À l’Université Laval, seulement 36 bourses seraient disponibles, pour un potentiel de 56 internes.

Manque de bourses pour les doctorants en psychologie: une mesure «mal conçue» par les libéraux, selon la CAQ

Les doctorants en psychologie de la province sont en grève ou le seront une journée cette semaine. Une manifestation est également prévue mercredi devant l’Assemblée nationale afin de dénoncer le manque de bourses de 25 000 $ promises par Québec aux finissants qui font leur internat obligatoire de 1600 heures. Le cabinet du ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur soutient que «la mesure a été mal conçue» par le gouvernement Couillard et promet une révision du programme.

L’entente intervenue entre le gouvernement libéral et les doctorants en psychologie en décembre 2016 prévoyait la mise en place de 250 bourses de 25 000 $ devant être réparties entre les universités à partir de l’automne 2017 pour les internats effectués dans les secteurs public, parapublic et communautaire.

Cette entente avait été conclue après plus de quatre mois de boycottage des internats et des stages par les doctorants en psychologie, et faisait suite aux recommandations du rapport Granger (Luc, ex-président de l’Ordre des psychologues du Québec). Celui-ci recommandait qu’un soutien financier sous forme de bourses soit accordé aux finissants en psychologie québécois. 

Luc Granger notait dans son rapport que la longueur des études (au moins sept ans d’université) et l’endettement des étudiants militaient en faveur de ce soutien financier aux internes en psychologie, qui accomplissent 80 % de la tâche d’un psychologue. Dans la seule autre profession qui demande d’aussi longues études, soit la médecine, «un soutien financier de l’État intervient à la résidence», rappelait M. Granger.

Or voilà qu’en début d’année, on apprenait que des universités, soit celles de Sherbrooke, de Trois-Rivières et l’Université Laval, n’avaient plus d’argent pour honorer les bourses promises pour l’année 2019-2020. À l’Université Laval, par exemple, seulement 36 bourses seraient disponibles, pour un potentiel de 56 internes. 

À l’Université de Sherbrooke, il ne resterait que 13 bourses et demie disponibles sur un potentiel d’une trentaine de personnes qui pourraient les demander. En raison de ce manque de fonds, l’établissement a annoncé qu’elle comptait sur des désistements volontaires, puis sur un tirage au sort pour distribuer les bourses restantes. 

En vertu de ce principe de sélection au hasard, sur deux finissants en psychologie qui pratiqueraient dans le même milieu et feraient le même travail, un seul serait rémunéré, dénonce la Fédération interuniversitaire des doctorants en psychologie (FIDEP), qui juge la situation «inacceptable». «Les finissants sont en panique. Ils vivent une grande détresse», rapporte son porte-parole, Nick Corriveau-Lecavalier. Déjà, pour l’année en cours, des bourses ont été versées en retard en raison des tractations provoquées par le manque de fonds, déplore la FIDEP. 

M. Corriveau-Lecavalier affirme qu’«il est difficile d’avoir des informations quant à la façon dont les enveloppes sont distribuées entre les universités». «Ce n’est pas transparent. Y a-t-il un débalancement dans la distribution, des erreurs?» demande-t-il. Selon lui, le ministère aurait donné la semaine dernière à la FIDEP l’assurance qu’il vérifierait «les chiffres» auprès des universités. 

Grève et manifestation 

La plupart des doctorants en psychologie de la province seront en grève toute la semaine, sauf ceux de l’Université Laval, qui ont opté pour une seule journée de débrayage, soit mercredi, le jour de la manifestation devant l’Assemblée nationale. Les membres de l’Association des étudiants et étudiantes aux cycles supérieurs de psychologie de l’Université Laval ont également voté en faveur du boycottage de l’appariement des stages pour l’année 2019-2020, qui doit avoir lieu en avril, et de l’internat pour l’année 2020-2021. 

Rappelant que les besoins en psychologie et en neuropsychologie sont énormes dans le réseau public, la FIDEP réclame que soit réglé rapidement le problème de bourses. D’autant plus, souligne-t-elle, que le gouvernement ne finance que 250 bourses, alors que le rapport Granger faisait état d’une moyenne de 265 internes dans le réseau public entre 2013 et 2016. 


« Les finissants [en psychologie] sont en panique. Ils vivent une grande détresse »
Nick Corriveau-Lecavalier, porte-parole de la Fédération interuniversitaire des doctorants en psychologie

«À moyen terme, on veut que soit revu le programme, qu’il soit bonifié et plus transparent, et à plus long terme, on aimerait avoir l’assurance [du ministère de la Santé] qu’il y aura des postes dans le réseau» après les internats, ajoute Nick Corriveau-Lecavalier, précisant qu’une rencontre entre les représentants de la FIDEP et ceux du cabinet du ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, est prévue mercredi.  

Selon l’attaché de presse du ministre Roberge, Francis Bouchard, le programme de bourses pour les doctorants en psychologie est «une autre mesure mal conçue par l’ancien gouvernement, qui visiblement a sous-estimé les besoins».

«Ce programme sera revu dans le cadre de nos travaux actuels sur la compensation et l’encadrement des stages. Le ministre s’est d’ailleurs engagé à présenter des scénarios d’ici la fin du mois d’avril», a précisé au Soleil M. Bouchard.