Les lockoutés de l’Aluminerie de Bécancour ont finalement accepté l’offre finale et globale qui fut déposée la semaine dernière par l’employeur.

Lock-out réglé à l’ABI: l'offre finale et globale a été acceptée à 79,77 %

Trois-Rivières — Coup de théâtre, mardi, à Trois-Rivières, alors que les lockoutés de l’Aluminerie de Bécancour ont finalement accepté l’offre finale et globale qui a été déposée la semaine dernière par l’employeur. En disant oui dans une proportion de 79,77 %, les quelque 900 syndiqués retourneront progressivement au travail dès le 26 juillet prochain.

«Nous sommes heureux qu’ABI ait une nouvelle convention collective qui permettra aux employés de revenir à l’usine et de travailler ensemble pour améliorer l’aluminerie à long terme. Nous discuterons bientôt des prochaines étapes avec nos employés», a fait savoir la direction de l’entreprise. «Nous remercions les employés-cadres pour leur engagement et leur dévouement, ainsi que pour avoir opéré l’usine à capacité réduite et l’avoir maintenue prête pour un redémarrage», a déclaré Nicole Coutu, présidente directrice générale de l’ABI. «Nous pouvons maintenant nous concentrer à accueillir nos employés à l’usine et entamer le redémarrage en toute sécurité, tout en améliorant les opérations pour assurer l’avenir à long terme d’ABI», ajoute Mme Coutu.

Le contrat de travail sera d’une durée de six ans, une période au cours de laquelle chaque syndiqué se fera amputer une somme de 45 dollars sur son chèque de paie hebdomadaire pour rembourser une partie des allocations reçues durant le conflit. Par contre, ils obtiennent des augmentations salariales de 15,3 %.

Cette acceptation est d’autant plus surprenante que l’exécutif de la section locale 9700 du Syndicat des Métallos avait recommandé le rejet. Mais il semble bien que l’usure du temps ait fait son œuvre au sein des travailleurs, qui approchaient les 18 mois de conflit. Et ce dénouement a amené le président Clément Masse à remettre sa démission, même s’il restera à l’emploi de l’ABI pendant quelques années. Son vice-président, électrolyse, a imité son geste.

«Ce n’est pas une offre que le Syndicat pouvait recommander, avec la perte d’acquis. Je suis très déçu du résultat et je ne me sens pas à l’aise de mettre en place cette convention avec un employeur qui n’a pas voulu négocier. On est fier de nos membres qui ont lutté pendant 18 mois. Malheureusement, les gens ont décidé de cesser le combat. Je le sais que c’est par épuisement que nos membres ont accepté, ce n’est sûrement pas parce qu’ils sont satisfaits du contrat», affirme celui qui pense que la menace de fermeture du reste des cuves et la pression tant de la population que du premier ministre auront joué dans la balance.

«J’espère que M. Boulet va respecter sa promesse d’aider les travailleurs qui n’auront pas de revenus pendant cinq mois», a-t-il tenu à lancer comme message.

Dans son ensemble, l’exécutif syndical déplore l’entêtement de la compagnie, tout au long du conflit, à rejeter du revers de la main toute négociation constructive. «C’est certain que nous aurions préféré, et de loin, une entente négociée. Cela aurait été mieux pour le climat de travail au retour. Une chose est certaine, si Alcoa cherchait à casser les syndiqués et leur syndicat, il s’est trompé. Droits, dignes et solidaires, c’est ainsi que les travailleurs retourneront à l’usine, l’employeur doit en prendre acte», a-t-il ajouté.

Celui-ci est tout de même fier de chacun des travailleurs et travailleuses, de la lutte qu’ils ont menée pour préserver des emplois, des principes de base comme l’ancienneté et leurs conditions de travail, avec l’appui de plus de 500 organisations syndicales à travers le Québec. 

«La résistance des membres, leur résilience, la solidarité des syndiqués à travers le Québec, ont permis de regagner du terrain par rapport à la précédente offre de mars dernier et à l’hypothèse de règlement du ministre Boulet, qui était à certains égards pire que l’offre patronale de mars. L’ancienneté dans les mouvements de main-d’œuvre est respectée dans cette dernière convention, l’employeur ne pourra plus offrir des postes à des personnes extérieures à l’usine sans les offrir au préalable à des syndiqués», explique M. Masse.

Le protocole de retour au travail a également évolué, permettant un retour au travail de l’ensemble des syndiqués sur un horizon de huit mois, alors que dans la version précédente, il aurait pu s’étirer sur plusieurs années, au cours desquelles les droits syndicaux auraient été suspendus. Les syndiqués ont également vu lever l’épée de Damoclès du grief patronal de 19 millions.

Selon le Syndicat, plusieurs facteurs ont eu pour effet de faire prolonger ce lock-out amorcé le 11 janvier 2018. Les faibles prix de l’aluminium ont rendu moins alléchant le redémarrage de l’usine. Mais surtout, le contrat d’hydroélectricité, qui considère un lock-out comme un cas de force majeure, a permis à «ABI de se soustraire à ses obligations et d’éviter de payer pour l’ensemble du bloc d’électricité qui lui est réservé».

«Si Alcoa et Rio Tinto avaient dû payer pour tout le bloc d’électricité, il n’y aurait peut-être même pas eu de lock-out, alors que peu séparait les parties en janvier 2018. Une chose est certaine, ce conflit n’aurait certainement pas duré aussi longtemps. Le rôle joué par le premier ministre est aussi désolant. Alors qu’il a promis son appui en campagne électorale, ses déclarations des derniers mois ont conforté la compagnie dans son refus de négocier et ont aussi contribué à rallonger ce conflit. Il a sur la conscience des pertes de bons emplois dans la région. Il faudra revoir les fameux contrats d’électricité que le premier ministre qualifiait de «stuff de junior» pour s’assurer de meilleures retombées économiques en échange des tarifs avantageux aux alumineries. Les Québécois ne doivent plus jamais avoir à payer la note pour les lock-out de ces multinationales», a déclaré le directeur québécois des Métallos, Alain Croteau.

Quant à l’adjoint au directeur québécois des Métallos, Dominic Lemieux, il a souligné l’extraordinaire solidarité dont ont fait preuve des syndiqués de partout au Québec, toutes allégeances confondues.

«C’est la tête haute que les syndiqués d’ABI peuvent tourner la page sur ce long et difficile conflit. On ne peut gagner toutes les batailles, mais on perd certainement celles qu’on ne mène pas. Dans ce cas-ci, ils se sont bien battus, longtemps et solidement. Le résultat n’est pas ce qu’ils auraient souhaité, mais il est mieux que ce que l’employeur a plutôt tenté de leur rentrer dans la gorge. Les employeurs vont y penser à deux fois avant de décréter un lock-out et de se priver de revenus», a-t-il conclu.