Les cellulaires seront interdits dans les classes des écoles ontariennes, sauf quelques exceptions. Cette nouvelle disposition est loin de faire l’unanimité.

L’Ontario bannira les cellulaires en classe à compter de septembre

L’intention du gouvernement de l’Ontario de bannir les téléphones cellulaires des salles de classe à compter de la prochaine rentrée scolaire est bien loin de faire l’unanimité. Les intervenants du milieu clament que les zones grises sont nombreuses et qu’une mesure unilatérale n’est pas souhaitable.

Selon La Presse canadienne, qui a appris que cette annonce viendrait cette semaine, les conseils scolaires et les directions d’écoles auraient la responsabilité d’appliquer l’interdiction. Il y aurait toutefois certaines exceptions à la règle, par exemple l’usage du cellulaire serait permis aux élèves ayant des besoins spéciaux ou aux enseignants désirant parfaire leur travail. 

Lors de la dernière campagne électorale, le Parti progressiste-conservateur avait proposé dans son programme une telle interdiction qui est déjà en vigueur dans certaines écoles.

Le gouvernement conservateur a mené des consultations sur l’éducation l’année dernière. Tandis que les détails sur le programme d’éducation sexuelle dominaient les manchettes, des informations ont également été recueillies sur une éventuelle interdiction du téléphone cellulaire en classe. Environ 97 % des répondants étaient favorables à une restriction des téléphones en classe.

« C’est ce qui s’est le plus rapproché de l’unanimité au cours de notre consultation », a déclaré une source à la Presse canadienne.

Or, le gouvernement fait fausse route avec une telle directive, estime le président de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC), Jean Lemay, qui juge la mesure trop drastique. 

« Ça va devenir compliqué à gérer et on a un problème avec ça, car on prépare nos élèves pour le 21e siècle. C’est la vie d’aujourd’hui, nous ne sommes pas en 1930. C’est un outil pédagogique aussi important qu’un tableau blanc. On s’en sert depuis des années et chaque conseil (scolaire) a la même approche, c’est-à-dire que chaque école décide a son code de vie. C’est ensuite à la discrétion de l’enseignant de décider ce qui est permis en classe ou non », dit-il.

Ce dernier précise malgré tout qu’un encadrement est en vigueur dans chaque établissement et que des restrictions s’appliquent. 

Les écoliers n’ont d’autre choix, par exemple, que de se connecter au réseau WiFi de leur établissement, question qu’il y ait « un contrôle » de l’utilisation quotidienne de ces appareils à l’intérieur des murs. 

Aussi, en cas d’intimidation ou de menaces, c’est tolérance zéro et le téléphone est confisqué puis remis aux parents. 

À lire: la chronique de Patrick Duquette au sujet des cellulaires en classe

Du côté syndical, on a l’impression que cette directive est de nature « plus politique qu’autre chose ». 

« On pense qu’une interdiction complète, c’est utopique. Ça va demander énormément de gestion et gruger du temps. L’encadrement est préférable à l’interdiction, ça doit venir des enseignants et des conseils scolaires eux-mêmes. C’est très facile pour le gouvernement de faire une telle annonce, car ça fait des flammèches, mais qui devra gérer tout ça par la suite ? On est sur le terrain et la majorité d’entre nous sommes parents aussi, alors on sait à quel point ça peut être difficile d’encadrer l’utilisation des cellulaires », affirme le président de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO), Rémi Sabourin. 

Il rappelle qu’au début des années 2000, certains conseils scolaires avaient dû changer de cap après avoir opté pour une proscription du cellulaire. 

Du côté québécois

Sur la rive québécoise, on prône également l’autonomie de chaque école, soutenant que ce n’est ni noir ni blanc comme situation. 

« Il faut enseigner aux jeunes les nouvelles technologies, ce n’est pas en les interdisant qu’on va les faire progresser. On fait de l’éducation, pas de la répression. Il faut simplement leur démontrer qu’il y a des moments pour en faire l’utilisation, alors qu’à d’autres non. Les enseignants ont la maturité et l’expertise pour faire la part des choses, surtout à l’heure où on parle d’autonomie professionnelle, qu’ils revendiquent beaucoup. La coercition, ça ne donne rien », lance le président de la Commission scolaire des Draveurs, Claude Beaulieu.

Quant au Syndicat de l’enseignement de l’Outaouais, on soutient que le mode de fonctionnement actuel, qui laisse la liberté à chaque école de statuer sur la question, ne cause aucun problème. 

« Nous n’avons pas de position ferme là-dessus, mais il y a des procédures établies dans chaque école qui semblent convenir aux besoins des enseignants. Par exemple, à l’école secondaire de l’Île, c’est strictement interdit dans l’ensemble de l’école, alors qu’à Mont-Bleu, ils peuvent l’utiliser dans les corridors, à l’agora, à la cafétéria, etc. Il y a des nuances. Il existe une multitude de possibilités au niveau pédagogique avec ces appareils, alors que d’autres enseignants font le choix, pour des raisons probablement tout aussi valables, de ne pas y avoir recours », de dire la présidente Suzanne Tremblay. 

Avec La Presse canadienne