Marylène Lévesque, 22 ans, a été tuée mercredi dans une chambre de l’hôtel Sépia, dans Sainte-Foy.

Meurtre dans un hôtel de Sainte-Foy: «Elle se pensait en sécurité» [PHOTOS+VIDÉO]

Avant d’être tuée dans un hôtel de Sainte-Foy, Marylène Lévesque a confié à son meilleur ami, Louis*, qu’elle avait un rendez-vous avec un client qui avait été exclu du salon de massage érotique où elle travaillait. L’homme lui faisait peur, mais il lui offrait 2000 $ pour qu’elle le rejoigne dans une chambre de l’hôtel Sépia.

Le client, Eustachio Gallese, 51 ans, a été accusé jeudi après-midi du meurtre non prémédité de la jeune femme de 22 ans. 

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L’accusé avait tué sa conjointe en 2004

L'accusé présentait un risque de récidive «modéré»

Louis ignore si Marylène Lévesque savait que Gallese avait tué son ex-conjointe à Sainte-Foy en 2004. Mais il se souvient qu’elle lui a affirmé qu’elle était au courant que son client avait des antécédents criminels. 

«Elle m’a dit : “ouais, il est un peu creepy. Il a fait de la prison à cause de [l’histoire avec] sa femme, une affaire de même. C’est sûr que ça me fait un peu peur. Mais c’est dans un hôtel en plein milieu de la ville...” relate Louis. Elle se pensait en sécurité.»

Louis se rappelle que Marylène lui a dit que c’était la deuxième fois qu’elle allait voir ce client dans un hôtel. La première fois, il y a deux semaines, l’homme lui aurait offert 1300 $. Louis a essayé de la dissuader, inquiet du danger potentiel. «Je lui avais dit : “Marie, ça n’a pas de crisse d’allure d’aller là pour 1300 $”.»

Le matin du jour du meurtre, Louis a discuté avec son amie. Elle lui a confirmé qu’elle retournait voir le même client dans un hôtel de Sainte-Foy le soir, après sa journée au salon. Elle devait ensuite le retrouver pour souper. «Elle m’a dit : “J’ai mon affaire à l’hôtel, là... Mais tout de suite après, je m’en viens”.»

Louis a encore essayé de la décourager. Mais il n’a pas voulu insister, connaissant la force de caractère de son amie. Il sentait aussi qu’il était impuissant devant «l’appât du gain». «Il lui a offert 2000 $ pour hier [mercredi]», précise Louis. 

«Barré» du salon

Marylène Lévesque, qui est originaire de Chicoutimi et résidait à Saguenay avec son copain, venait environ deux jours par deux semaines à Québec, où elle travaillait au salon de massage érotique Gentlemen Paradise, sur l’avenue Branly. Elle logeait la plupart du temps chez Louis. 

Marylène n’avait pas l’habitude de voir des clients à l’extérieur du salon et elle n’était pas escorte, assure son meilleur ami. Mais Eustachio Gallese a été «barré» du salon de massage récemment, parce qu’il aurait été violent avec d’autres masseuses, selon Louis. C’est pour cette raison que Marylène aurait accepté de rencontrer l’accusé à deux reprises en dehors du salon. 

On ignore toutefois comment il a été en mesure de la contacter. Jeudi après-midi et en soirée, Le Soleil a tenté de joindre le Gentlemen Paradise. Il n’y avait pas de réponse et la boîte vocale du salon était pleine.

Une ex-masseuse du Gentlemen, qui a travaillé pendant près d’un an et demi avec Marylène Lévesque, était troublée par sa mort, jeudi. «Elle avait l’avenir devant elle. Elle était fine, elle était généreuse, elle était là pour ses amies», se souvient-elle.

À sa connaissance, les masseuses voyaient très rarement des clients en dehors du salon. «On le sait toutes que c’est dangereux de faire ça. Généralement, les femmes qui travaillent dans les salons, c’est justement pour la protection.»

Selon Louis, Marylène travaillait depuis environ cinq ans au salon de massage érotique, mais elle avait l’intention de passer à autre chose. Elle travaillait moins, deux jours par deux semaines. 

«La raison pour laquelle elle est allée dans cette chambre d’hôtel là c’est qu’elle a juste travaillé hier [mercredi]. Et aujourd’hui [jeudi], elle devait repartir rejoindre son amoureux au Saguenay, parce qu’elle aurait réussi à faire un ostie de gros salaire et pas travailler pendant trois semaines.»

Louis ressent une profonde injustice devant le meurtre de son amie, âgée d’à peine 22 ans. Marylène, «c’était une fille tellement pétillante, un happy sunshine et une des plus belles femmes que j’ai vues de ma vie», dit Louis. «Elle aimait la vie, elle avait une brillance dans les yeux, elle était prête à défoncer des portes.»

«Elle était amoureuse ben raide de son chum au Saguenay, ajoute Louis. Mais ça faisait une couple d’années qu’elle était pognée là-dedans», dit-il à propos des salons de massage érotique. 

Jeudi, Louis en avait déjà assez de voir des commentaires sur les réseaux sociaux teintés de préjugés sur les masseuses. De son côté, il se demande comment la société pourrait mieux les protéger contre les clients violents. 

Il ne comprend pas non plus comment la commission des libérations conditionnelles a pu considérer qu’Eustachio Gallese présentait un risque de récidive «modéré». «Le gars, il a tué sa femme à coups de marteau, dit-il. Et le risque de récidive est modéré Qu’est-ce qu’il faisait dehors?»

Jeudi, Louis a pleuré toutes les larmes de son corps. Il a repensé à la dernière fois qu’il a vu Marylène chez lui, mercredi matin. Il a pris un café avec elle. Avant de partir, elle l’a enlacé et lui a dit : «je t’aime mon b[ébé]». 

Maintenant, dit Louis, «je vais attendre toute ma vie qu’elle revienne de travailler». 

*Le vrai nom de Louis a été modifié pour protéger son identité.

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Des agents de police se sont rendus à l'hôtel où ils ont découvert le corps d'une femme dans la vingtaine. Des traces de violence étaient visibles sur les lieux.