Le candidat conservateur, Yves Lévesque, s'est fait accueillir à la marche pour le climat avec une affiche affirmant que les conservateurs sont des «criminels climatiques».

Mariannick Mercure traite Yves Lévesque et les conservateurs de «criminels climatiques»

TROIS-RIVIÈRES — Parmi les politiciens qui ont fait acte de présence à la marche pour le climat de vendredi, le candidat conservateur et ancien maire de Trois-Rivières a eu droit à un accueil pour le moins mouvementé. La conseillère du district des Forges, Mariannick Mercure, l’a même pris à partie dans une vidéo où elle le traite de «criminel climatique».

Le candidat conservateur dans Trois-Rivières était au point de départ de la marche, à l’Université du Québec à Trois-Rivières, et discutait avec le conseiller François Bélisle lorsque Mme Mercure s’est placée devant lui.

«Ça n’a pas de bons sens, vous ne devriez pas être là, M. Lévesque. Vous êtes des criminels climatiques», a lancé Mme Mercure dans une intervention filmée et de toute évidence préméditée.

L’ancien maire a répliqué en la qualifiant d’extrémiste. «Sais-tu quoi? Les extrémistes, autant de la gauche que de la droite, ça ne rassemble pas», lui a répondu M. Lévesque. 

«Vous devriez partir, vous n’êtes pas le bienvenu ici», a répété Mme Mercure.

La conseillère municipale a diffusé cette vidéo sur sa page Facebook. Elle a été partagée plusieurs dizaines de fois et a suscité plusieurs centaines de commentaires, vendredi, de nombreuses personnes critiquant l’attitude et le ton de Mme Mercure. 

Interrogée plus tard sur la raison qui l’a poussée à apostropher M. Lévesque de la sorte, la conseillère municipale réitère que, selon elle, il n’avait pas sa place à cette marche pour le climat, en tant que candidat conservateur, mais aussi comme ancien maire de Trois-Rivières. 

«Il est venu serrer des mains pour sa campagne électorale, mais quiconque connaît le programme des conservateurs et le legs d’Yves Lévesque comprend très bien pourquoi j’ai fait ça. Il n’avait pas sa place là. C’est hypocrite», soutient-elle, estimant par ailleurs que plusieurs manifestants étaient eux aussi mécontents de la présence de M. Lévesque.

La conseillère municipale Mariannick Mercure

«C’est de l’hypocrisie»

Le conseiller du district de Marie-de-l’Incarnation, Denis Roy, est celui qui a filmé l’intervention de Mme Mercure, à la demande de cette dernière. Il affirme n’avoir aucun problème avec le geste qu’a posé vendredi sa collègue, se disant plutôt en accord avec elle. 

«Être candidat du parti le plus régressiste au niveau environnemental du pays et se présenter au rendez-vous de ceux qui veulent que ça cesse et prendre action, c’est de l’hypocrisie», soutient-il. 

M. Roy ajoute qu’il n’aurait pour sa part pas utilisé les termes employés par Mme Mercure, sans pour autant les condamner. 

«D’encourager le financement public d’une industrie (pétrolière) qui a des impacts aussi grands sur la survie de l’humanité, plusieurs personnes trouveraient ça criminel», estime-t-il. 

Tout comme plusieurs autres conseillers municipaux, Pierre Montreuil était présent à la manifestation. Le conseiller du district du Carmel abonde dans le même sens que M. Roy. Si les termes «criminels climatiques» ne sont pas ceux qu’il aurait utilisés, il est d’accord sur le fond du message de Mme Mercure. 

«La plateforme électorale du Parti conservateur n’est pas pour l’environnement, alors aujourd’hui, je crois qu’on aurait pu se garder une petite gêne et ne pas être présent. Je crois qu’il (Yves Lévesque) aurait pu aller serrer des mains ailleurs que là où il y a des gens pour l’environnement, voilà ce que j’en pense», affirme-t-il. 

M. Montreuil attribue par ailleurs les ratés dans la modernisation de la Société de transport de Trois-Rivières au sous-financement de l’organisme par la Ville de Trois-Rivières, pour lequel il tient responsable Yves Lévesque. 

Tout comme M. Montreuil, le conseiller Claude Ferron croit que M. Lévesque aurait dû s’abstenir de venir à la marche pour le climat. Même s’il n’endosse pas les termes de sa collègue, il ne dénonce pas son intervention. «Elle est citoyenne de la terre avant tout et je crois que ça dépasse les rôles qu’on peut jouer dans la vie», affirme-t-il. 

Devoir de réserve?

François Bélisle, pour sa part, n’était pas enchanté de se retrouver malgré lui au centre de cette scène, alors qu’il était en train de s’entretenir avec son ancien collègue. «Ça m’apprendra à aller voir des politiciens. Les gens sont rendus qu’ils critiquent mon inaction (pendant l’altercation). Mais j’ai été aussi surpris que tout le monde de ce qui est arrivé», se défend-il. 

Le conseiller du district de Pointe-du-Lac ne souhaite pas juger si sa collègue a eu raison ou tort de s’immiscer de la manière dont elle l’a fait dans la campagne électorale fédérale. Il croit cependant que tout le monde, y compris M. Lévesque, avait sa place à la marche pour le climat. 

Le conseiller Dany Carpentier croit lui aussi que tous, peu importe leur affiliation politique, auraient dû être bienvenus à la manifestation. Il exprime pour sa part un plus grand malaise face à l’attitude de Mme Mercure. 

«Mariannick est une excellente conseillère qui fait avancer la ville dans le bon sens, mais ce geste-là, je pense qu’il aurait dû être évité», croit-il. 

«On a un rôle de diplomate (en tant que conseiller), parce qu’on représente plus que notre personne. Ça doit nous amener à agir de façon pacifique», ajoute le conseiller du district de La-Vérendrye. 

Pierre-Luc Fortin, qui représente les résidents du district des Estacades, préfère pour sa part ne pas se prononcer sur les agissements de Mme Mercure. «Je n’agirais pas comme ça, mais ça lui appartient», mentionne-t-il. 

Yves Lévesque a pour sa part décliné la demande d’entrevue du Nouvelliste pour discuter de l’incident. Le maire de Trois-Rivières, Jean Lamarche, a lui aussi refusé de commenter la situation.