Jonathan Hamel, responsable des affaires publiques du Québec chez Uber
Jonathan Hamel, responsable des affaires publiques du Québec chez Uber

Loi 17: Uber a l’intention de déployer ses services en région au Québec

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
L’entreprise annonçait, mercredi matin, son intention d’étendre son service «d’opérations de covoiturage» en région. En plus de déployer ses services partout au Québec, Uber souhaite développer des partenariats régionaux et ainsi collaborer au développement des régions.

Régie par le «Projet pilote Uber» depuis 2016, l’entreprise internationale agira à titre «d’intermédiaire en services de transports par taxi» jusqu’au 10 octobre prochain. 

Après cette date, la nouvelle Loi concernant le transport rémunéré de personnes par automobile, qui réforme l’industrie du transport de personnes, permettra à Uber de devenir «un acteur permanent» de ce secteur. Alors que le projet pilote n’autorisait Uber qu’à se développer dans les villes de Montréal, Québec et Gatineau, «le nouveau cadre juridique» permettra à l’entreprise de s’étendre partout dans la province. 

«Au cours des dernières années, on a travaillé avec le gouvernement ainsi qu’avec d’autres joueurs donc on souhaite vraiment continuer sous l’angle de la collaboration», indique Jonathan Hamel, gestionnaire des affaires publiques pour le Québec chez Uber. 

Selon M. Hamel, les chauffeurs de taxi offrant déjà ce type de services en région pourront notamment utiliser l’application « s’ils le veulent » afin d’augmenter leurs revenus quotidiens. «Ceux qui souhaitent utiliser notre application pourront le faire puisqu’on pense notamment que ça pourrait être une occasion pour eux de diversifier leur clientèle. Puisque l’application est la même partout dans le monde, beaucoup de touristes utilisent l’application par exemple», illustre M. Hamel. 

Toujours sous l’angle de la collaboration, Uber croit notamment pouvoir influencer le nombre de personnes conduisant avec capacités affaiblies en région. Le partenaire de l’organisme « Mères contre l’alcool au volant » espère notamment offrir une « option de plus aux gens qui ont la pleine légitimité de faire la fête un soir et ainsi réduire les risques éventuels ». 

«Uber met la technologie de l’avant afin d’offrir une option de transport sécuritaire», affirme l’entreprise.

Avant de pouvoir développer son marché québécois, Uber devra, tout comme ses chauffeurs, répondre à certains critères, fournir divers documents et faire des demandes de permis auprès de la Société d’assurance automobile du Québec et de la Commission des transports du Québec, selon la nouvelle loi.

L’entreprise, qui emploie actuellement une vingtaine de personnes dans la province, prévoie être en mesure de répondre à la future demande sans embaucher davantage d’employés.

Si la réglementation permet à Uber de s’installer partout au Québec, elle en fait de même pour les chauffeurs de taxi qui pourront, à leur tour, offrir leurs services partout au Québec étant donné l’abolition des territoires de dessertes. 

À partir du 10 septembre, l’industrie du taxi conservera également certains privilèges dont celui d’être la seule à pouvoir «offrir une course demandée verbalement, soit par téléphone, soit à un poste d’attente, ou une course hélée dans la rue». 

«Ça fait un an et demi qu’on en parle» 

Pour les chauffeurs de taxi en région, l’annonce d’Uber n’a rien d’étonnant. «Ce n’est pas une nouvelle pour nous. Ça fait un an et demi qu’on en parle. C’était évident qu’avec la loi 17, Uber allait s’étendre en région», déplore Serge Lebreux, porte-parole pour l’Association des taxis des régions du Québec (ATRQ).  

Malgré le message de collaboration envoyé par Uber, M. Lebreux n’envisage pas l’avenir d’un bon œil : «Il n’y a pas un chauffeur de taxi digne de ce nom qui va vouloir travailler avec la personne qui le menace depuis un an et demi. Les gars ne voudront pas aller travailler avec des conditions de travail qui sont moins bonnes que ce qu’ils ont actuellement et surtout pour un service dont ils n’ont pas besoin.» 

L’industrie du taxi bonifie actuellement les services de son application «Taxi Coop» afin que celle-ci devienne «l’application provinciale», indique le porte-parole de l’ATRQ.  

Loin de se décrire comme un «anti-Uber» puisqu’il a lui-même déjà utilisé le service, M. Lebreux affirme tout de même que «l’industrie du taxi est prête à accueillir Uber sur son territoire, en région, non pas pour laisser le marché libre, mais pour se battre». 

L’ATRQ représente 1800 chauffeurs de taxi à travers la province.