L’usine de la rue Notre-Dame d’Industries manufacturières Mégantic, propriété de Masonite depuis les années 1990, va cesser ses activités avec le congé des Fêtes, après 107 ans d’histoire.
L’usine de la rue Notre-Dame d’Industries manufacturières Mégantic, propriété de Masonite depuis les années 1990, va cesser ses activités avec le congé des Fêtes, après 107 ans d’histoire.

L’usine IMM ferme ses portes à Lac-Mégantic : 117 employés touchés

Jacynthe Nadeau
Jacynthe Nadeau
La Tribune
La communauté de Lac-Mégantic a appris avec consternation lundi la fermeture des Industries manufacturières Mégantic le 31 décembre. La fin des activités de cette usine centenaire touche 117 employés.

La compagnie américaine Masonite, qui en est propriétaire depuis les années 1990, rapatrie au Wisconsin la production de composantes fabriquées à Lac-Mégantic dans l’usine de la rue Notre-Dame et dans le bâtiment de Logi-Bel. 

« Près de 80 % de la production réalisée chez IMM est destinée à nos usines de fabrication de portes architecturales américaines. C’est une décision difficile, d’autant plus que cette usine est présente à Lac-Mégantic depuis plus de 100 ans. Le choix de transférer la production vers les États-Unis est justifié par notre engagement de toujours offrir un service bonifié à nos clients. Je tiens à saluer le travail extraordinaire effectué par les employés au fil des ans. Ils ont de quoi être fiers du travail accompli, de leur professionnalisme et de leur dévouement pour les clients », a déclaré dans un communiqué Jennifer McGill, directrice générale de Masonite architectural Canada. 

La fermeture n’affecte pas les activités de l’usine de fabrication de portes résidentielles située dans le parc industriel de Lac-Mégantic, précise-t-on, ni les usines de Windsor, Saint-Éphrem-de-Beauce et Sacré-Cœur.

Le siège social de Masonite est situé à Tampa en Floride. L’entreprise se définit comme un chef de file mondial dans le design et la fabrication de portes intérieures et extérieures pour le résidentiel et le non résidentiel.

«Grande tristesse»

La mairesse de Lac-Mégantic Julie Morin a appris la nouvelle avec « grande tristesse » lundi.

« Quel choc! Je ne peux m’empêcher de penser aux 117 employé(e)s qui sont touchés par cette nouvelle. J’espère sincèrement qu’une fois le choc absorbé, vous serez respectés dans l’exercice de cette fermeture inattendue », a-t-elle commenté sur sa page Facebook en fin de soirée.

« Je m’engage à travailler afin que vous puissiez vous trouver un autre emploi dans la région; nous savons que 200 postes seront à pourvoir dans les prochains mois sur l’ensemble du territoire du Granit. L’ensemble des acteurs économiques du milieu, ainsi que les deux députés et moi-même sommes déjà mobilisés pour vous. Si vous voulez rester ici, on fera tout pour vous permettre de le faire », a-t-elle écrit.

Le député provincial François Jacques a précisé qu’un comité de reclassement avait été formé par Masonite et qu’il allait lui-même travailler avec ses collègues du ministère du Travail et du ministère de l’Économie, ainsi que des partenaires locaux, pour trouver des solutions pour les installations des deux usines concernées. 

Par communiqué, Masonite a aussi précisé qu’une trentaine d’emplois sont disponibles dans ses autres installations pour les employés d’IMM qui souhaitent soumettre leur candidature.

« La fermeture a été une décision très difficile et ne reflète en rien les efforts et le dévouement exceptionnels des employés d’IMM », a déclaré Marie-Josée Gagné, directrice des ressources humaines de Masonite au Canada. « Nous sommes conscients que nous vivons une période très difficile et nous nous engageons à soutenir les employés dans leur transition vers de nouvelles perspectives », a-t-elle assuré. Des conseillers du programme d’aide aux employés sont également disponibles grâce à une ligne d’assistance téléphonique. 

Le député fédéral de Mégantic Luc Berthold s’est dit déterminé « à collaborer avec tous les niveaux de gouvernement pour garder des activités sur ce site ». 

Il a rappelé qu’en janvier dernier, lors de la fermeture de l’usine de Masonite à Saint-Romuald, le vice-président aux ressources humaines de Masonite, Robert Paxton, avait déclaré que l’entreprise n’avait « pas dans [ses] plans l’arrêt de production sur [ses] autres sites au Québec ».

« C’est une page de l’histoire de Lac-Mégantic qui se tourne », a ajouté M. Berthold également sur sa page Facebook.

Industries manufacturières Mégantic a été fondée en 1913 sur la rue Notre-Dame. Plusieurs l’appellent encore chez Cliche. 

«Par respect pour les employés concernés par la fermeture», l’entreprise n’a pas voulu commenter davantage son annonce. 

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L’usine de la rue Villeneuve, où Masonite fabrique des portes en bois pour les marchés résidentiels, n’est pas touchée par la fermeture.

La communauté serre les rangs derrière les 117 travailleurs touchés

L’annonce de la fermeture des Industries manufacturières Mégantic venait à peine de tomber, lundi après-midi, que déjà les acteurs socioéconomiques et l’administration municipale se mobilisaient pour soutenir les 117 travailleurs touchés.

«Mon souhait, c’est qu’on puisse garder ici 100 % des employés qui souhaiteront rester ici», énonce la mairesse de Lac-Mégantic Julie Morin. 

«Ces travailleurs-là ont des familles, des enfants. Ils ont des conjointes qui travaillent dans les commerces, à l’hôpital, ils sont enracinés dans le milieu. Il y en a qui travaillent chez Masonite de génération en génération. Ce que j’entends, c’est que ça leur fait du bien de sentir qu’ils ne sont pas seuls là-dedans et que ce qu’ils souhaitent aussi, ultimement, c’est rester ici», a ajouté la politicienne en entrevue avec La Tribune 24 heures après l’annonce faite aux employés.

«C’est là que nous avons la tâche, avec les partenaires locaux, de nous assurer que les travailleurs connaissent les postes disponibles dans les autres entreprises de la région. On va laisser l’entreprise faire son comité de reclassement et on va suivre ça de très près. C’est là-dessus qu’on va agir.»

La mairesse est d’autant plus résolue à agir qu’un sondage récemment mené auprès des entreprises de la région sur les besoins de main-d’œuvre en 2021 laisse entrevoir que 200 postes seront à pourvoir dans l’ensemble du territoire de la MRC du Granit.

«C’est quand même beaucoup. Et même actuellement on a des entreprises qui ont des besoins assez importants, révèle Mme Morin. On est sûr qu’on peut replacer ces gens-là si c’est ce qu’ils souhaitent.»

«C’est un choc»

Personne dans la communauté n’avait vu venir cette fermeture. La nouvelle a été communiquée aux employés par petits groupes lundi après-midi. 

«C’est un choc, les gens ne s’attendaient pas à ça, témoigne le conseiller syndical à la CSD Bernard Cournoyer. On vient à peine d’aller en assemblée générale pour préparer la prochaine convention collective. On s’attendait à commencer à négocier sous peu, mais l’employeur n’avait même pas nos demandes encore. C’est vraiment une décision d’affaire de Masonite de rapatrier la production de Mégantic plus près de sa clientèle. C’est une question d’efficacité.»

M. Cournoyer est lui aussi convaincu qu’une bonne partie des travailleurs pourra se reclasser rapidement étant donné la pénurie de main-d’œuvre. Mais par expérience, il sait que la transition ne sera quand même pas facile pour eux.

«Ce qui est triste dans la fermeture d’une entreprise, ce sont toutes ces personnes qui ont passé leur vie là. C’est une entreprise centenaire, ça fait partie du cœur de la ville depuis toujours. Il y a des travailleurs qui travaillent là depuis 30, 35, 40 ans. Alors du jour au lendemain recommencer ailleurs, peut-être de nuit, ce ne sera pas évident.»

On savait peu de choses mardi sur le sort des installations qui seront laissées vacantes par la fermeture des Industries manufacturières Mégantic. L’entreprise louait des espaces chez Logi-Bel et laissera un bâtiment industriel imposant sur la rue Notre-Dame. Les équipements seront sans doute rapatriés aux États-Unis, croit Mme Morin, et il faudra en temps et lieu se poser des questions pour l’avenir de ce bâtiment, dit-elle.

Cette fermeture survient quelques mois après la fermeture d’une autre usine de Masonite à Saint-Romuald, qui a entraîné la perte de 60 emplois. La production de portes usinées a été déménagée aux États-Unis et dans l’Ouest canadien, a-t-on dit.

La mairesse s’en préoccupe, mais laissera aux députés locaux la tâche de poser les questions qui s’imposent sur la délocalisation des emplois.

«Je vais travailler au niveau local pour garder nos gens ici. Nos députés vont aussi travailler sur le plan national pour tenter d’éviter ce genre d’exode. On n’est pas les premiers à vivre ça, mais il y a beaucoup d’usines de Masonite au Québec et là, c’est la deuxième qui ferme cette année, c’est quand même inquiétant.»

L’usine de portes en bois de Masonite qui reste en activités à Lac-Mégantic fournit du travail à plus de 225 personnes.