Le quotidien Metro d’Ottawa fermera ses portes d’ici la mi-janvier.

Lundi noir pour des médias d’Ottawa

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la journée de lundi était très sombre dans le monde des médias dans la région de la capitale fédérale. Une dizaine de journaux fermeront leurs portes d’ici la mi-janvier, dont le Metro Ottawa.

En plus de ce quotidien gratuit distribué sur tout le territoire de la ville, la clé sera également mise sous la porte des hebdomadaires Orleans News, Ottawa East News, Ottawa South News, Kanata Kourier Standard, Nepean Barrhaven News, West-Carleton News, Stittsville News et Ottawa West News.

Le couperet est tombé à la suite de l’annonce d’une entente entre les géants Postmedia et Torstar, qui se sont entendus pour s’échanger 41 journaux dans une transaction qui n’implique aucune somme d’argent puisque la valeur des actifs est équivalente. 

Au terme de l’entente, tous les journaux de la capitale qui disparaîtront font partie des 24 publications qui sont passées sous le giron de Postmedia, qui détient entre autres les quotidiens Ottawa Citizen et National Post. Seuls les hebdomadaires Exeter Times-Advocate et Exeter Weekender, dans le sud-ouest de l’Ontario, poursuivront leurs activités, indique l’entreprise. Celle-ci ajoute que les journaux qui fermeront étaient situés dans « des régions déjà desservies par plusieurs publications. » 

Dans l’Est ontarien, ce sera aussi la fin pour plusieurs journaux dont Kingston Heritage, Frontenac Gazette et St. Lawrence News. 

De son côté, Torstar a procédé à l’acquisition de 17 publications qui étaient la propriété de Postmedia, mais aucun n’est basé dans la région. Dans la liste, on compte entre autres les quotidiens gratuits 24 Hours Toronto et 24 Hours Vancouver, qui fermeront également leurs portes. 

Au total, environ 300 personnes se retrouveront sans emploi.

Journaliste au Metro Ottawa, Kieran Delamont a gazouillé sur Twitter sa réaction après avoir appris qu’il perdait son boulot. 

« Je suis surtout à court de mots ce matin, mais tous ceux avec qui je travaillais étaient à la fois des journalistes fantastiques et des gens fantastiques. [...] Tout le monde qui m’a envoyé un peu de soutien, je vous aime sincèrement tous. Je vais m’attarder à un plan dans les prochains jours ou semaines. Fondamentalement, la seule chose qui m’a aidé à faire face à des nouvelles merdiques dans ma vie est d’écrire, donc je ne m’attends pas à arrêter de le faire à court terme. À quoi cela ressemblera, je n’en suis pas certain », a-t-il écrit. 

L’employeur indique pour sa part avoir dû prendre cette décision « difficile » pour une question de rentabilité. 

« Le coût pour continuer à publier des douzaines de petits journaux communautaires dans ces régions face à des revenus publicitaires en déclin marqué ne rendait plus viable le modèle d’affaires de la plupart de ceux-ci », a déclaré par voie de communiqué le président et chef de la direction de Postmedia, Paul Godfrey. 

Les deux entreprises ont affirmé que la transaction n’était pas assujettie aux dispositions de la Loi sur la concurrence et qu’aucune autorisation réglementaire n’était nécessaire pour conclure l’entente. Or, plus tard en journée, Radio-Canada a indiqué avoir appris que le Bureau de la concurrence allait examiner la transaction. 

CE QU'ILS ONT DIT

« Très triste et désolé d’apprendre la fermeture de plusieurs journaux communautaires dans notre ville. Ils étaient de très bonnes façons de rester connecté avec nos communautés et leurs voix nous manqueront. Mes pensées vont aux employés dévoués qui vont perdre leur emploi ou qui l’ont perdu. »

Jim Watson, maire d’Ottawa


« C’est décevant, car les journaux locaux font partie de nos communautés. C’est une grande perte pour le journalisme, mais aussi pour les quartiers. J’espère que d’autres médias pourront prendre la relève dans le futur. C’est de plus en plus difficile de s’assurer que le public soit informé des dossiers municipaux. Chaque fois qu’on perd un journal, on perd une voix dans la communauté. »

Bob Monette, conseiller du quartier Orléans


« C’est un lundi noir pour la presse, mais également un peu pour la démocratie. Beaucoup d’enjeux locaux étaient traités dans ces journaux, la population autant que les élus pouvaient y exprimer leur opinion. Au final, on va tous y perdre un peu, car c’est plus difficile d’avoir une couverture dans des quotidiens qui couvrent une plus grande zone géographique. La question de la survie des médias et de la transformation de l’accès à l’information est une question pressante. Il va falloir continuer de voir quelles sont les avenues. »

Nathalie DesRosiers, députée provinciale d’Ottawa-Vanier


« C’est tragique, car ça permettait aux résidents de s’exprimer. J’aimais la qualité  de ces journaux, comme le Ottawa East News, que je lisais chaque fin de semaine pour me donner une idée de ce que les citoyens ont en tête, à l’extérieur de l’hôtel de ville. On vient de perdre des journaux qui étaient distribués à toutes les portes, aux quatre coins de la ville. Ça vient encore ouvrir la plaie à savoir comment va-t-on faire pour bien communiquer avec les résidents. »

Mathieu Fleury, conseiller du quartier Rideau-Vanier


« Je suis triste d’apprendre la fin de la publication du journal Orléans News dès 2018. Je pense aux journalistes et aux familles qui ont perdu leurs emplois et j’espère que leurs voix vont continuer de se faire entendre dans notre communauté. »

Marie-France Lalonde, ministre des Affaires francophones et députée d’Ottawa-Orléans


« Vraiment désolé d’apprendre que ces médias qui tissent des liens dans la communauté sont fermés. Personnellement, une grande partie de ce que j’ai accompli dans ma vie remonte à ce que j’ai appris quand j’ai lancé le Kanata Kourier. Merci à tous ceux qui ont supporté l’enfant qui avait un rêve en 1982. »

Alex Munter, président-directeur général du CHEO


« Totalement d’accord avec @JimWatsonOttawa. Ces journaux étaient un excellent outil pour la police pour se brancher sur les enjeux locaux. » 

Charles Bordeleau, chef de police d’Ottawa