L'artiste Mathieu Mathieu.
L'artiste Mathieu Mathieu.

Mathieu Mathieu et le temps qui passe

Isabel Authier
Isabel Authier
La Voix de l'Est
Mathieu Mathieu n’a pas que son nom d’original. La proposition de l’artiste est rarement banale. Avec son nouvel album Les rivières sans retour, il fait encore une fois les choses sérieusement... sans se prendre trop au sérieux.

« C’est de l’alchimie chansonnière! » lance l’auteur-compositeur-interprète en rigolant au bout du fil. Jamais à court de mots, Mathieu Mathieu a beaucoup écrit en 2020, particulièrement depuis le début de la pandémie.

Le confinement l’a beaucoup « brassé », confie-t-il. Privé des spectacles (dont ceux de son personnage pour enfants Le pêcheur de mots), qui l’obligent à la discipline et donnent un sens à ce qu’il fait dans la vie, l’homme a été confronté « à plein de choses ».

De cette réflexion est né le besoin de parler du temps qui passe et de tous ces moments qui ne reviennent jamais. Pas pour rien que le recto de la pochette de cet opus le montre enfant devant les chutes Montmorency, puis adulte, debout au même endroit, sur l’endos.

« Cet album de 11 chansons est la trace de ma créativité vécue dans la dernière année. Un peu comme un témoignage. Ça raconte beaucoup comment je ressens les choses et ce que je vis. C’est thérapeutique », glisse l’ancien Bromontois maintenant établi à East Farnham.

Lancé récemment, malgré la pandémie — parce qu’il faut avancer et que d’autres projets se pointent, fait-il remarquer —, Les rivières sans retour a donné lieu à un événement virtuel complètement farfelu, à l’image de son auteur. Références à l’émission Les Beaux dimanches, galerie de personnages, clips vintage, lancement physique de l’album du haut d’un arbre, d’une pépine et du mont Sutton... Mathieu Mathieu s’en est donné à cœur joie.

« J’ai toujours été un peu décalé. J’ai besoin de bien faire les choses, mais aussi de lâcher un peu de folie; c’est mon côté enfant. Je ne suis pas capable de me cantonner juste d’un bord ou de l’autre. Et je pense que c’est la bonne attitude à adopter en cette période un peu sombre, parce que mon job, c’est de créer de la joie. »

Cela dit, le propos et la plupart des images tournées pour Les rivières sans retour dégagent une belle profondeur. Mathieu Mathieu a compris que l’heure n’était pas toujours à la rigolade.

Il se permet même une petite montée de lait politique contre ceux qui s’enrichissent au détriment des autres et de la planète avec Rapace à piasse.

S’il n’était pas très chaud à l’idée de se servir des réseaux sociaux pour présenter les fruits de son travail, l’expérience, dit-il, a pris une tournure positive. « Je sentais la présence des gens quand même. C’était agréable finalement! »

L’album, son neuvième « officiel », découle d’une campagne de sociofinancement lancée en décembre 2019 qui lui a permis d’atteindre son objectif d’environ 4000 $. Il peut ainsi l’offrir en version numérique, mais également en CD. « Je suis de la vieille école, moi, j’aime toucher les choses! »

À la musique, Mathieu Mathieu est accompagné par ses amis Benoît Converset, Léyla Caminel et Michelle Pinard.

Mais maintenant qu’il a en main cette nouvelle offrande, la question se pose : pourra-t-il la présenter en spectacle, en tournée? « Je réfléchis à tout ça. On est tellement dans l’inconnu... »

On pourra néanmoins entendre les pièces de Les rivières sans retour le 7 novembre prochain. Avec ses musiciens, qui seront tous sur leur balcon, le chanteur offrira une performance sur son site Web et sa page Facebook.