Alors qu’elle a été opérée au cerveau le 13 mars, Manon Bisson retournera au travail... ce lundi 15 avril! « Je me sens bien. J’ai besoin de reprendre ma routine, de voir mon monde », souligne cette adjointe administrative pour le gouvernement.

Manon Bisson respire la santé après sa chirurgie éveillée au cerveau

« Un mois après ma chirurgie, je regarde mon parcours et je n’y changerais rien du tout. Si c’était à refaire, je referais exactement la même chirurgie avec la même équipe multidisciplinaire, avec Dr (David) Fortin bien sûr. C’est un homme exceptionnel entouré d’une équipe hors pair et les résultats de cette procédure en sont la preuve », lance d’entrée de jeu une Manon Bisson remarquablement en forme, un mois après sa chirurgie.

Cette Gatinoise de 37 ans a subi une chirurgie éveillée au cerveau le 13 mars dernier dans le but d’y retirer une partie importante d’un oligodendrogliome, une tumeur qui avait tracé son chemin dans son cerveau. La tumeur se trouvait dans la zone qui contrôle la motricité et la sensibilité du côté gauche de son corps. Quels étaient les objectifs d’utiliser cette pratique innovante plutôt que l’habituelle chirurgie sous anesthésie générale? « C’était essentiel pour moi de préserver la motricité et la sensibilité de tout mon côté gauche, particulièrement au niveau de ma jambe », rappelle Manon Bisson.

Le neurochirurgien et neuro-oncologue David Fortin du CIUSSS de l’Estrie-CHUS a donc réséqué une partie importante de sa tumeur d’environ 7 cm de diamètre alors que sa patiente était éveillée pendant une longue partie de la chirurgie... Un mois plus tard, Manon Bisson ne présente pratiquement plus aucune séquelle!

« Même pas deux semaines après ma chirurgie, je marchais sans aide. J’ai recommencé toutes mes activités, mon fils Louka est de retour à la maison à temps plein... J’essaie aussi de bien dormir et de me reposer... sans me priver de sortir. Mon fils avait un tournoi de hockey à Mascouche la semaine passée (trois semaines après l’opération) et j’ai suivi la gang dans les arénas comme si de rien n’était! » relate Manon Bisson, qui est aussi la maman de Cassandra, 21 ans, et Emrick, 18 ans.

Or il lui reste encore un petit déficit sensitif au niveau de son bras et de sa jambe gauche. « Entre l’omoplate et l’épaule, je me sens engourdie, gelée, un peu comme la joue quand on va chez le dentiste. J’ai des sensations sur la peau, mais pas à l’intérieur. C’est pareil pour le pied. Je me suis habituée à marcher sur un pied engourdi. Mais ça s’est déjà amélioré déjà et Dr Fortin croit que ça va encore s’améliorer et même disparaître complètement », se réjouit-elle.

Et tout ça est rendu possible grâce à la fantastique plasticité du cerveau humain… et à tous les avantages de la chirurgie éveillée. En effet, grâce à la stimulation qu’il a effectuée directement dans son cerveau pendant la chirurgie, le neurochirurgien David Fortin a pu mieux décider jusqu’où il pouvait enlever la tumeur sans causer de dommages denses et permanents.

Le moral de cette femme qui vit avec une tumeur cérébrale depuis cinq ans est donc bon, très bon même. « Dans la vie, on peut faire le choix d’être juste heureux, de profiter de tous les bons moments », exprime-t-elle avec philosophie.

Ainsi, alors qu’elle a été opérée le 13 mars, Manon Bisson retournera au travail... ce lundi 15 avril!

« Je me sens bien. J’ai besoin de reprendre ma routine, de voir mon monde », souligne cette adjointe administrative pour le gouvernement.

Pour voir le dossier complet sur la neurochirurgie éveillée de Manon Bisson, cliquez ici.

Manon Bisson a subi une chirurgie éveillée au cerveau le 13 mars dernier dans le but d’y retirer une partie importante d’un oligodendrogliome, une tumeur qui avait tracé son chemin dans son cerveau.

Le cerveau en « recâblage »

La chirurgie éveillée subie par Manon Bisson le 13 mars dernier aura été l’une des étapes les plus cruciales dans sa lutte contre un ennemi redoutable, le cancer cérébral. Ce premier match réussi peut lui donner foi en l’avenir.

Le cerveau humain est l’objet connu le plus complexe de l’univers. « Chaque cerveau comporte 100 milliards de neurones. Il y a autant de connexions neuronales que d’étoiles dans notre galaxie », souligne le neurochirurgien et neuro-oncologue Dr David Fortin. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant d’apprendre que le combat contre une tumeur au cerveau est aussi difficile que complexe.

« À la fin de la chirurgie, nous avons perdu la coopération de notre patiente parce que les produits anesthésiants commençaient à s’accumuler dans son sang. J’ai décidé d’arrêter la chirurgie et c’était la bonne décision parce que, sinon, Manon aurait eu des déficits beaucoup plus importants », explique David Fortin, qui exerce à l’Hôpital Fleurimont du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

La chirurgie au cerveau sur un patient éveillé est une procédure innovante pratiquée par peu de neurochirurgiens dans le monde, dont seulement trois au Québec. 

Depuis l’opération, la tumeur de Mme Bisson a été analysée en pathologie. Le gliome qui a frayé son chemin dans son cerveau est fort probablement un oligodendrogliome de grade 2, donc considéré « de bas grade » et moins agressif que d’autres types de tumeurs. « Les oligos sont des meilleures tumeurs que les glioblastomes, dont l’astrocytome de grade 4, qui est malheureusement la plus fréquente tumeur au cerveau », explique le chercheur du Centre de recherche du CHUS qui consacre justement sa carrière à la lutte aux gliomes.

Ainsi, l’espoir est au rendez-vous.

Le cerveau effectue un incroyable travail de «recâblage» après la résection d’une tumeur, comme en témoigne ici les images d'un patient opéré par Dr David Fortin.

Phase de récupération

Débarrassé d’environ 70 à 80 % de sa tumeur, le cerveau de Manon Bisson est entré dans une phase importante de la récupération : il est en train de faire travail de « recâblage » grâce à l’extraordinaire plasticité du cerveau humain.

La patiente de 37 ans pourrait devoir subir une nouvelle chirurgie dans quelques années…

« Lors de notre prochaine chirurgie, nous pourrons probablement être beaucoup plus agressifs. J’ai un exemple éloquent avec un de mes patients que j’ai opéré il y a cinq ans avec une chirurgie éveillée pour protéger son langage. Je l’ai réopéré l’année dernière avec une résection complète cette fois-ci… », ajoute Dr Fortin, qui est aussi professeur à l’Université de Sherbrooke.

Une « résection totale » de la tumeur signifie que, d’un point de vue radiologique, il est impossible de voir la tumeur... « Mais on sait qu’il reste fort probablement des cellules néoplasiques infiltrantes dans le cerveau du patient… », ajoute David Fortin.

Le cancer du cerveau est pratiquement toujours incurable. L’espérance de vie médiane varie énormément selon les types de tumeurs.

Repousser la tumeur

Mais on n’en est pas à encore à la seconde chirurgie. Que non. Depuis sa sortie de la salle d’opération, Manon Bisson continue avec résilience à mettre toutes les chances de son côté pour que sa tumeur progresse de nouveau très, très lentement.

« Je vais continuer de faire tous les efforts que je faisais depuis que j’ai eu mon diagnostic de tumeur cérébrale il y a cinq ans : j’ai une bonne alimentation, j’ai un mode de vie sain, je fais des exercices pour améliorer la plasticité de mon cerveau… », conclut-elle de façon tout à fait sereine.