Jacques Gervais, directeur exécutif, Opérations-Atlantique, Rio Tinto Aluminium, Nicole Coutu, présidente et directrice générale de l’ABI, et Jean-François Cyr, président d’Alcoa Canada.

Lock-out à l'ABI: ultimatum fixé au 5 juillet

BÉCANCOUR — Après bientôt 18 mois de conflit à l’Aluminerie de Bécancour, la direction lance un ultimatum au Syndicat des Métallos en lui déposant une offre finale et globale qui devra être acceptée d’ici le 5 juillet pour un redémarrage prévu le 26 juillet. Sinon, ABI devra prendre «la difficile décision de fermer les cuves restantes».

«Nous sommes à la croisée des chemins dans le processus. C’est une dernière tentative. Nous souhaitons régler le conflit au bénéfice de toutes les parties, travailler ensemble au redémarrage de l’aluminerie et ramener tout le monde au travail», a lancé mercredi le président d’Alcoa Canada, Jean-François Cyr, après une rencontre tenue avec les représentants syndicaux en présence du conciliateur Jean Nolin.

Le comité exécutif du Syndicat des Métallos a déjà fait savoir qu’il va étudier l’offre et la présenter aux membres, sans commenter davantage. D’ailleurs, malgré la sortie patronale, la visite des dirigeants de la Centrale des syndicats démocratiques prévue jeudi sur la ligne de piquetage tient toujours pour annoncer un appui important aux lockoutés d’ABI.

«C’est un conflit qui a trop duré, qui a des conséquences sociales importantes, non seulement dans notre région, mais dans tout le Québec. Les salariés doivent être conscients de l’existence d’un risque parce que c’est valide jusqu’au 5 juillet. Si l’offre était refusée, je crains que c’est un conflit qui puisse perdurer pendant longtemps. J’invite simplement les salariés à analyser sérieusement cette offre-là et à s’exprimer. Ceci dit, je ne veux pas mettre de pression indue, c’est aux salariés qu’appartient la décision», a commenté le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité, Jean Boulet.

Et puisqu’il s’agit d’une offre finale, le député de Trois-Rivières souhaite que «le vote se tienne dans un environnement qui permette l’expression libre et volontaire des salariés».

«La balle est vraiment dans le camp du syndicat. C’est au syndicat et à ses membres, les salariés syndiqués, de décider s’ils acceptent ou non. Non seulement qu’ils étudient l’offre, mais qu’ils comprennent bien les conséquences d’une acception ou d’un refus. Il y a eu des avancées intéressantes de la part de l’employeur. Ça prend des compromis des deux côtés et les deux parties en ont fait», poursuit le ministre régional.

L’aluminerie, qui est une propriété d’Alcoa (74,95 %) et de Rio Tinto Alcan Inc. (25,05 %), opère à capacité réduite depuis le 11 janvier 2018 à la suite du rejet d’une proposition de contrat de travail pour les employés syndiqués. Les représentants d’ABI ont affirmé en conférence de presse que la dernière inclut les ajustements clés pour mettre fin au conflit de travail.

Si elle est approuvée, l’offre accorde un financement plus important pour le régime de retraite (huit millions de dollars), une réduction du recours à la sous-traitance et plus d’heures rémunérées pour les affaires syndicales (8000) que dans la dernière offre rejetée en mars.

La proposition comprend également un plan afin de rappeler tous les employés au travail plus rapidement (85 % dans les six mois et tout le monde dans les huit mois en plus d’offrir une somme non remboursable de 635 dollars nets par semaine pour ceux qui n’ont pas été rappelés après cinq mois) tout en accordant certains avantages à ceux étant sur la liste de rappel. En plus de ces changements, l’offre permettra à tous les employés en lock-out de retourner au travail avec des augmentations de salaire annuelles totalisant 15,3 % sur la durée du contrat de six ans.

«Ces changements sont mis de l’avant dans l’espoir que cette nouvelle offre soit ratifiée par les membres du syndicat. Nous connaissons l’importance de l’usine pour l’économie locale, donc nous souhaitons une résolution qui permettra à ABI de subsister et de réussir dans l’avenir. Aucune meilleure offre ne sera faite», a indiqué la présidente et directrice générale de l’ABI, Nicole Coutu.

L’arrêt de travail s’éternise depuis 18 mois et ABI a tenté des négociations directes, «de bonne foi», précise-t-elle, de nombreuses séances de médiation et d’autres méthodes afin de mettre en place des changements raisonnables et fondamentaux nécessaires au succès à long terme d’ABI. «Nous devons parvenir à une résolution maintenant. Un conflit n’est jamais souhaitable», a-t-elle martelé.

Les cadres d’ABI opèrent une demi-série de cuves, «travaillant avec diligence et détermination» pour ramener la stabilité à l’aluminerie et s’assurer qu’elle soit prête à redémarrer dans l’éventualité d’une nouvelle convention collective. 

«ABI ne peut continuer indéfiniment à opérer de cette manière en toute sécurité, et ceci est une ultime tentative de parvenir à une entente», ont pris soin de mentionner les dirigeants de l’aluminerie.

Cette nouvelle offre, qui expire le 5 juillet prochain, prévoit des salaires et des avantages sociaux «très concurrentiels», tout en assurant que l’usine puisse favorablement compétitionner dans un marché global et rattraper le retard qu’elle accuse par rapport à l’industrie.

«Nous partageons tous le même objectif qui est de redémarrer l’usine et assurer sa compétitivité à long terme. Mais cela exige que tous fassent leur part pour mettre fin au conflit. C’est ce que l’offre propose de faire», a renchéri Gervais Jacques, Directeur exécutif, Opérations–Atlantique, Rio Tinto Aluminium

Le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, dit espérer que «cette fois est la bonne». «Ce que je vois là-dedans, il y a une compagnie qui aimerait bien ça recommencer à opérer et tu as aussi des travailleurs qui aimeraient bien ça retourner travailler. Il faudrait bien que des deux côtés, on essaie d’y aller dans ce sens-là», a-t-il confié. 

Selon lui, il n’existe qu’un seul objectif: faire de l’aluminium pendant les 25 prochaines années à Bécancour «et je souhaite bien que ça se réalise enfin».

«J’ai toujours pensé que la signature de la convention de Baie-Comeau, même si elle est différente, donne l’occasion au moins de se parler et c’est ça qui arrive actuellement. J’en suis bien heureux. Tant et aussi longtemps qu’il y a du mouvement, ça peut n’être que bénéfique pour tout le monde», a conclu le premier magistrat.