Mario Lacroix signe la caricature du Quotidien et du Progrès depuis 30 ans.

Mario Lacroix, l'homme aux 11 000 caricatures [PHOTOS]

Lorsqu’il était au primaire, les cahiers d’école de Mario Lacroix étaient remplis de dessins humoristiques. La passion pour la caricature animait déjà le petit Mario. Depuis 30 ans aujourd’hui, le Chicoutimien propose sa vision de l’actualité régionale, dans les pages éditoriales du Progrès et du Quotidien, six fois par semaine. Une longue carrière de caricaturiste qui aurait bien pu prendre fin sans même avoir véritablement commencée, puisque le jeune dessinateur de l’époque était tellement nerveux qu’il n’avait pas réussi son premier dessin, qui mettait en vedette l’ancien chef du Parti libéral du Québec, Claude Ryan. Portrait de celui qui se cache derrière ces 11 000 caricatures publiées au cours de 30 dernières années.

« J’ai toujours aimé dessiner. Chaque fois que j’en avais l’occasion, je prenais mes crayons et mon cahier. Mon rêve, c’était vraiment de devenir caricaturiste, mais je ne pensais pas que ce serait possible. Je dessinais pour une petite publication de Chicoutimi-Nord, La Rive-Nord, lorsque j’ai appris que le caricaturiste du Quotidien, Jean-Marie Laforge, quittait son poste. Jean-François Côté avait décroché l’emploi, mais il est rapidement parti pour un autre journal. J’ai sauté sur l’occasion », raconte Mario Lacroix, lorsque rencontré à son lieu de travail, chez lui.

À l’époque, l’éditorialiste du Quotidien, Bertrand Tremblay, avait reçu quelques portfolios, mais son choix s’était arrêté sur les dessins de Mario Lacroix. « Le premier que j’ai fait, c’était Claude Ryan. Je ne l’avais pas réussi, tellement j’étais nerveux ! Le lendemain, je suis allé voir Bertrand Tremblay pour donner ma démission. Mais il l’a refusée, il a dit que j’allais réussir », se souvient Mario Lacroix. C’était le 19 mai 1989.

Moyens technologiques

Les moyens technologiques n’étant pas ce qu’ils sont aujourd’hui, le caricaturiste dessinait à la main, puis se rendait au journal pour livrer son dessin. S’il y avait une erreur ou une faute d’orthographe dans sa caricature, Mario Lacroix devait revenir au journal puis retravailler son dessin. Aujourd’hui, la réalité est tout autre. Premièrement, Mario Lacroix utilise du matériel informatique pour dessiner et peut évidemment transmettre le tout par courriel.

« Tout le processus a énormément évolué. Je dessinais avec une plume et mes pots d’encre lorsque j’ai commencé ! Aujourd’hui, je fais ça électronique, grâce à du nouveau matériel, c’est assez magique lorsqu’on y pense ! », raconte Mario Lacroix. Son travail n’est pas pour autant moins difficile, puisqu’il doit tout de même réaliser plusieurs étapes avant d’avoir son produit final.

La première chose que Mario Lacroix fait en se levant, c’est bien sûr lire le journal. « Je fais une revue de presse chaque jour avec les sujets les plus inspirants. Ensuite, je m’entretiens avec le rédacteur en chef du journal, Denis Bouchard, ou l’éditorialiste Marc St-Hilaire. Nous pensons ensemble à un sujet et ensuite je me lance dans le dessin. Il y a des jours où j’ai un flash immédiatement et d’autres où c’est plus difficile », souligne celui qui fait le bonheur des journalistes lorsqu’il s’inspire de l’un de leurs textes.

« Les journalistes me nourrissent beaucoup », ajoute-t-il.

Règle générale, Mario Lacroix travaille sur son dessin durant trois heures. Et même s’il gagnait à la loto, il ne tirerait pas sa révérence.

« J’adore ça, j’ai vraiment beaucoup de plaisir à être caricaturiste et je me trouve chanceux de pouvoir faire ce que j’aime depuis 30 ans, dans la région », a affirmé Mario Lacroix, qui a signé plus ou moins 11 000 caricatures au cours de sa carrière.

Afin de mettre du pain sur la table et subvenir aux besoins de sa famille, Mario Lacroix a également été postier chez Postes Canada durant 31 ans. Il est aujourd’hui retraité de l’État.

Depuis qu’il est collaborateur pour les journaux Le Quotidien et Le Progrès, Mario Lacroix a travaillé avec quatre éditorialistes, soit Bertrand Tremblay, Carol Néron, François Saint-Gelais et Marc St-Hilaire, ainsi qu’avec trois rédacteurs en chef, soit Bertrand Genest, Michel Simard et Denis Bouchard.

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LES «VICTIMES» FAVORITES DE MARIO LACROIX

Mario Lacroix a toujours dessiné dans le respect et estime que son rôle n’est pas de froisser ni d’insulter les protagonistes de ses caricatures. 

« Nous sommes dans un petit milieu. Dessiner Trump ou Poutine, je n’aurais pas de problème à les ridiculiser, mais lorsqu’on parle d’un maire d’un petit village, par exemple, je ne me verrais pas l’enlaidir ou le tourner en ridicule. Je veux travailler dans le respect », souligne Mario Lacroix, qui convient que les femmes lui donnent un peu plus de fil à retordre, dont la nouvelle ministre Andrée Laforest.

« Les femmes, j’admets que j’ai un peu plus de misère que les hommes ! Elles sont belles et bien mises, je veux les représenter convenablement ! C’est comme la nouvelle ministre Laforest, elle a toujours de nouvelles coiffures élaborées, c’est plus difficile pour moi », lance Mario Lacroix, en riant. 

Au cours de ces 30 dernières années, le caricaturiste a bien entendu eu des « victimes » favorites. 

L’ex-maire de Saguenay, Jean Tremblay, l’a beaucoup inspiré par son franc-parler et ses sorties publiques. « Il disait des choses pas toujours correctes, mais il s’assumait et pour un caricaturiste, c’est du bonbon », a souligné M. Lacroix. L’ex-ministre Denis Lebel figure aussi sur la liste de ses personnages préférés. « C’est un homme charismatique et il était très agréable à dessiner. J’aime bien aussi le maire de Desbiens Nicolas Martel », a ajouté le dessinateur. 

La mairesse de Saguenay Josée Néron est aussi agréable à représenter en caricature, bien qu’elle soit un peu moins enflammée dans ses déclarations que celui qui l’a remplacée durant sa convalescence, Michel Potvin.

Mais la première place de sa liste de favoris revient à Jean-Pierre Blackburn, ex-ministre conservateur et ex-député de Jonquière-Alma. « Ce qui était agréable, c’est que M. Blackburn aimait beaucoup mes dessins et il décorait son bureau avec eux. C’est un homme très sympathique, que j’ai dessiné à de nombreuses reprises », a souligné Mario Lacroix.