La porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, et le président de la section locale 9700 des Métallos, Clément Masse.

Manon Massé en appui aux lockoutés de l’ABI: «Ça n’a pas de maudit bon sens»

Bécancour — Au lendemain du rejet de l’hypothèse de règlement, le Syndicat des Métallos a reçu la visite de la porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, sur la ligne de piquetage de l’ABI avant d’annoncer qu’il acceptait de rencontrer vendredi le ministre Jean Boulet.

«C’est une invitation du ministre. On va aller écouter ce qu’il a à nous dire», a simplement fait savoir le président de la section locale 9700, Clément Masse.

Celui-ci était visiblement heureux de recevoir la visite de Manon Massé et du porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière de travail, Alexandre Leduc. Le tout était suivi d’une activité de solidarité à Trois-Rivières.

«Depuis le début, Québec solidaire dit aux hommes et aux femmes qui travaillent à l’ABI: nous autres, on ne vous abandonne pas. On trouvait ça important de venir leur dire, d’autant plus avec ce qui s’est passé mercredi. Le timing est bon pour rappeler que le premier ministre a joué un jeu là-dedans qui n’est pas drôle. Quand un premier ministre se met à peser du bord de la balance de l’employeur, d’en n’être même pas gêné, alors que de prime abord, il y a déjà Hydro-Québec qui pèse du bord de la balance de l’employeur, nous, on trouve que ça n’a pas de maudit bon sens cette affaire-là. On avait envie d’être là avec les gars et les filles et de dire, non, il y a du monde qui ont compris la game qui est en arrière», a-t-elle commenté.

Celle-ci pensait que Jean Boulet «travaillait vraiment dans une perspective d’arbitrage». «Mais dans le fond, je comprends bien, il ne peut pas aller à l’inverse de son premier ministre qui dit à tout vent que les syndiqués en demandent trop. Ce qui est sur la table, sans nécessairement être du copier-coller, ça semble clairement être plus pesant du côté de ce que l’employeur avait demandé au mois de mars», croit Mme Massé.

Par ailleurs, elle tient à rappeler qu’il s’agit d’un lock-out et non d’une grève. «Alors que la négociation de la convention collective avançait bon train, l’employeur a décidé de tirer la plogue en sachant très bien qu’il avait peut-être des chances d’avoir pas mal moins d’impact parce que Hydro-Québec est derrière lui et quand le premier ministre est arrivé, ça a été un cadeau, le gouvernement ayant décidé de peser sur le côté de l’employeur», poursuit-elle.

Pour sa part, Alexandre Leduc dénonce «une incohérence assez patente au gouvernement» dans ce dossier. «On se demande est-ce que la main gauche sait ce que la main droite fait, M. Legault ayant torpillé l’initiative de son ministre», soutient-il.

Celui-ci a réitéré l’appui de sa formation politique aux lockoutés «parce que le rapport de force est disproportionné». «L’État, avec Hydro-Québec, est derrière l’employeur. Il fait une passe sur la palette, M. Legault en fait deux, en fait trois», fait remarquer celui qui prône le développement de la classe moyenne au Québec.

De son côté, Clément Masse se réjouit de pouvoir toujours compter sur Québec solidaire à l’Assemblée nationale. «On se doutait bien qu’un gouvernement caquiste ne serait pas le plus proche des travailleurs. Beaucoup de nos membres espéraient beaucoup parce que dans la campagne électorale, M. Legault et M. Boulet avaient mentionné l’importance du conflit et le leadership qui manquait. À ce moment-là, ils cherchaient des électeurs. Les gens leur ont fait confiance, certains de nos membres ont voté pour la CAQ en espérant qu’ils puissent nous aider dans le conflit, et aujourd’hui, ils sont très déçus du gouvernement parce qu’il a pris position fermement pour l’employeur, du jamais vu depuis Maurice Duplessis», a-t-il déclaré.

Ce dernier demande au gouvernement de rétablir le rapport de force. «Pourquoi le conflit se rallonge? Parce qu’il y a un contrat avec Hydro-Québec qui désavantage les travailleurs. Quand est-ce que l’employeur va comprendre que c’est une négociation de bonne foi qu’on veut avoir? C’est ce qu’on demande», a martelé le dirigeant syndical.

Invité à réagir aux propos de M. Boulet selon lesquels le syndicat n’a pas fait une analyse rigoureuse de l’hypothèse de règlement, M. Massé a répliqué «qu’on l’a analysée fortement».

«On va la présenter à nos membres. Les gens vont comprendre que c’est semblable à l’offre du 4 mars que nos travailleurs avaient rejetée. Il n’y a pas assez d’éléments dans ça qui ont été modifiés pour démontrer à nos membres qu’il y a eu un changement. On s’en doutait un peu. On n’avait pas grand espoir que ce serait une bonne nouvelle pour nous», conclut celui pour qui la réponse favorable de l’employeur «démontre que c’est une hypothèse qui penche d’un seul côté».