne pourra faire la preuve hors de tout doute raisonnable, dans les circonstances, de la culpabilité de M. Cadotte. Me Welt a plaidé que le 20 février, Michel Cadotte était à bout et que, dans cet état d'esprit, il n'était plus parfaitement libre de ses choix.

Johanne Lizotte a déclaré jeudi que le couple s'était toujours montré beaucoup d'affection, un amour que M. Cadotte a maintenu vivant même après la maladie qui ravageait sa femme, devenue incapable de communiquer.

Mme Lizotte a raconté aux jurés que l'accusé avait toujours quelque chose pour sa femme: une bouteille de champagne pour fêter leur anniversaire ou sa fête, des fleurs, un gâteau ou des chocolats. Elle a aussi rappelé que la maladie de sa s?ur semblait avoir progressé rapidement. Et elle a décrit sa dernière visite chez sa s?ur avant son hospitalisation: Jocelyne Lizotte était alors hyperactive, marchait sans arrêt, n'arrêtait pas de laisser tomber ses sous-vêtements. Une scène «infernale».

La santé de Jocelyne Lizotte s'est ensuite détériorée rapidement et elle a eu du mal à marcher, à manger ou à s'habiller seule, a dit sa soeur. Et rapidement, la patiente a dû utiliser un fauteuil roulant, a déclaré Johanne Lizotte, en retenant ses larmes.